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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301916

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301916

mardi 20 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301916
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre, JU
Avocat requérantTIGOKI IYA

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun rejette la requête de M. B, ressortissant malien, qui contestait un arrêté préfectoral du 9 février 2023 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal écarte les moyens soulevés, estimant que l'arrêté est suffisamment motivé, que la compétence du signataire est établie, et que la préfète n'a pas commis d'erreur de droit en se fondant sur le rejet définitif de la demande d'asile de l'intéressé (4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile). Enfin, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme est rejeté faute d'éléments probants sur les risques en cas de retour au Mali.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 février 2023, M. C B, de nationalité malienne, représenté par Me Eric Tigoki, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté, en date du 9 février 2023, par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la mesure d'éloignement litigieuse est insuffisamment motivée, dès lors que la préfète s'est bornée à reproduire une motivation stéréotypée et n'a pas fait précéder sa décision d'un examen de sa situation particulière, alors que les craintes qui l'ont amené à quitter son pays sont toujours d'actualité ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence, aucune des pièces du dossier ne permettant d'établir l'existence d'une délégation de signature les nom, prénom et qualité du signataire n'étant pas renseignés ;

- elle est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'il résulte de l'arrêté litigieux que le préfet s'est considéré comme étant placé en situation de compétence liée pour prendre la mesure contestée ;

- la décision fixant le pays de destination a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 19 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Declercq, président honoraire, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Declercq,

- les observations de Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que le requérant n'apporte aucun élément, au soutien de son moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 10h38.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 8 septembre 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 16 décembre 2022. Par arrêté du 9 février 2023, la préfète du Val-de-Marne l'a ainsi obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. B demande, à titre principal, au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". M. B ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par la décision susvisée du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : ( ) 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ( ) ".

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui précise que la demande d'asile de M. B a été rejetée par une décision du directeur général de l'Ofpra en date du 8 septembre 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 16 décembre de la même année et que le requérant n'entre dans aucun autre cas d'attribution d'un titre de séjour en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est ainsi suffisamment motivé, cette motivation ne révélant pas, par ailleurs, un défaut d'examen de la situation personnelle de M. B.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme A, directrice du service des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-de-Marne, en vertu d'une délégation de signature n° 2022/2173 du 20 juin 2022, publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte sera ainsi également écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le préfet, lequel a pris soin d'examiner les éventuelles possibilités de régularisation de l'intéressé, aurait considéré qu'il se trouvait placé en situation de compétence liée pour prendre la décision contestée.

7. En quatrième lieu, si M. B invoque à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ", le requérant, dont la demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile, n'assortit de moyen d'aucune précision permettant d'établir que sa vie ou sa liberté seraient menacées en cas de retour dans son pays son pays d'origine. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté comme étant non assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la préfète du Val-de-Marne et à Me Tigoki.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2024.

Le magistrat désigné,

M. DECLERCQLa greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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