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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301626

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301626

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301626
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, et un mémoire, enregistrés les 17 et 28 février 2023, Mme A B, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représentée par Me Ahmad et, en dernier lieu, Me Berdugo , demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2023 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris réexaminer sa situation notamment au regard des dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et dans cette attente lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision en cause est entaché d'incompétence ;

- la décision en cause est insuffisamment motivée ;

- les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ont été méconnues

- les stipulations des articles 41 et 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ont été méconnues ;

- ont été violés le principe de présomption d'innocence, l'article 11 de la déclaration universelle des droits de l'homme et l'article préliminaire du code de procédure pénale ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une appréciation de sa situation inexacte dès lors qu'entendue dans le cadre d'une affaire de proxénétisme en bande organisée, elle s'est déclarée victime, sans avoir condamnée pour de tels faits, ni davantage mise en examen ;

- la mesure en cause fait obstacle à ce qu'elle témoigne, entravant le cours de l'enquête préliminaire ;

- elle peut prétendre au bénéfice de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- son comportement ne présente pas une menace pour l'ordre public ;

- l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet de police a commis une d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet de police a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la déclaration universelle des droits de l'homme et l'article préliminaire du code de procédure pénale

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code pénal ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme F pour statuer sur les requêtes articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- les observations de Me Simon, substituant Me Berdugo, conseil de Mme B qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et celles de Mme B ;

- et les observations de Me Vo, substituant Me Schwilden, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens sont infondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante chinoise, née le 25 octobre 1973 à Sichuan (Chine), demande l'annulation de l'arrêté du 15 février 2023 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination vers lequel elle sera éloignée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-01166 du 3 octobre 2022 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police n° 75-2022-707 du 3 octobre 2022, le préfet de police a donné à M. D E, attaché de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, le premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".

4. L'obligation de quitter le territoire français attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que son état civil, sa situation familiale en ce qu'elle est divorcée et sans enfant à charge. Alors qu'elle ne fait pas état de la durée de son séjour en France, de son concubinage, de ses problèmes de santé et du caractère stable de sa résidence, la décision est, dès lors, suffisamment motivée au regard des exigences posées par les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas, avant de prendre l'obligation de quitter le territoire français attaquée, procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation personnelle de Mme A B.

6. En troisième lieu, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant dès lors que les dispositions de l'article L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont les seules applicables aux obligations de quitter le territoire.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". L'article 47 de la Charte énonce que toute personne a la possibilité de se faire conseiller, défendre et représenter.

8. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni sur chacune des décisions qui l'assortissent dès lors qu'il a pu être entendu sur la perspective de l'éloignement.

9. Mme B soutient qu'elle n'aurait pas été en mesure de présenter des observations préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté. Toutefois, elle n'indique pas en quoi elle disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'elle aurait été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, doit être écarté le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été pris en méconnaissance du principe général du droit d'être entendu, tel qu'il est énoncé notamment au paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et, en tout état de cause, l'article 47 de cette charte.

10. En cinquième lieu L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

.

11. Pour prononcer à l'encontre de Mme B la mesure portant obligation de quitter le territoire, le préfet de police s'est fondé sur le seul motif tiré de ce que l'intéressée est entrée en France sous couvert d'un document de voyage non revêtu du visa prévu aux articles L. 311-1, L. 311-2, L. 312-1 et suivants du code précité. Il ressort des pièces du dossier que Mme A B dès lors qu'elle ne peut justifier être entrée régulièrement en France, ce qu'elle a spontanément affirmé au cours de son audition par les policiers, lors de sa garde à vue, entre dans le champ de ces dispositions.

12. En sixième lieu, Mme A B ne peut utilement soutenir que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public dès que comme il a été indiqué au point précédent, la mesure en litige ne se fonde pas sur un tel motif, ni davantage qu'ont été méconnus le principe de présomption d'innocence, l'article 11 de la déclaration universelle des droits de l'homme et l'article préliminaire du code de procédure pénale. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit donc être écarté.

13. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

14. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier que Mme A B est entrée sur le territoire française au cours de l'année 2018, ainsi qu'elle l'affirme, en provenance de Chine dont elle est originaire et où résident ses deux enfants majeurs. Ensuite, l'intéressée soutient avoir établi le centre de sa vie privée et familiale en France, aux côtés de son concubin, de nationalité pakistanaise faisant obstacle à ce qu'ils reconstituent leur vie dans un de leur pays d'origine. Or, il ne ressort de ces pièces et il n'est pas même allégué que son partenaire aurait une situation administrative régulière. En outre, la requérante qui admet mener des activités prostitutionnelles, ne justifie pas de son insertion sociale particulière. Enfin, hormis la présence de son partenaire, elle ne se prévaut d'aucune attache privée ou familiale en France. Dans ces conditions, eu égard à la durée de son séjour, des attaches familiales fortes dans son pays d'origine et du défaut de toute insertion sociale en France, Mme A B n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. L'état de santé allégué ne peut être regardé comme établissant que le préfet de police a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

15. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la procédure pénale, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. "

