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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301874

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301874

mercredi 8 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301874
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBOUJNAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 20 février et 7 mars 2023, M. C D, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 février 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de deux ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 7 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. G ;

- les observations de Me Boujnah, représentant M. D assisté de M. E, interprète assermenté en langue arabe, qui soutient que :

* la décision portant obligation de quitter le territoire français :

** est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il est père de deux enfants français ;

** est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il est conjoint d'une Française ;

** est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;

** méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

** méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant ;

** est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la menace à l'ordre public que constituerait son comportement ;

* la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur manifeste d'appréciation :

- et M. D, assisté de M. E, interprète assermenté en langue arabe, qui indique avoir fait des erreurs dans sa jeunesse mais qu'il a changé et qu'il a deux enfants qui ont besoin de lui.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h18.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant marocain, né le 9 janvier 1996 à Casablanca (Royaume du Maroc), est entré en France en 2016 muni d'un passeport revêtu d'un visa selon ses déclarations. Il a été bénéficiaire d'un titre de séjour valable du 11 mai 2018 au 10 mai 2019 dont le renouvellement a été refusé par un arrêté du préfet de la Sarthe du 12 novembre 2020, refus assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Il a été condamné le 26 mai 2020 par le tribunal correctionnel du Mans (Sarthe) à une peine de dix mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec violence ayant entrainé une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours. L'intéressé a été interpellé le 19 février 2023 pour des faits de tentative de vol par effraction et a été placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par arrêté du 19 février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de deux ans. Par arrêté du même jour, la même autorité l'a placé en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 21 février 2023 contre laquelle l'appel a été déclaré irrecevable par une ordonnance de la cour d'appel de Paris du 23 suivant. M. D demande au tribunal d'annuler le premier arrêté du 19 février 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'accord franco-marocain renvoie ainsi, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au cas du parent d'un enfant français, pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Enfin, le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français l'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans.

4. M. D soutient qu'il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il est père de deux enfants français pouvant ainsi disposer de plein droit d'un titre de séjour à ce titre en violation de l'accord franco-marocain. D'une part, l'accord franco-marocain régit de manière exclusive la situation des ressortissants marocains souhaitant bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " salarié " et sa violation, en l'espèce, ne peut donc être alléguée. D'autre part, si M. D est effectivement le père du jeune B né à Laval (Mayenne) en 2018, le deuxième enfant, âgé de quatre mois, cité dans l'attestation de l'épouse de l'intéressé, n'étant corroboré par aucune pièce du dossier, la seule attestation précitée, datée du 7 mars 2023, faisant état de ce qu'il est un père aimant et très attentif au bien-être de ses enfants est insuffisante pour considérer qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de son ou ses enfants. Enfin, l'attestation précitée est postérieure à la décision attaquée alors qu'il présente un courrier du cabinet Eden Avocats adressé au préfet de la Seine-Maritime daté du 11 janvier 2023, dont les annexes ne sont pas produites, et argumentant sur la qualité de parent d'enfant français du requérant. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'accord franco-marocain renvoie ainsi, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au cas du conjoint d'un ressortissant français, pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Enfin, le 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français l'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française.

