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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301575

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301575

lundi 6 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301575
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPESCHANSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 février 2023 sous le n° 2301575, M. A H, représenté par Me Peschanski, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision de rejet de son recours gracieux et de la décision de refus de contrat jeune majeur prise par le conseil départemental de Seine-et-Marne le 4 janvier 2023 ;

2°) d'enjoindre au conseil départemental de Seine-et-Marne de procéder au réexamen de sa demande de contrat jeune majeur dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la décision à venir, et d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2° bis) d'enjoindre au conseil départemental de Seine-et-Marne de lui assurer une solution d'hébergement et une prise en charge de ses besoins alimentaires, sanitaires, éducatifs et administratifs dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à venir, et assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du conseil départemental de Seine-et-Marne le reversement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, en contrepartie de la renonciation de celle-ci à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée, et à défaut au requérant.

M. H soutient que :

- l'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est avérée dès lors que depuis la fin de sa prise en charge, il a été contraint de quitter son lieu d'hébergement, et se trouve désormais à la rue, en situation d'errance ; de plus, il risque prochainement d'être contraint d'interrompre ses études, alors même qu'il doit achever sa formation le 31 août 2023 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que, d'une part, elle viole l'article L. 222-5-1 du code de l'action sociale et des familles puisqu'il n'a pas bénéficié de l'entretien visant à établir un bilan sur son parcours et son projet de vie afin d'anticiper son passage à la majorité ; d'autre part, la décision querellée viole les articles L. 222-1 et L. 222-5 du même code puisqu'il est en droit de se voir octroyer un contrat jeune majeur et de bénéficier d'une nouvelle prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance ; de plus, la décision litigieuse est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2023, le département de Seine-et-Marne, représenté par Me Rault, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que :

- la condition d'urgence de l'article L. 521-2 du code de justice administrative n'est pas remplie dès lors que M. H s'est manifesté par un comportement virulent envers les référents chargés de son suivi professionnel qui n'a pas permis son inscription auprès d'un organisme de travail ; en ce qui concerne son hébergement, l'intéressé avait un rendez-vous fixé au 20 décembre 2022 à la mission locale de Melun qu'il n'a pas honoré après avoir exprimé son désintérêt avec agressivité envers son éducatrice ; en ce qui concerne sa situation administrative, le requérant n'a jamais fourni de document d'identité original malgré plusieurs demandes de la structure d'accueil, rendant ainsi impossible toute démarche en préfecture ;

- il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de la décision querellée dès lors que, d'une part, elle est bien signée par M. D G, chef de service de protection de l'enfance spécialisé, par délégation du président du conseil départemental de Seine-et-Marne ; d'autre part, l'intéressé a bien bénéficié d'un entretien visant à établir un bilan sur son parcours et son projet de vie afin d'anticiper son passage à majorité, conformément aux dispositions de l'article L. 222-5-1 du code de l'action sociale et des familles ; de plus, il a entièrement été pris en charge par le conseil départemental durant plus d'un an et demi et a bénéficié de plusieurs entretiens éducatifs, téléphoniques ou physiques ; en outre, la décision litigieuse est parfaitement motivée en fait comme en droit.

Vu :

- la décision litigieuse du 4 décembre 2022 ;

- le recours administratif préalable obligatoire du 5 janvier 2023 ;

- la requête à fin d'annulation enregistrée le 16 février 2023 sous le n° 2301567 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de cette loi ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 3 mars 2023 en présence de Mme Do Novo, greffière d'audience, M. J a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Peschanski, représentant M. H, requérant absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, qu'au terme de la jurisprudence du Conseil d'Etat, notamment son arrêt n° 469133, les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants ; la décision du tribunal de céans n° 1808771 citée en défense est antérieure à la modification des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles intervenue depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants ; la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est pleinement satisfaite dès lors que M. H est actuellement à la rue alors qu'il n'a que 18 ans, que le dispositif du 115 est saturé, et qu'il n'a personne pour le prendre en charge puisqu'il vient d'un milieu familial très maltraitant ; la décision litigieuse est entachée d'erreur d'appréciation notamment en ce qui concerne son prétendu manque d'investissement et son agressivité alléguée en défense ; la note sociale de l'éducatrice du 4 janvier 2023 indique bien que c'est à partir du moment où il a su qu'il ne serait plus pris en charge qu'a été constatée une forte détérioration de ses rapports avec l'équipe éducative ; auparavant, il ne s'était signalé de manière négative en aucune façon ; de plus, la note du 23 décembre 2022 émet un avis favorable à l'obtention d'un contrat jeune majeur ; il reste en effet beaucoup de choses à mettre en œuvre, puisque M. H a encore besoin d'être accompagné dans toutes ses démarches, notamment administratives pour régulariser sa situation ; sur ce point, le département ne saurait lui reprocher de ne pas avoir pu fournir de document d'identité original, rendant de ce fait impossible toute démarche en préfecture, puisque ses liens avec son milieu familial sont totalement rompus ;

