jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2301440 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et mémoire, enregistrés les 13 et 27 février 2023, M. A B, représenté par la SELARL Jove Langagne, agissant par Me Langagne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a prononcé son expulsion du territoire français et retiré le titre de séjour délivré ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B soutient que l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lopa Dufrénot,
- les conclusions de Mme Mentfakh, rapporteure publique,
- et les observations de Me Langagne, représentant le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant haïtien, né le 22 décembre 1969 à Anse-à-Veau (Haïti), alors incarcéré au centre de détention de Melun, depuis le 3 avril 2013, a fait l'objet d'une décision du préfet de Seine-et-Marne du 27 mai 2022 opposant un refus à sa demande de titre de séjour. Par jugement du 1er décembre 2022, dont appel a été interjeté, le tribunal administratif a annulé cette décision. En exécution de celui-ci, le préfet a délivré un titre de séjour. A la suite de l'avis de la commission d'expulsion, émis le 23 décembre 2022, par arrêté du 1er février 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet a retiré le titre ainsi délivré et prononcé son expulsion du territoire français.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il est constant que M. B a été condamné, par un arrêt de la cour d'assises de Guyane du 22 mai 2015, à une peine de quinze de réclusion criminelle, pour viol sur mineur par ascendant et agression sexuelle sur mineur par ascendant, sur la personne de l'une de ses filles, née en 1998, alors mineure, ces faits ayant été commis, s'agissant du premier de chef de condamnation, entre 2011 et 2013, et, du second, entre 2009 et 2011.
5. D'une part, il résulte des pièces du dossier que M. B réside sur le territoire français depuis 2001. Il est constant qu'il a été titulaire de cartes de séjour temporaires de 2010 à 2013. M. B est père de neuf enfants issus de plusieurs unions, dont six d'entre eux, résident en Guyane, sur le territoire français où ils sont nés. Deux de ses enfants, nées le 18 juillet 2004 et le 30 mai 2008, ont acquis la nationalité française, la première étant désormais apprentie dans le Val-de-Marne. Il ressort de ces pièces qu'en dépit de son incarcération, M. B a conservé des liens affectifs avec ces derniers sauf la victime, ainsi qu'il en justifie par la production de relevés d'appels téléphoniques très réguliers, de 2017 à 2021, au domicile de leur mère dont il est divorcé, qui corrobore par son témoignage, non sérieusement contesté, ces liens. En outre, il est constant que le requérant apporte un soutien financier régulier, sur la période de 2018 à 2022, à sa fille précitée née en 2004, de nationalité française. De plus, il n'est pas davantage sérieusement contesté les termes de l'attestation de la mère de ses enfants mineurs, scolarisés à Cayenne qu'il apporte sa contribution à l'éducation de l'ensemble de ses autres enfants, par virements depuis le compte bancaire de la sœur de l'intéressé. Au surplus, il a des liens constants avec cette dernière, titulaire d'une carte de résident. Ainsi, le requérant démontre avoir établi le centre de ses intérêts familiaux en France, dès avant la naissance de ses enfants nés en 2004, 2006 et 2009. Par ailleurs, il a bénéficié des permissions de sortir afin de maintenir ses liens familiaux, notamment au cours de l'année 2021. Enfin, il ne ressort pas des mêmes pièces que M. B aurait conservé des attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine.
6. D'autre part, moins d'une année après l'intervention de l'arrêt de la cour d'assises de Guyane du 22 mai 2015, l'interdiction judiciaire du territoire français prononcée à l'égard de M. B, a donné lieu à un relèvement total le 8 mars 2016. Au cours de son incarcération, l'intéressé a fait preuve de constance dans son parcours d'intégration, tout d'abord, en suivant assidûment des formations en 2016, 2017 et 2020, ayant obtenu le certificat de formation général en 2015 et le brevet Informatique et Internet le 23 juin 2017 et, ensuite, par le travail du 15 mai 2017 au 20 avril 2021 comme opérateur à la brochure. En outre, M. B, placé en détention provisoire le 3 avril 2013, a, à la suite à sa condamnation, qu'il n'a pas contestée, été pris en charge au sein du dispositif de soins aux auteurs de violences sexuelles, se rendant régulièrement à l'unité sanitaire en milieu pénitentiaire pour son suivi thérapeutique dans ce cadre dès le 10 avril 2017. En outre, le directeur des services pénitentiaires d'insertion et de probation (SPIP) de Seine-et-Marne a, dans son rapport du 31 janvier 2020, confirmé la participation assidue du requérant en 2019 au programme de prévention de la récidive, relevée comme très bonne tout au long de huit séances mises en place. Dans la synthèse du parcours d'exécution de peine (PEP), établie le 13 septembre 2022, le directeur adjoint du centre de détention de Melun a relevé que, outre son comportement général satisfaisant, l'intéressé a montré des efforts continus en particulier dans son suivi thérapeutique, l'indemnisation sur son initiative de la partie civile, son investissement dans des actions de formation, son travail aux ateliers, son implication active dans de multiples activités, notamment un groupe de parole, sa contribution aux tâches collectives, comportement que la commission pluridisciplinaire unique (CPU), composée de différents professionnels intervenant au sein de l'établissement. Le directeur a apprécié au stade de sa préparation à la sortie comme favorable en vue d'un aménagement de la peine de M. B, alors libérable dès septembre 2023, qui n'a pu être mis en œuvre en l'absence de titre de séjour, lequel a été refusé. Enfin, il a pu bénéficier de réductions de sa peine d'emprisonnement portant la date de sa sortie de la maison d'arrêt au 19 juin 2023. Dans ces conditions, eu égard à ses efforts soutenus en détention, l'actualité de la menace pour l'ordre public ne peut être regardée comme établie. Au demeurant, la commission d'expulsion de Seine-et-Marne a, le 23 décembre 2022, émis un avis défavorable à son expulsion.
7. Dans les circonstances de l'espèce, pour extrêmement graves que soient les faits commis par M. B, eu égard à l'ancienneté, l'intensité et la stabilité de ses attaches familiales sur le territoire français, notamment avec une partie de ses enfants, le parcours suivi en détention et ses efforts soutenus d'intégration social, en retirant le titre de séjour délivré et en prononçant son expulsion, le préfet du Seine-et-Marne a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 1er février 2023 doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. () ".
10. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Langagne, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Langagne de la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 1er février 2023 est annulé.
Article 2 : L'Etat (le préfet de Seine-et-Marne) versera à Me Langagne une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Langagne renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Seine-et-Marne et à Me Langagne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Leconte, conseillère,
Mme Delon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 juin 2023.
La présidente rapporteure,
M. LOPA DUFRÉNOTL'assesseure la plus ancienne,
S. LECONTELa greffière,
C. TRÉMOUREUX
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026