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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301577

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301577

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301577
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGONIDEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 février 2023 et un nouveau mémoire enregistré le 23 avril 2023, Mme A B représentée par Me Gonidec, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne l'a obligée à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne à titre principal de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer pendant la durée de cet examen une autorisation provisoire de séjour sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, cette dernière renonçant à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est présente sur le territoire français depuis février 2016 soit depuis six ans ; elle est suivie depuis le 1er février 2019 par l'association EACP qui l'aide à sa réinsertion dans la société française ; elle a été exploitée de 2017 à 2019 par un réseau de prostitution ; elle suit des cours de français ; elle est prise en charge dans un centre d'hébergement ; elle justifie d'une insertion professionnelle.

- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle n'est pas justifiée : il n'y a aucune menace à l'ordre public : elle a été placée en garde à vue suite à une altercation avec une autre personne du foyer ; aucune poursuite pénale n'a été diligentée à son encontre suite à cette garde à vue ;

- aucun risque de soustraction n'existe à l'obligation de quitter le territoire français ; elle a d'abord sollicité le bénéfice de l'asile et a explicitement fait état de la volonté de régulariser sa situation par le travail ; elle est pour ses raisons entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : elle est menacée par le réseau de prostitution en cas de retour au Nigéria ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ; son comportement, comme précédemment dit, ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire ;

Une décision du 20 septembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du Tribunal a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme B.

Vu :

- l'arrêté de la préfète du Val-de-Marne du 14 février 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Guillou, premier conseiller honoraire, inscrit sur la liste prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, pour statuer sur les recours dont le présent tribunal est saisi en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 24 avril 2024 en présence de Mme Adelon, greffière d'audience :

- le rapport de M. Guillou, magistrat désigné ;

- les observations de Me Rahmouni , représentant la préfète du Val-de-Marne qui conclut au rejet de la requête et soutient qu'elle est irrecevable du fait de sa tardiveté :

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante nigériane, née le 2 juillet 1996 à Edo States ( Nigéria)), est entrée en France le 19 février 2017 selon ses déclarations et se maintient irrégulièrement depuis cette date sur le territoire. Le 14 février 2023, elle a été interpelée et placée en garde à vue pour des faits de violence volontaire avec arme par destination à Bonneuil sur Marne. Par arrêté du 14 février 2023, la préfète du Val-de-Marne a obligé l'intéressée à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 14 février 2023.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Mme B ayant été admise à l'aide juridictionnelle totale par la décision susvisée du bureau d'aide juridictionnelle du Tribunal, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. L'article L. 251-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les interdictions de circulation sur le territoire français prises en application du présent chapitre peuvent être contestées devant le tribunal administratif dans les conditions prévues au chapitre IV du titre I du livre VI. () ". Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". Selon l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. / Il est statué sur ce recours selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5. ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Il résulte de ces dispositions que, pour être recevables, les requêtes tendant à l'annulation de telles décisions doivent être présentées au greffe du tribunal administratif, pour y être enregistrées, dans un délai de 48 heures suivant la notification de l'arrêté comportant ces décisions et que ce délai spécial de 48 heures, qui n'est pas un délai franc et n'obéit pas aux règles définies à l'article 642 du code de procédure civile, se décompte d'heure à heure et ne saurait recevoir aucune prorogation.

4. Il ressort des pièces du dossier que les décisions obligeant Mme B à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans contenues dans l'arrêté susvisé de la préfète du Val-de-Marne du 14 février 2023 ont été notifiées simultanément à l'intéressée par voie administrative le 14 février 2023 à 15 heures 55, ainsi que l'atteste le major de police Piquand dans son procès-verbal du même jour relatif au maintien de l'intéressée dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, l'indication de l'heure de notification sur les décision attaquées étant illisible ; elles comportaient la mention des voies et délais de recours ouverts à leur encontre dont la requérante est réputée avoir compris le sens en apposant sa signature sans réserve au bas de l'exemplaire de notification. Cette notification régulière a fait courir à son encontre les délais de recours contentieux à l'égard de ces décisions. La requête susvisée de Mme B, tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 février 2023, n'a été enregistrée au greffe du tribunal administratif que le 16 février 2024 à 16 heures 25, soit après l'expiration du délai de quarante-huit heures qui lui était imparti à cette fin. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de sa requête étaient tardives et, par suite, irrecevables.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B à fin d'annulation de l'arrêté du 14 février 2023 de la préfète du Val-de-Marne doivent être rejetées et par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'injonction et relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Val-de-Marne et à Me Gonidec.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 03 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : J-R GuillouLa greffière,

Signé : MD. Adelon

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. Adelon

N°2301577

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