- les observation de Me Ouizeman, substituant Me Rault, représentant le département de Seine-et-Marne, défendeur, qui reprend les conclusions de son mémoire en défense par les mêmes moyens en faisant valoir, en outre, que M. H a été pris en charge par le département dès 2021, a bénéficié d'un suivi, notamment d'une insertion professionnelle de mai à décembre 2022 dans le domaine de la restauration, ce qui lui a permis de décrocher un titre professionnel d'agent de restauration ; il a également pu ouvrir un compte bancaire et a bénéficié d'un accompagnement pour la constitution de son dossier SIAO (service intégré d'accueil et d'orientation) et bénéficie d'une couverture santé valable jusqu'au 7 septembre 2023 ; malheureusement, il s'est désintéressé de ces différentes démarches, en n'honorant pas le rendez-vous du 20 décembre 2022 à la mission locale de Melun, ou en ne fournissant aucun document d'identité, rendant ainsi impossible toute démarche en préfecture ; du fait de la rupture totale de ses liens avec son milieu familial pour cause de maltraitance, ce n'est pas un accompagnement par les services départementaux qui permettra de débloquer cette situation ; de plus, il s'est également montré agressif verbalement envers les référents chargés de son suivi professionnel.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14 heures 50.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire droit à la demande de M. H tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

En ce qui concerne l'office du juge des référés :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " ; aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. " ; enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 134-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le contentieux relevant du présent chapitre comprend les litiges relatifs aux décisions du président du conseil départemental () en matière de prestations légales d'aide sociale prévues par le présent code. ". L'article L. 134-2 du même code dispose que : " Les recours contentieux formés contre les décisions mentionnées à l'article L. 134-1 sont précédés d'un recours administratif préalable exercé devant l'auteur de la décision contestée. L'auteur du recours administratif préalable, accompagné de la personne ou de l'organisme de son choix, est entendu, lorsqu'il le souhaite, devant l'auteur de la décision contestée () ".

4. L'objet même du référé organisé par les dispositions du Titre II du Livre V du code de justice administrative est de permettre, dans tous les cas où l'urgence le justifie, la suspension dans les meilleurs délais d'une décision administrative contestée par le demandeur. Une telle possibilité est ouverte y compris dans le cas où un texte législatif ou réglementaire impose l'exercice d'un recours administratif préalable avant de saisir le juge de l'excès de pouvoir, sans donner un caractère suspensif à ce recours obligatoire. Dans une telle hypothèse, la suspension peut être demandée au juge des référés sans attendre que l'administration ait statué sur le recours préalable, dès lors que l'intéressé a justifié, en produisant une copie de ce recours, qu'il a engagé les démarches nécessaires auprès de l'administration pour obtenir l'annulation ou la réformation de la décision contestée. Saisi d'une telle demande de suspension, le juge des référés peut y faire droit si l'urgence justifie la suspension avant même que l'administration ait statué sur le recours préalable. Sauf s'il en décide autrement, la mesure qu'il ordonne en ce sens vaut, au plus tard, jusqu'à l'intervention de la décision administrative prise sur le recours présenté par l'intéressé.

En ce qui concerne les dispositions applicables :

5. L'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles prévoit que : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". L'article L. 222-5 du même code prévoit que : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du Conseil départemental : / 1° Les mineurs qui ne peuvent demeurer provisoirement dans leur milieu de vie habituel et dont la situation requiert un accueil à temps complet ou partiel (). Peuvent être également pris en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisant. / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée ".

6. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants dont elles sont issues, les jeunes majeurs de moins de vingt et un an ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge à titre temporaire par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisant. Il lui incombe ainsi d'assurer l'accompagnement vers l'autonomie des mineurs pris en charge par ce service lorsqu'ils parviennent à la majorité et notamment, à ce titre, de proposer à ceux d'entre eux qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants toute mesure, adaptée à leurs besoins en matière éducative, sociale, de santé, de logement, de formation, d'emploi et de ressources, propre à leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée.

En ce qui concerne la demande en référé-suspension de M. H :

7. Il résulte de l'instruction que M. A H, ressortissant marocain né le 4 janvier 2005 à Agadir, a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance (ASE) du département de Seine-et-Marne de sa date d'entrée en France en 2021 jusqu'à sa majorité, soit jusqu'au 4 janvier 2023. Par décision du même jour, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne l'a informé que sa demande de contrat jeune majeur était refusée. Par la présente requête, M. H demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et sans attendre la réponse à son recours administratif préalable obligatoire, d'ordonner la suspension de cette décision du 4 janvier 2023.

