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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301846

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301846

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301846
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL LEVY AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2023, Mme A D, représentée par Me Levy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2023 de la préfète du Val-de-Marne en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision et fixe le pays à destination duquel elle pourra être éloignée en cas d'inexécution ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande et de la convoquer, dans l'attente, à un rendez-vous afin de lui remettre un récépissé de demande de titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Elle doit être regardée comme soutenant que la décision attaquée :

- est entachée du vice d'incompétence de son auteur ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 juillet 2024 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfants ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Massengo a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante turque née en 1985, déclare être entrée en France en 2018. Elle a formé une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 janvier 2023, la préfète du Val-de-Marne a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloignée en cas d'inexécution. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;

2. En premier lieu, l'arrêté du 25 janvier 2023 n'a pas été signé, contrairement à ce qui est soutenu, par Mme E F, cheffe du bureau " Accueil et séjour des Étrangers " de la préfecture du Val-de-Marne, qui s'est bornée à en signer l'ampliation de l'arrêté attaqué notifiée à la requérante, mais par M. B C, sous-préfet de Nogent-sur-Marne. Celui-ci, par arrêté n° 2022/2671 du 25 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, avait reçu délégation de la préfète du Val-de-Marne pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit être écartée.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce les dispositions légales applicables ainsi que les faits qui en constitue le fondement. Par suite, et dès lors que la motivation d'une décision administrative ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, Mme D soutient que la décision d'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, qui ne prévoient pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, est inopérant à l'appui de conclusions dirigées contre une mesure d'éloignement.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Mme D soutient qu'elle réside habituellement sur le territoire français depuis 2018 avec ses deux enfants, dont l'un est né en Turquie en 2016 et l'autre en France en 2020, et le père de ces derniers, titulaire d'une carte de résident, avec lequel elle vit en concubinage depuis son entrée sur le territoire. Toutefois, si elle produit plusieurs factures d'énergie à son nom et celui de son compagnon, dont la plus ancienne date du 8 mai 2019, et une attestation de vie commune en date du 9 mars 2019, elle ne produit aucun autre élément relatif à sa vie privée et familiale permettant d'établir la réalité et la stabilité de la cellule familiale. En outre, elle ne soutient ni même n'allègue être dénuée d'attaches personnelles dans son pays d'origine où elle résidait encore en 2016, année de naissance de son premier enfant, sans le père de l'enfant qui était déjà résident sur le territoire français. Dès lors qu'elle ne fait l'objet d'aucune interdiction de retour sur le territoire et que son concubin vit en situation régulière en France, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'entraine pas nécessairement la séparation pérenne de la famille. Par ailleurs, si son concubin est titulaire d'une carte de résident, Mme D ne soutient ni même n'allègue qu'elle et lui seraient dans l'impossibilité de reconstituer leur cellule familiale dans le pays dont ils ont tous deux la nationalité. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision d'obligation de quitter le territoire français a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français aurait été prise en méconnaissance des stipulations précitées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme D demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Massengo, conseillère,

Mme Bourrel Jalon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

C. MASSENGOLa présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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