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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301627

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301627

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301627
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 et 27 février 2023, Mme A B, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représentée par Me Ahmad et, en dernier lieu, M. D, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2023 par lequel le préfet de police a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 36 mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- l'arrêté méconnaît la loi du 11 juillet 1979 en ce qu'il comporte une motivation succincte sur la justification de la mesure ;

- le préfet n'a porté un examen complet et sérieux de sa situation ;

- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'elle est victime de prostitution ;

- il est entaché d'une appréciation de sa situation inexacte dès lors qu'entendue dans le cadre d'une affaire de proxénétisme en bande organisée, elle qui s'est déclarée victime, sans avoir condamnée pour de tels faits, ni davantage mise en examen, ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Simon, substituant Mme D, conseil de Mme B qui conclut aux mêmes fins que les requêtes de Mme B, par les mêmes moyens ;

- celles de Mme B ;

- et celle de Me Vo, substituant Me Schwilden, conseil du préfet de police qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante chinoise, née le 25 octobre 1973 à Sichuan (Chine), demande l'annulation de l'arrêté du 16 février 2023 par lequel le préfet de police a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 36 mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

3. Il ressort des termes mêmes des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

4. Il résulte des mentions portées sur l'arrêté en litige que, pour fixer à trente-six mois la durée de l'interdiction de retour prononcée à l'encontre de Mme A B, le préfet de police s'est fondé sur les motifs tirés de ce que son comportement présente une menace pour l'ordre public eu égard à son signalement par les services de police le 14 février 2023 pour aide à l'entrée, à la circulation et au séjour irrégulier d'un étranger en France, proxénétisme aggravé en bande organisée et faux et usage de faux document administratif, faits commis entre le 1er octobre 2022 et le 13 février 2023, sur son entrée sur le territoire français en avril 2018 et sur le motif qu'elle ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, dès lors qu'elle est divorcée, sans enfant à charge.

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des procès-verbaux établis par les services de police le 14 février 2023, à l'issue de son interpellation et lors de son placement en garde à vue dans le cadre d'une enquête préliminaire pour des faits d'aide à l'entrée, circulation et séjour irrégulier d'un étranger en France, de proxénétisme aggravé en bande organisée et faux et usage de faux document administratif ainsi que de ses propres écritures que Mme A B est entrée depuis l'Italie en France en avril 2018. En outre, il ressort de ces pièces que hormis son partenaire, ressortissant de nationalité étrangère qu'elle allègue connaître depuis 2019, lequel est dépourvu de titre de séjour, elle conserve des liens familiaux intenses dans son pays d'origine en la personne de des deux enfants majeurs et n'allègue pas l'existence d'attaches personnelles, ni familiales en France. En revanche, la seule circonstance que Mme A B a été entendue sur les faits précités dans le cadre d'une enquête préliminaire, sans avoir été poursuivie à ce titre, voire condamnée ne peut être regardée comme caractérisant que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. De plus, le préfet ne fait état d'aucun autre motif tel que la circonstance que l'intéressée aurait déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement à laquelle elle se serait soustraite. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pendant 36 mois est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, Mme A B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 février 2023 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A B et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du 16 février 2023 par lequel le préfet de police a prononcé à l'encontre de Mme an B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois est annulé.

Article 2: L'Etat versera à Mme A B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police.

Lu en audience publique le 28 février 2023.

La magistrate désignée,

Signé M. ELa greffière,

Signé M. C

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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