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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301728

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301728

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301728
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantSOURTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 février 2023, M. A B, représenté par Me Sourty, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le certificat de résidence qu'il a sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'inexécution et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois à compter de la notification de la décision ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer le certificat de résidence qu'il a sollicité dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer dans l'attente un récépissé de demande de certificat de résidence l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétence ;

En ce qui concerne la décision de refus de certificat de résidence :

- elle méconnaît l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale en France.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle doit être annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle n'est pas motivée ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par la SELARL Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bourrel Jalon a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en 1983, a demandé à la préfète du Val-de-Marne la délivrance d'un certificat de résidence. Par un arrêté du 20 janvier 2023, la préfète a rejeté cette demande, a obligé M. B à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'inexécution et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois à compter de la notification de la décision. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. Par un arrêté n° 2022/03367 du 19 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour et visé par la décision attaquée, la préfète du Val-de-Marne a donné à M. Ludovic Guillaume, secrétaire général de la préfecture, délégation de signature aux fins de signer notamment les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un certificat de résidence :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur (). ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; () / II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. "

4. M. B soutient que la préfète du Val-de-Marne a méconnu les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, en se fondant sur l'avis défavorable de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère en raison de l'incomplétude de son dossier en s'abstenant de l'inviter à produire les éléments manquants. Toutefois, aucune disposition ne prévoit que les demandes de complément adressées à l'employeur par la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère, qui ont pour objet de lui permettre d'instruire la demande d'autorisation de travail en vue d'émettre l'avis transmis à l'autorité préfectorale, devraient également être adressées au requérant, lequel n'est pas l'auteur de la demande d'autorisation en vertu de l'article R. 5221-1 précité du code du travail. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, doit être écarté comme inopérant.

5. En deuxième lieu, M. B soutient que la préfète du Val-de-Marne a entaché sa décision d'une erreur de fait en se fondant sur l'avis défavorable de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère puisqu'un dossier complet avait été transmis. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne aurait pris la même décision en se fondant sur la seule circonstance que M. B ne justifiait d'aucune considération humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel de nature à permettre sa régularisation en qualité de salarié ou au titre de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 26 février 2015. S'il fait état de la relation qu'il entretiendrait avec une ressortissante française et de la naissance de leur fille, également de nationalité française, le 21 janvier 2023, il ne produit aucun élément au soutien de ses allégations. De même, il n'établit par aucune pièce l'insertion professionnelle en tant que chauffeur-livreur depuis 2018 dont il se prévaut. Il ne justifie pas davantage de l'absence de liens personnels ou familiaux en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale, ni qu'elle porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et méconnaîtrait ainsi les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien précité et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces moyens doivent donc être écartés comme infondés.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. Si M. B soutient qu'il est père d'une enfant de nationalité française résidant en France née le 21 janvier 2023, dont la mère est également de nationalité française, il n'apporte aucun élément attestant de la naissance de cet enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté comme infondé.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de refus de délivrance du certificat de résidence qu'il a sollicité.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () "

12. Ainsi qu'il a été dit au point 9 du présent jugement, M. B n'établit pas être le père d'une enfant française mineure résidant en France. Il ne justifie pas non plus de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de cet enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut qu'être écarté comme infondé.

13. En second lieu, pour les mêmes raisons que celles mentionnées au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté comme infondé.

14. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination, par voie de conséquence.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

16. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

17. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

18. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois, qui se borne à indiquer que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public, ne comporte pas les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que M. B n'a pas pu en connaître les fondements et les motifs. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être accueilli.

19. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

20. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 20 janvier 2023 de la préfète du Val-de-Marne doit être annulé seulement en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

21. Compte tenu de la seule annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, sont rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie ayant perdu sur l'essentiel du litige, verse à M. B, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 800 euros au titre des frais qu'il aurait exposés non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 janvier 2023 de la préfète du Val-de-Marne est annulé, seulement en tant qu'il prononce à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Massengo, conseillère,

Mme Bourrel Jalon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

A. BOURREL JALON

La présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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