16. D'autre part, aux termes de l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le service de police ou de gendarmerie qui dispose d'éléments permettant de considérer qu'un étranger, victime d'une des infractions constitutives de la traite des êtres humains ou du proxénétisme prévues et réprimées par les articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, est susceptible de porter plainte contre les auteurs de cette infraction ou de témoigner dans une procédure pénale contre une personne poursuivie pour une infraction identique, l'informe : / 1° De la possibilité d'admission au séjour et du droit à l'exercice d'une activité professionnelle qui lui sont ouverts par l'article L. 425-1 (). / Le service de police ou de gendarmerie informe également l'étranger qu'il peut bénéficier d'un délai de réflexion de trente jours, dans les conditions prévues à l'article R. 425-2, pour choisir de bénéficier ou non de la possibilité d'admission au séjour mentionnée au 1°. / () ". L'article R. 425-2 du même code prévoit que : " L'étranger à qui un service de police ou de gendarmerie fournit les informations mentionnées à l'article R. 425-1 et qui choisit de bénéficier du délai de réflexion de trente jours prévu au même article se voit délivrer un récépissé de même durée par le préfet (), conformément aux dispositions de l'article R. 425-3. Ce délai court à compter de la remise du récépissé. Pendant le délai de réflexion, aucune décision d'éloignement ne peut être prise à l'encontre de l'étranger en application de l'article L. 611-1, ni exécutée. / () ".

17. Il résulte de ces dispositions qu'un étranger qui justifie avoir déposé plainte contre la personne qu'il accuse d'avoir commis des faits relevant de l'article 225-5 du code pénal cité au point 7 du jugement, a droit à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Les dispositions de l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile chargent les services de police d'une mission d'information, à titre conservatoire et préalablement à toute qualification pénale, des victimes potentielles de tels faits. Ainsi, lorsque ces services ont des motifs raisonnables de considérer que l'étranger pourrait en être reconnu victime, il leur appartient d'informer ce dernier de ses droits en application de ces dispositions. En l'absence d'une telle information, l'étranger est fondé à se prévaloir du délai de réflexion d'un mois, prévu à l'article R. 425-2 du même code, pendant lequel aucune mesure d'éloignement ne peut être prise, ni exécutée, notamment dans l'hypothèse où il a effectivement porté plainte.

18. Il ressort des pièces du dossier notamment des procès-verbaux établis par les services de police le 14 février 2023, que Mme A B, à l'issue de son interpellation, a été placée en garde à vue dans le cadre d'une enquête préliminaire pour des faits d'aide à l'entrée, circulation et séjour irrégulier d'un étranger en France, de proxénétisme aggravé en bande organisée et faux et usage de faux document administratif. L'intéressée a déclaré mener une activité prostitutionnelle afin de procéder au règlement des frais de la maison située en Chine, son pays d'origine et dont elle est propriétaire et contribuer à l'apurement des dettes de son fils y résidant. Il ne ressort pas de ces pièces et de ses propres déclarations lors de ses auditions qu'elle serait victime d'un réseau de prostitution. En revanche, elle affirme être maîtresse des modalités de son activité, notamment la fréquence, les lieux tant en province qu'à Paris, ses horaires et récupérer la totalité de ses gains. Dès lors, Mme A B ne peut sérieusement soutenir être victime de la traite des êtres humains ou du proxénétisme, telles que prévues et réprimées par les articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal. Par suite, les services de police ne disposaient de motifs raisonnables de considérer que l'intéressée pourrait en être reconnue comme une victime. Par voie de conséquence, la requérante ne peut davantage sérieusement prétendre souhaiter témoigner à l'encontre de personnes l'y ayant contrainte et que, dans ces conditions, aucune mesure d'éloignement faisant obstacle à son témoigne ne pouvait être prise. Le moyen tiré de la violation de son droit à témoigner doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

19. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. (). ". L'article L. 612-2 de ce code dispose que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, (). ". Enfin, l'article L. 613-2 du même code dispose " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

20. En premier lieu, pour refuser à Mme A B le bénéfice d'un délai de départ volontaire, le préfet de l'Essonne a estimé que le comportement de l'intéressée constituait une menace pour l'ordre public et qu'il existait un risque que l'intéressée se soustraie à l'obligation de quitter le territoire dont il a fait l'objet en se fondant sur les motifs tirés de ce que la requérante ne pouvait justifier d'une entrée régulière sur le territoire français sur lequel elle s'est maintenue irrégulièrement, n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'elle a déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes dès lors notamment qu'il ne justifiait pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Par suite, la décision est suffisamment motivée. En outre, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée.

21. D'une part, il est constant que l'intéressée, certes titulaire d'un passeport en cours de validité, ne peut justifier d'une entrée régulière sur le territoire français sur lequel elle s'est maintenue irrégulièrement, pour ne pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, notamment des procès-verbaux dressés par les services de police à l'issue de ses auditions qu'elle a déclaré une résidence principale située au 133 rue Raymond Losserand à Paris qu'elle sous loue afin de pratiquer son activité prostitutionnelle et une autre adresse au 79 boulevard de Stalingrad à Paris dont elle est co-locataire avec son concubin, depuis le 1er janvier 2023 afin d'y recevoir son fils et où elle affirme ne pas résider. A cet égard, si est produit la copie du bail signé le 1er janvier 2023 pour ce dernier appartement, elle ne produit pas la quittance de loyer afférente. Ainsi, elle ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Dès lors, à supposer même que le comportement de Mme A B ne peut être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public et qu'elle n'a pas explicitement déclaré vouloir se soustraire à une mesure d'éloignement, le risque de fuite pouvant être regardé comme établi au sens des dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police de Paris a pu légalement, sans erreur de droit, lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. En ne retenant pas de circonstances particulières de nature à renverser cette présomption, cette autorité n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressée.

22. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police de Paris du 15 février 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er: La requête de Mme A B est rejetée.

Article : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police de Paris.

Lu en audience publique le 28 février 2023.

La magistrate désignée,

Signé M. FLa greffière,

Signé M. C

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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