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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301553

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301553

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301553
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre, JU
Avocat requérantOUEDRAOGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 février 2023 M. E A, représenté par Me Ouedraogo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2023 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

- les décisions en litige sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen sérieux dès lors qu'elles ne font pas état de la présence de son frère en France ;

- elles méconnaissent le droit de la défense ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle sont entachées d'une erreur de droit;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2023 le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 17 mai 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle formée par M. A.

La présidente du Tribunal a désigné M. Cabal, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cabal ;

- et les observations de Me Ouedraogo, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, conclut, en outre, à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Moselle de réexaminer la situation du requérant et soutient, enfin, que la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il présente des garanties de représentation suffisantes et que la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Moselle n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h31.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 5 février 2023, le préfet de la Moselle a, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. E A, né le 17 mai 1980 et de nationalité turque, à quitter le territoire français sans délai pour rejoindre le pays dont il a la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté DCL n° 2022-A-27 du 21 octobre 2022, publié au recueil des actes administratifs de la Moselle du même jour, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. D F, directeur adjoint de l'immigration et de l'intégration, aux fins notamment de signer les décisions de refus de séjour et les obligations de quitter le territoire. Ce même arrêté prévoit, en son article 5, que lors des permanences qu'ils assurent, les agents du bureau de l'éloignement et de l'asile désignés, au nombre desquels figure Mme G B, signataire de l'arrêté attaqué, sont habilités à signer toutes les mesures d'éloignement prises à l'encontre des ressortissants étrangers en situation irrégulière prévues au livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est pas utilement contesté que Mme B était de permanence le 5 février 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant maintien en rétention de la requérante doit être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre / () ".

4. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que ces dispositions s'adressent non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. L'étranger qui présente une demande d'asile ne saurait ignorer qu'en cas de rejet de sa demande, il pourra, si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé et qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français prise, comme en l'espèce, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 de ce code. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande d'asile, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur à la préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles, notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise en conséquence du refus définitif de reconnaissance de la qualité de réfugié ou de l'octroi du bénéfice de la protection subsidiaire.

6. M. A, qui entre dans le champ d'application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été mis à même de présenter ses observations lors de la procédure d'asile le concernant. En outre, il ressort du procès-verbal d'audition du 5 février 2023 que M. A a été expressément informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, éventuellement assortie d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, mis à même de présenter ses observations et a expressément indiqué qu'il voulait rester en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de l'intéressé à être entendu ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. "

8. L'arrêté attaqué mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise notamment les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels il se fonde ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, il précise que la demande d'asile présentée par M. A a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 15 avril 2022 confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 décembre 2022 devenue définitive. Enfin, il fait état de la situation personnelle et familiale de l'intéressé, notamment de la présence de son épouse et de ses enfants en Turquie. Par suite, l'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle fonde sa décision, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la motivation de la décision en litige, telle que rappelée au point précédent, laquelle fait état des principaux éléments caractérisant la situation personnelle et administrative du requérant, que le préfet de la Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré, selon ses déclarations, sur le territoire français le 10 janvier 2022 où il n'a été admis à séjourner que le temps de l'examen de sa demande d'asile qui a fait l'objet d'une décision de rejet qui lui a été notifiée, en dernier lieu, le 24 janvier 2023. Si M. A soutient que son frère vit régulièrement en France, il ne produit aucun élément à l'appui de son allégation, alors qu'il ressort de ses déclarations à l'occasion de son audition le 5 février 2023 que son épouse et leurs enfants résident en Turquie. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale, et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation.

12. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur de droit n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, la décision en litige cite les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressé ne présente pas de garanties suffisantes de représentation et a déclaré " ne pas vouloir rejoindre la Turquie ". Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doivent être écartés.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

15. Pour refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à M. A, le préfet de la Moselle, a estimé qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il faisait l'objet dès lors qu'il ne présentait pas des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, ni ne justifiait d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, de sorte qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes, et qu'il avait indiqué dans son procès-verbal d'audition ne pas souhaiter quitter le territoire français. L'intéressé, qui se borne à soutenir qu'il vit chez son frère, ne conteste pas sérieusement les motifs ayant justifié l'application du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, par suite, être écarté.

16. En troisième lieu, il ne résulte pas des faits précédemment décrits que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

17. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur de droit n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés du défaut de de motivation, du défaut d'examen sérieux, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur de droit, qui reprennent ce qui a été développé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment.

19. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

20. Si M. A fait état de risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, il ne fait valoir aucune circonstance particulière de nature à établir la réalité et la gravité de ces risques. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

21. En premier lieu, la décision prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, qui vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que l'intéressé ne justifie pas de liens personnels et familiaux intenses et stable France ni de circonstances humanitaires particulières. Il suit de là que les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doivent être écartés.

22. En deuxième lieu, il ne résulte pas des faits précédemment décrits que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

23. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur de droit n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de la Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023

Le magistrat désigné,

P.Y. CABALLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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