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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301652

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301652

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301652
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMONGET-SARRAIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 15 et 22 février 2023, M. G E, représenté par Me Monget-Sarrail, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, l'a interdit de retour pour une durée d'un an et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à tout le moins de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. E soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* est insuffisamment motivée et entachée d'une erreur de fait ;

* viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

* est insuffisamment motivée et entachée d'une erreur de fait ;

* viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait au Tribunal de ce que la requête n'appelle aucune observation de sa part.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- les observations de Me Monget-Sarrail, représentant M. E, qui :

* conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

* renonce à la conclusion tendant à l'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

* demande qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. E une autorisation provisoire de séjour le temps du réexamen et de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

- et M. E qui indique que sa compagne a fait un accident vasculaire cérébral (AVC) et que c'est lui qui s'occupe des deux dernières filles, la troisième et plus grande vivant avec sa mère à Chartres. Il a besoin de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 11h41.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant ivoirien, né le 5 mars 1971 à Man (République de Côte d'Ivoire), est entré en France en septembre 2002 muni d'un passeport revêtu d'un visa Schengen de type C valable 20 jours du 8 septembre au 31 octobre 2002. L'intéressé a été placé le 13 février 2023 même en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par arrêté du 14 février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai en application du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée d'un an. M. E demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 14 février 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / (). ".

3. Il ressort des pièces du dossier, premièrement, que M. E justifie, ce qui n'est pas contesté, son entrée régulière sur le territoire français en 2002. Deuxièmement, il est le père de H née le 4 mars 2009 à Montreuil (Seine-Saint-Denis) dont la mère est Mme A titulaire d'une carte de résident. La jeune F, qui est de nationalité française, est scolarisée en classe de 3ème en collège pour l'année 2022/2023 et a été régulièrement été scolarisée depuis l'année scolaire 2009/2010. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé verse régulièrement des sommes à la mère de sa fille. Troisièmement, l'intéressé a signé en la commune de Saint-Mammès (Seine-et-Marne) le 2 février 2021 un pacte civil de solidarité avec Mme C titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2024, avec laquelle il vit à une adresse commune. Il ressort de l'attestation de la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne que le foyer est composé du couple et cinq enfants. À cet égard, il ressort des pièces du dossier qu'il est le père de la jeune B née le 20 mars 2018 à Corbeil-Essonnes, scolarisée en classe de maternelle pour l'année scolaire 2022/20023, et de la jeune D, née le 13 mars 2019 à Melun (Seine-et-Marne), scolarisée en classe de maternelle pour l'année scolaire 2022/20023. La mère de ces deux dernières est Mme C. Il ressort de plusieurs factures de la crèche concernant les jeunes B et D qu'elle est adressée aux deux parents et d'autres factures provenant de la mairie de Saint-Mammès pour les fillettes portant le seul nom de l'intéressé. Par ailleurs, M. E a sollicité son admission au séjour sans réponse du préfet malgré plusieurs demandes d'information par son conseil. Il ressort de ces éléments que M. E doit être considéré comme contribuant à l'entretien et à l'éducation de ses trois filles et justifie avoir une vie commune établie avec sa concubine, Mme C. Par suite, en obligeant M. E à quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle de l'intéressé.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. E est fondé à demander l'annulation de la décision du 14 février 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des autres décisions attaquées, privées de base légale, par lesquelles cette autorité lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

6. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet des Hauts-de-Seine réexamine la situation de M. E et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Par ailleurs, il justifie d'un contrat à durée indéterminée à temps complet en sorte que l'autorisation provisoire de séjour doit l'autoriser à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".

8. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. E, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.

9. Enfin, les annulations prononcées n'impliquent aucune autre injonction.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est, dans la présente instance, la partie perdante, une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. E et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 14 février 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. G E à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. G E dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. G E dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 14 février 2023 ci-dessus annulée.

Article 4 : L'État (préfet des Hauts-de-Seine) versera à M. G E une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. G E et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : G. Girard-Ratrenaharimanga

La greffière,

Signé : S. Aït Moussa

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Aït Moussa

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