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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301655

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301655

lundi 27 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301655
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBOUJNAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 février 2023, M. E B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a prononcé son transfert aux autorités roumaines, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

M. B doit être considéré comme soutenant que la décision portant transfert :

- viole l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par " ricochet " ;

- viole l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 modifiant le règlement (CE) n° 1560/2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F ;

- les observations de Me Boujnah, représentant M. B assisté de M. D, interprète assermenté en langue turque, qui soutient, en outre, la violation de l'article 5 du règlement dit " C A " ;

- et M. B, assisté de M. D, interprète assermenté en langue turque, qui indique n'avoir personne en Roumanie ni en Allemagne et qu'il veut rester en France à côté de ses parents, oncles et cousins.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h18.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc, né le 5 juillet 2000 à Halfeti (République de Turquie) a déposé une demande d'asile et a été mis en possession de l'attestation correspondante le 17 novembre 2022, attestation renouvelée le 4 janvier 2023. À l'issue de la procédure de détermination de l'État membre responsable de cette demande d'asile, par l'arrêté susvisé du 11 janvier 2023, le préfet de Seine-et-Marne a prononcé le transfert de M. B aux autorités roumaines. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté/ces arrêtés.

2. Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre État qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. () / Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'État d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre État. ". Selon l'article L. 572-1 de ce code : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 4 L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. (). ".

4. M. B soutient la violation des dispositions citées au point précédent au motif que le compte-rendu de l'entretien individuel n'est pas signé par l'interprète qui a assuré la prestation d'interprétariat. Si rien n'indique dans ce compte-rendu que la prestation d'interprétariat a eu lieu à distance ou sur place, aucun texte n'impose en tout état de cause la signature de l'interprète sur le compte-rendu de cet entretien individuel au sens des dispositions précitées de l'article 5 du règlement dit " C A ". Par suite, l'arrêté de transfert n'a pas méconnu les dispositions des articles 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.

5. En second lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement (). ". Aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. M. B soutient que ses empreintes ont été prises de force en Roumanie sans qu'il n'ait jamais sollicité l'asile ce que le préfet ne peut prouver, sans savoir pourquoi le préfet n'a pas envisagé un transfert vers la République fédérale d'Allemagne, et qu'il est menacé dans son pays d'origine alors que sa famille proche se trouve en France soit sous couvert de titres de séjour soit en tant que naturalisés français. Toutefois, de première part, le préfet justifie en défense avoir régulièrement saisi les autorités allemandes qui ont refusé le transfert de l'intéressé. De deuxième part, l'arrêté contesté a seulement pour objet de transférer l'intéressé en Roumanie et non de le renvoyer en République de Turquie. De troisième part, la Roumanie est un État membre de l'Union européenne et partie tant à la Convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit être présumé, en l'absence de défaillances systémiques dans la procédure d'asile dans ce pays, que la demande d'asile de M. B sera traitée par les autorités roumaines dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Le requérant n'apporte aucun élément, notamment des documents, de nature à renverser cette présomption en sorte que rien ne permet de penser que les autorités roumaines n'évalueraient pas d'office les risques réels de mauvais traitements qui pourraient naître pour lui du seul fait de son éventuel retour en République de Turquie. De dernière part, si M. B soutient avoir en France nombre de membres de sa famille en situation régulière, il ne l'établit pas, la simple présentation de copie de pièces d'identités étant insuffisante. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, M. B ne peut se prévaloir d'aucun motif exceptionnel ou d'aucune circonstance humanitaire qui aurait justifié que le préfet de Seine-et-Marne décide, à titre dérogatoire, d'examiner sa demande de protection internationale en application des dispositions précitées de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé. Dès lors, en prenant la mesure de transfert litigieuse, cette autorité administrative n'a pas méconnu les dispositions précitées. L'autorité administrative n'a davantage pas méconnu l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 janvier 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a prononcé son transfert aux autorités roumaines.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : G. F

La greffière,

Signé : S. Aït Moussa

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Aït Moussa

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