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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301828

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301828

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301828
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre, JU
Avocat requérantBOUJNAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 février 2023, M. A C, représenté par

Me Bousquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2023 en tant que le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte.

M. C soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence de son auteur ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision doit être annulée en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision doit être annulée en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Luneau, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R.777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Luneau,

- et les observations de Me Boujnah, substituant Me Bousquet et représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens et qui soutient, en outre, que :

* son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

* la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire méconnaît le principe de séparation des pouvoirs et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'il est le conjoint d'une ressortissante ukrainienne qui bénéficie d'une attestation de demande d'asile et avec laquelle il vit ;

- et de M. C, assisté de Mme D, interprète assermenté en langue moldave, qui déclare qu'il réside depuis un an avec sa compagne et qu'elle a obtenu une attestation de demande d'asile.

Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 10h20.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant moldave né le 14 décembre 1990 à Orhei (Moldavie), est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2022, selon ses déclarations. Par un arrêté du

21 février 2023, le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en application du 1°, 5° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 22/BC/107 du 2 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° D77-12-01-2023 du 12 janvier 2023 et librement accessible et consultable notamment sur le site internet de la préfecture, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation à Mme E B, attachée d'administration d'Etat, cheffe du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer toute mesure de refus de séjour et d'éloignement dont notamment : les obligations de quitter le territoire français, les décisions de quitter sans délai le territoire français, les décisions fixant le pays de renvoi, les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. Lorsque, dans le cas prévu à l'article

L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4° ".

4. Si le conseil de M. C soutient à l'audience publique que le préfet de Seine-et-Marne a commis une erreur manifeste d'appréciation en prononçant une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il constitue une menace pour l'ordre public alors qu'il ne pouvait prendre une telle décision en l'absence de condamnation pénale, force est de constater, d'une part, que l'autorité préfectorale s'est également fondée sur les dispositions citées au point 3. des 1° et 6° du même article. D'autre part, l'autorité administrative peut, sans méconnaître le principe de séparation des pouvoirs, apprécier si le comportement d'un individu représente une menace pour l'ordre public au sens des dispositions précitées. Par suite, eu égard à la nature des faits reprochés à M. C " d'abus de confiance, conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste, refus de se soumettre aux vérifications liées au taux d'alcoolémie et à la recherche de l'influence de stupéfiants, délit de fuite par conducteur du véhicule après un accident de la circulation " et quand bien même l'intéressé n'a pas fait l'objet d'une condamnation pénale définitive pour ces faits, le préfet de Seine-et-Marne pouvait estimer qu'il représente une menace pour l'ordre public. Le moyen soulevé doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. C soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de l'intensité et de l'ancienneté de ses attaches privées et familiales sur le territoire français, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, il ressort du procès-verbal d'audition du 20 février 2023, signé par le requérant sans réserve, que celui-ci déclare être entré en France à l'été 2022, vivre avec sa conjointe avec laquelle il s'est marié en Russie en 2015, être sans charge de famille et travailler depuis octobre 2022 sans l'établir. Ces déclarations sont en contradiction avec ce qu'il affirme au cours de l'audience publique, alléguant, sans l'établir, qu'il vit en concubinage avec sa compagne depuis une année et que celle-ci, ressortissante ukrainienne, s'est vue délivrer une attestation de demande d'asile. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée de son séjour en France et des conditions de son séjour, M. C, qui a vécu jusqu'au moins l'âge de trente-deux ans dans son pays d'origine, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Il ne peut donc être reproché au préfet de Seine-et-Marne d'avoir méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen ainsi soulevé doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". L'article L. 612-2 du même code dispose : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

8. L'autorité administrative peut, sans porter atteinte au principe de séparation des pouvoirs et à la présomption d'innocence, se baser sur des actes de procédure pénale n'étant pas des condamnations définitives pour constater l'existence d'une menace pour l'ordre public justifiant qu'aucun délai de départ volontaire ne soit accordé à l'étranger. En l'espèce, comme il a été dit au point 4. du présent jugement, le préfet de Seine-et-Marne s'est basé sur l'interpellation le 20 février 2023 du requérant pour des faits " d'abus de confiance, conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste, refus de se soumettre aux vérifications liées au taux d'alcoolémie et à la recherche de l'influence de stupéfiants, délit de fuite par conducteur du véhicule après un accident de la circulation " et sur le risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision de refus de délai de départ volontaire d'une erreur manifeste d'appréciation ou qu'il a méconnu le principe de séparation des pouvoirs. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2. à 6. du présent jugement que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Il suit de là que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen invoqué doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Si M. C doit être regardé comme soutenant que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il résulte de ce qui a été dit aux points 2. à 6. du présent jugement que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Il suit de là que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen invoqué doit donc être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 avril 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

La magistrate désignée,La greffière,

F. LUNEAU S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2301828

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