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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301801

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301801

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 février 2023, Mme D A veuve C, représentée par Me Langagne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 31 janvier 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel cette mesure pourra être exécutée ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, dès lors qu'elle a fait l'objet d'un examen médical auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 14 avril 2021 et que l'avis du collège des médecins de l'OFII a été formulé le 15 juin 2022, soit plus d'un an après, alors que son état de santé a pu évoluer défavorablement depuis lors ;

- elle a répondu à la demande de pièces supplémentaires qui lui a été formulée le 15 septembre 2022 par un courrier réceptionné le 21 septembre 2022 ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation sur son état de santé dès lors qu'elle ne peut pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine où elle ne possède ni ressources, ni liens affectifs.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Issard, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Madame A veuve C, ressortissante serbe née en 1950, est entrée sur le territoire français le 6 décembre 2008 selon ses déclarations et a présenté au préfet de Seine-et-Marne le 28 octobre 2020 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 31 janvier 2023, dont la requérante demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel cette mesure pourra être exécutée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, la requérante soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence. Il ressort cependant des pièces du dossier que par un arrêté n° 22/BC/107, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Seine-et-Marne du 12 janvier 2023, le préfet de Seine-et-Marne a donné à Madame F B, cheffe du bureau de l'accueil et du séjour, aux fins de signer les décisions de refus de séjour et les obligations de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En second lieu, si la requérante soutient que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle dès lors que l'avis du collège des médecins de l'OFII aurait émis le 15 juin 2022, soit plus d'un an et deux mois après que l'examen médical dont elle a fait l'objet le 14 avril 2021, elle ne produit aucun élément permettant d'établir que son état de santé aurait évolué entre ces deux dates. De même, si elle verse au dossier un accusé de réception attestant de l'envoi d'un courrier recommandé aux services de la préfecture de Seine-et-Marne en date du 21 septembre 2022, elle ne produit pas la liste des documents qu'elle aurait transmis à cette occasion, en conséquence de quoi elle ne démontre pas avoir communiqué l'intégralité des pièces qui lui étaient demandées par le courrier de la préfecture en date du 15 septembre 2022 mentionné par la décision attaquée. Il en résulte que le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

5. Pour rejeter la demande de Mme A veuve C présentée pour raison de santé, le préfet de Seine-et-Marne a relevé que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. En n'apportant dans sa requête aucune précision concernant la nature et la gravité de sa pathologie et en se bornant à verser au dossier des résultats d'analyses biologiques établis le 24 septembre 2013, le 28 octobre 2014, le 25 novembre 2014, 20 octobre 2020, le 10 mai 2021 sans aucune analyse complémentaire permettant au tribunal de les interpréter, des ordonnances de prescriptions sans rapport avec l'affection de longue durée dont elle semble souffrir, le résultat d'une échographie abdominale effectuée le 30 octobre 2014 ne démontrant aucune anomalie, les résultats d'un électrocardiogramme effectué le 23 octobre 2020, un courrier d'adressage en date du 24 octobre 2020, une convocation pour une hospitalisation en service de cardiologie le 4 novembre 2020 ainsi qu'une ordonnance prescrivant la pose d'une sonde, une ordonnance de novembre 2020 lui prescrivant des antidépresseurs, un inhibiteur de la pompe à protons, un traitement contre le cholestérol ainsi qu'un médicament contre l'hypertension, le compte-rendu d'une opération d'ablation du flutter atrial en date du 25 mars 2021, un certificat établi le 8 février 2018 par le Dr E selon lequel elle " présente[rait] une pathologie médicale lourde nécessitant des soins constants et une surveillance régulière " ainsi qu'un certificat établi le 12 février 2021 selon lequel elle présenterait " une pathologie cardiovasculaire avec artérite et accident vasculaire, une bradycardie ayant nécessité une PM, une obésité morbide, un syndrome dépressif chronique avec manque d'activité et perte d'autonomie, une incapacité à gérer son traitement seule ", la requérante ne démontre pas qu'elle ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ou que son état de santé ne lui permettrait pas d'y voyager sans risque. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation sur son état de santé doit être écarté.

6. En quatrième lieu, Mme A veuve C ne peut utilement se prévaloir des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle n'a pas présenté sa demande de titre sur ces fondements.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Pour contester la légalité de la décision attaquée, la requérante se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France, de la présence sur le territoire de deux de ses fils, tous deux majeurs, le premier de nationalité française et le second détenteur d'une carte de résident valable jusqu'en 2026, de l'absence de liens familiaux dans son pays d'origine ainsi que de la gravité de son état de santé qui nécessite l'assistance de ses proches. Néanmoins, en se bornant à verser au dossier les documents d'identité de ses enfants, elle n'établit pas l'intensité des liens familiaux qu'elle allègue. Par ailleurs, elle n'apporte aucun élément au soutien de son affirmation selon laquelle elle serait dépourvue de toute attache familiale dans son pays où elle a vécu jusqu'à l'âge de 58 ans. Dans les circonstances de l'espèce, la décision litigieuse n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et elle n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant rejet de sa demande de titre de séjour sur laquelle elle se fonde, doit être écarté.

10. Ainsi qu'il a été vu au point 5, la décision attaquée n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

11. Mme A veuve C n'invoque aucun moyen à l'appui des conclusions à fin d'annulation qu'elle dirige contre cette décision.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant rejet de sa demande de titre de séjour sur laquelle elle se fonde, doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A veuve C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté en date du 31 janvier 2023, par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante ne peuvent qu'être rejetées, par voie de conséquence du rejet de ses conclusions à fin d'annulation.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme A veuve C la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A veuve C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A veuve C et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Issard, conseillère,

Mme Bourrel Jalon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

C. ISSARD

La présidente,

I. BILLANDON La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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