S'agissant de l'urgence :

8. D'une part, il résulte des dispositions précitées des articles L. 521-1 et R. 522-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.

9. D'autre part, eu égard aux effets particuliers d'une décision refusant de poursuivre la prise en charge, au titre des deux derniers alinéas de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, d'un jeune jusque-là confié à l'aide sociale à l'enfance, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsqu'il demande la suspension d'une telle décision de refus. Il peut toutefois en aller autrement dans les cas où l'administration justifie de circonstances particulières, qu'il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.

10. Enfin, dans tous les cas, la condition d'urgence doit tenir compte de ce que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette pas d'invoquer utilement -ni sérieusement- la notion d'urgence ; il en est notamment ainsi lorsque la situation d'urgence découle directement de la négligence ou de la carence du requérant, ou de tout autre acte positif qui lui est directement imputable.

11. M. H fait valoir que l'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est avérée dès lors que depuis la fin de sa prise en charge, il a été contraint de quitter son lieu d'hébergement, et se trouve désormais à la rue, en situation d'errance et en pleine période hivernale ; il n'a aucune solution d'hébergement puisqu'il n'a personne pour le prendre en charge, car il vient d'un milieu familial très maltraitant, et que le dispositif du 115 est notoirement saturé.

12. Au cas d'espèce, la décision litigieuse a pour effet de mettre fin à la prise en charge dont a bénéficié M. H en tant que mineur de septembre 2021 au 4 janvier 2023, date de son 18ème anniversaire. Par suite, en application de ce qui a été développé au point 8, l'urgence pourrait être considérée comme présumée. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'intéressé s'est manifesté de manière agressive et virulente envers l'équipe qui était chargée de le suivre et de l'accompagner dans ses diverses démarches, qu'elles soient administratives, professionnelles, ou relatives à une solution d'hébergement via le dispositif d'hébergement d'urgence du SIAO (service intégré de l'accueil et de l'orientation), en clair du 115. Certaines de ses démarches ont d'ailleurs abouti, M. H ayant bénéficié d'une insertion professionnelle de mai à décembre 2022 dans le domaine de la restauration, ce qui lui a permis de décrocher un titre professionnel d'agent de restauration ; de même, il a pu ouvrir un compte bancaire et bénéficie d'une couverture santé valable jusqu'au 7 septembre 2023.

13. Malheureusement, M. H s'est également manifesté envers son équipe de suivi par son agressivité et sa virulence qui ressortent bien du rapport de Mme C E du 4 janvier 2023 ; la circonstance que ce type de comportement se soit manifesté une fois que l'intéressé a compris qu'il ne serait plus pris en charge au titre d'un contrat jeune majeur ne saurait en aucun cas constituer une excuse. De plus, il ressort de ce rapport, ainsi d'ailleurs que de la note du 23 décembre 2022 de Mme I B, que M. H s'est, avant même de comprendre qu'il ne bénéficierait pas d'un contrat jeune majeur, peu investi dans les démarches de toutes sortes, y compris d'ordre ménager, adoptant une attitude désinvolte, comptant beaucoup sur les autres mais peu sur lui-même, se montrant passif et désintéressé au point de ne pas honorer un certain nombre d'obligations, comme son rendez-vous fixé au 20 décembre 2022 à la mission locale de Melun pour tenter de trouver une solution d'hébergement alternative via le dispositif du SIAO. De même, aucune démarche administrative tendant à une régularisation de l'intéressé n'a pu être tentée du fait qu'il n'a fourni, malgré de nombreuses demandes répétées, aucun document d'identité, rendant ainsi impossible toute démarche en préfecture ; si son conseil soutient que ce n'est pas de son fait, compte tenu de la rupture totale de ses liens avec son milieu familial d'origine très maltraitant, force est de constater qu'un accompagnement par le département ne sera sur ce point d'aucune utilité. Il ressort de ce qui précède que l'intéressé s'est lui-même placé, par son comportement, dans une situation qui ne lui permet plus d'invoquer utilement ou sérieusement la notion d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

14. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse du 4 janvier 2023, il convient de rejeter les conclusions à fin de suspension de cette décision présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il convient également de rejeter les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du même code et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

O R D O N N E

Article 1er : M. H est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. H est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. H, à Me Peschanski et au département de Seine-et-Marne.

Fait à Melun, le 6 mars 2023.

Le juge des référés,

Signé : C. JLa greffière,

Signé : M. F

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2301575

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