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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301845

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301845

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 22 février 2023 et le 16 mars 2023, M. B A, représenté par la SAS Itra Consulting, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète du Val-de-Marne en date du 26 janvier 2023 en tant qu'il rejette sa demande de titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou, à titre subsidiaire, de lui remettre un récépissé de sa demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, ou, à titre infiniment subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la préfète du Val-de-Marne aurait dû saisir la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande de titre de séjour dès lors qu'il justifie remplir les conditions d'obtention d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'au demeurant il justifie résider sur le territoire français depuis plus de dix ans ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il justifie de son intégration professionnelle ;

- en se bornant à examiner la durée de son séjour pour constater qu'il ne remplissait pas les conditions posées par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui imposant de saisir la commission du titre de séjour si l'étranger justifie résider sur le territoire français depuis plus de dix ans, la préfète a commis une erreur de droit.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Issard a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais né en 1982, est entré en France en 2013 selon ses déclarations et a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 26 janvier 2023, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel cette mesure pourrait être exécutée. M. A demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il porte refus de titre de séjour et éloignement du territoire français.

Sur la légalité de la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée est insuffisamment motivée, il ressort des pièces du dossier qu'il comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de cet arrêté ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué qu'il serait entaché d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Si le requérant soutient que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et méconnaît les dispositions et stipulations précitées, il ressort des pièces du dossier qu'ainsi que le fait valoir la préfète du Val-de-Marne en défense, les seules pièces relatives à la vie privée de l'intéressé ayant une valeur probante concernent son certificat de pacte civil de solidarité conclu le 19 décembre 2019. Bien que la production de ce document implique que l'on puisse présumer de sa vie commune avec une ressortissante congolaise, dont il n'est, par ailleurs, pas établi qu'elle soit présente régulièrement sur le territoire français, cette circonstance, à elle seule, ne permet pas de regarder l'arrêté attaqué comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au vu du but poursuivi, méconnu les stipulations et dispositions précitées ou été entaché d'une erreur manifeste d'appréciation concernant sa situation personnelle, alors qu'au demeurant l'intéressé conserve des attaches personnelles dans son pays d'origine où résident son père et ses deux enfants et où il a lui-même vécu la majeure partie de sa vie.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A a présenté sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne peut donc utilement se prévaloir de ses dispositions pour contester la décision attaquée.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance. " Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "

8. Ainsi qu'il a été vu au point précédent, M. A n'établit pas par les pièces qu'il produit remplir les conditions de délivrance du titre de séjour visé à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en conséquence de quoi le requérant ne peut se prévaloir de ces dispositions. En outre, la circonstance que la préfète ait mentionné sur la décision attaquée qu'il n'était pas " en mesure d'attester une ancienneté de résidence en France de plus de dix ans " n'implique pas nécessairement qu'elle ait envisagé de saisir ladite commission que sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'au demeurant sa demande de titre n'a pas été présentée sur ce fondement et qu'en tout état de cause il n'était présent sur le territoire français que depuis neuf ans et onze mois à la date d'édiction de la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté en toutes ses branches.

9. En sixième lieu, le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors que, contrairement aux termes de l'arrêté, il serait en mesure de démontrer son intégration professionnelle. Il ressort néanmoins des pièces du dossier, et notamment des bulletins de salaire et des contrats de travail qu'il produit, qu'il n'a travaillé que durant 26 des 109 mois de sa présence sur le territoire français, en conséquence de quoi il n'établit pas l'intégration professionnelle dont il se prévaut et le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut être accueilli.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Il résulte des motifs qui précèdent que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de sa demande de titre de séjour.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 26 janvier 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'annulation et d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Issard, conseillère,

Mme Bourrel Jalon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

La rapporteure,

C. ISSARD

La présidente,

I. BILLANDON La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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