6. M. D soutient qu'il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il est marié à une ressortissante française pouvant ainsi disposer de plein droit d'un titre de séjour à ce titre en violation de l'accord franco-marocain. D'une part, l'accord franco-marocain régit de manière exclusive la situation des ressortissants marocains souhaitant bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " salarié " et sa violation, en l'espèce, ne peut donc être alléguée. D'autre part, M. D est effectivement marié à Mme F depuis le 16 juin 2017, mariage célébré en la mairie de Laval (Mayenne), mariage justifiant une présomption de vie commune, présomption réfragable à la charge de l'autorité administrative. À cet égard, le préfet retient qu'il ressort des propres déclarations de l'intéressé dans le procès-verbal d'audition 19 février 2013 à 9 heures 40 que ce dernier a déclaré être séparé de son épouse indiquant également être domicilié à Rouen (Seine-Maritime). Si, à l'audience, il explique qu'il s'agit d'une mauvaise compréhension de la part des forces de police lors de son audition alors qu'il n'était pas assisté d'un avocat comme sollicité, il ressort des débats à l'audience que, s'il est vrai qu'il n'a pas été assisté d'un avocat commis d'office comme sollicité du fait de la carence de l'avocat désigné par le barreau territorialement compétent, il a confirmé nombre de ses déclarations en sorte qu'il ne peut expliquer pourquoi ce point précis aurait été mal compris et pas les autres traités lors de ladite audition. S'il indique également à l'audience que l'adresse précisée à Rouen est une adresse temporaire le temps de chercher du travail, il confirme toujours à l'audience avoir bien déclaré cette adresse sans apporter d'autre élément, ce qui doit être considéré comme corroborant sa déclaration de rupture de la vie commune. Enfin, s'il soutient que la facture d'un fournisseur d'énergie à l'adresse de son épouse à Rouen aux deux noms justifie la résidence et la vie commune, force est de constater que cette facture date de 2022 soit antérieurement à ses déclarations sur la rupture de la vie commune. Enfin, l'attestation citée au point 4, postérieure à la décision en litige, si elle indique que l'intéressé est un mari aimant et qu'il vit en son domicile, est insuffisante pour renverser les déclarations faites par le requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, il n'est pas contesté que M. D a été condamné le 26 mai 2020 par le tribunal correctionnel du Mans (Sarthe) à une peine de dix mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec violence ayant entrainé une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours et qu'il a été interpellé le 19 février 2023 pour des faits de tentative de vol par effraction. Il ressort également de la fiche pénale produite en défense que la demande de l'intéressé d'une libération sous contrainte a été rejetée par le juge d'application des peines le 18 septembre 2020. Ces faits, dont ceux ayant donné lieu à une condamnation pénale sont juridiquement établis, permettent de considérer, eu égard à leur gravité, que le comportement de M. D constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, en fondant son obligation de quitter le territoire français sur les dispositions citées au point 2, le préfet des Hauts-de-Seine n'a commis à cet égard aucune erreur manifeste d'appréciation.

8. En quatrième lieu et d'une part, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. D'autre part, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention susvisée relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Si, dans ses décisions des 13 mai 2003 (Cour européenne des droits de l'homme, 13 mai 2003, Chandra c. Pays Bas, n°53102/99) et 6 juillet 2006 (Cour européenne des droits de l'homme, 6 juillet 2006, Yash Priya c. Danemark, n°13594/03), la Cour a estimé que les ressortissants étrangers qui, sans se conformer aux règlements en vigueur, mettent par leur présence sur le territoire d'un État contractant les autorités de ce pays devant un fait accompli, ne peuvent d'une manière générale faire valoir une espérance légitime qu'un droit au séjour leur sera accordé, la Cour a précisé dans sa décision du 21 juin 1988 (Cour européenne des droits de l'homme, 21 juin 1988, Berrehab c. Pays-Bas, n° 10730/87,

25 à 29 ; voir également Cour européenne des droits de l'homme, 26 mars 1992, Beldjoubi c. France, n° 12083/86, § 79), que l'ingérence d'un État contractant à la Convention au droit à la vie privée et familiale d'un étranger en situation irrégulière sur son territoire, au sens des stipulations précitées, doit être justifiée par un besoin social impérieux et, notamment, proportionnée au but légitime poursuivi. Ainsi que la Cour l'a précisé (Cour européenne des droits de l'homme, grande chambre, 24 janvier 2017, Paradiso et Campanelli c/ Italie, § 181), " pour déterminer si une ingérence est "nécessaire, dans une société démocratique", il y a lieu de tenir compte du fait qu'une marge d'appréciation est laissée aux autorités nationales ", dont la décision demeure soumise aux juridictions nationales, et à la Cour si elle est saisie, compétentes pour en vérifier la conformité aux exigences de la Convention (Cour européenne des droits de l'homme, 22 avril 1997, X, Y et Z c. Royaume-Uni, Recueil 1997-II, § 41). Lorsque l'étranger de la cause a un enfant mineur sur le territoire de l'État concerné, la Cour a précisé que le point décisif consiste à savoir si le juste équilibre devant exister entre les intérêts concurrents en jeu -ceux de l'enfant, ceux des deux parents et ceux de l'ordre public- a été ménagé, dans les limites de la marge d'appréciation dont jouissent les États en la matière et donc sous le contrôle du juge, en tenant compte toutefois de ce que l'intérêt supérieur de l'enfant doit constituer la considération déterminante et, à ce titre, l'intérêt supérieur de l'enfant peut, selon sa nature et sa gravité, l'emporter sur celui des parents dont l'intérêt, notamment à bénéficier d'un contact régulier avec l'enfant, reste néanmoins un facteur dans la balance des différents intérêts en jeu (CEDH, 6 juillet 2010, Neulinger et Shuruk c. Suisse, n° 41615/07, § 134 ; CEDH, 10 avril 2012, Pontes c. Portugal, n° 19554/09, § 75). La Cour de justice de l'Union européenne a également précisé que le paragraphe 2 de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne prévoit que, dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale en sorte qu'il s'ensuit qu'une telle disposition est, elle-même, libellée en des termes larges et qu'elle s'applique à des décisions qui, telle une décision de retour adoptée contre un ressortissant d'un pays tiers, parent d'un mineur, n'ont pas pour destinataire ce mineur, mais emportent des conséquences importantes pour ce dernier, constat confirmé par le paragraphe 1 de l'article 3, de la convention internationale des droits de l'enfant, auquel se réfèrent expressément les explications relatives à l'article 24 de la Charte (CJUE, 11 mars 2021, aff. C-112/20, M. A contre État belge,

