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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301612

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301612

vendredi 3 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301612
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantMEUNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 février 2023 et le 29 juin 2023, M. A B, représenté par Me Meunier, demande au tribunal d'annuler la décision du 3 février 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté la demande de regroupement familial qu'il a formée au bénéfice de son épouse.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors que c'est à tort que le préfet a considéré qu'il ne présentait pas de ressources stables et suffisantes ;

- la décision contestée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une lettre du 5 juin 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 30 juin 2023.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 5 octobre 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25 % par décision du 19 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Senichault de Izaguirre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sri-lankais, a sollicité le bénéfice du regroupement familial en faveur de son épouse, Mme C, ressortissante sri-lankaise. Par une décision du 3 février 2023, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande. Par la présente requête, le requérant demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Aux termes de l'article L. 434-7 du même code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille () ". Selon l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'État, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième () ". En vertu de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période ".

3. Il résulte de l'ensemble de ces textes que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même s'il est toujours possible, pour le préfet, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

4. Pour refuser à M. B le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur la circonstance qu'il ne justifiait pas de ressources suffisantes pour subvenir aux besoins de sa conjointe au regard des dispositions précitées de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a présenté sa demande de regroupement familial le 20 septembre 2022. A l'appui de sa demande il a produit ses bulletins de salaire au sein de la société SAS LAK CHIKEN pour les douze mois qui ont précédé l'enregistrement de sa demande de regroupement familial. Il ressort des pièces du dossier que ses ressources s'élevaient du 1er septembre 2021 au 31 septembre 2022, à une moyenne mensuelle de 1 499,09 euros brut, inférieure au salaire minimum interprofessionnel de croissance qui s'élevait, en 2021 en moyenne à 1 572,02 euros brut et en 2022 en moyenne à 1 642,55 euros brut. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a touché en moyenne un salaire brut mensuel de 1 704,95 pour les mois de septembre à décembre 2021 et d'avril à septembre 2022 mais qu'il a pris des congés sans solde pour se rendre au Sri Lanka en janvier, février et mars 2022 ce qui explique une baisse de salaire au global. Par ailleurs, postérieurement au dépôt de sa demande, notamment sur la période ayant précédée la décision attaquée, il produit ses bulletins de paie d'octobre 2022 à février 2023 dans la même société, desquels il ressort que ses ressources s'élevaient à une moyenne mensuelle de 1 774,45 euros brut, soit un salaire supérieur au salaire minimum interprofessionnel de croissance qui s'élevait, en 2022 en moyenne à 1 642,55 euros brut et en 2023 à 1 709,28 euros brut. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne doit être regardé comme ayant entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en se fondant sur l'insuffisance des ressources à la date de la demande au regard de la situation financière de M. B.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à solliciter l'annulation de la décision du 3 février 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté la demande de regroupement familial qu'il a formée au bénéfice de son épouse.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de Seine-et-Marne du 3 février 2023 est annulée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,

Mme Dutour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.

La rapporteure,

J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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