36 et 37). Il s'ensuit que le juge doit opérer une appréciation entre l'intérêt individuel du requérant au droit au respect de sa vie privée et familiale, l'intérêt général eu égard notamment aux agissements passés de l'étranger mais également de l'intérêt supérieur de l'enfant de ce dernier.

11. M. D fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu'il est marié à une ressortissante française avec laquelle il vit et qu'il a deux jeunes enfants dont il s'occupe. Premièrement, ainsi qu'il a été dit aux points 4 et 6, en l'état du dossier, il ne peut être considéré, d'une part, qu'il contribue à l'éducation et l'entretien de son ou ses enfants et, d'autre part, que la communauté de vie avec son épouse perdure. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 7, le comportement de M. D constitue une menace pour l'ordre public. En outre, s'il indique dans le procès-verbal d'audition précité avoir des cousins en France, il reconnait ne pas avoir de contacts avec eux. De surcroît, il a également déjà fait l'objet d'une mesure d'éliment par le préfet de la Sarthe le 12 novembre 2020. Enfin, M. D, qui ne justifie pas de son entrée en France ni de son visa alors que la consultation de la base de données des visas dite " VisaBio " a donné un résultat négatif, ne saurait être regardé comme dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 20 ans et où il déclare avoir au moins ses parents et deux sœurs. Il résulte de ce qui vient d'être dit que, eu égard à la balance entre l'intérêt individuel du requérant au droit au respect de sa vie privée et familiale, l'intérêt supérieur de son ou de ses enfants et l'intérêt général eu égard à ses agissements passés, les éléments présentés relativement à l'existence d'une vie privée et familiale en France ne suffisent pas à contrebalancer la nécessité de protéger l'ordre public eu égard à la gravité des faits commis. Ainsi le requérant ne justifie pas, à supposer même établie la durée de séjour qu'il invoque, avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

12. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que, en obligeant M. D à quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine n'a entaché sa décision d'aucun défaut d'examen approfondi de la situation de l'intéressé. Le moyen tiré du défaut d'examen approfondi doit donc être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". L'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. D est le père d'au moins un enfant français né en 2018. Il ressort de l'attestation de l'épouse du requérant, certes postérieure à la décision en litige, que je jeune enfant cherche son père qui semble revêtir une importance pour lui. Dans les conditions très particulières de l'espèce, l'intéressé dispose de circonstances humanitaires justifiant qu'une interdiction de retour sur le territoire français ne soit pas édictée à son encontre en sorte qu'en prenant une telle décision, le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur manifeste d'appréciation à cet égard.

15. Il résulte de ce qui précède que M. D est fondé à demander l'annulation de la seule décision du 19 février 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans mais pas celles l'obligeant à quitter le territoire français, lui refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les injonctions :

16. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".

17. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. D, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.

18. Enfin, l'annulation prononcée n'implique aucune autre injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 19 février 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a interdit M. C D de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulée sans que M. C D soit dispensé de son obligation de quitter le territoire français.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. C D dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 21 février 2023 ci-dessus annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Lu en audience publique le 8 mars 2023 à 16h10.

Le magistrat désigné,

Signé : G. G

La greffière,

Signé : S. Aït Moussa

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Aït Moussa

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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