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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301938

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301938

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301938
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantSOUMARE MANGA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 24 février 2023, 5 décembre 2023 et 16 avril 2024, Mme A C B, représentée par Me Soumare, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler son titre de séjour avec modification de son statut, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée en cas d'inexécution ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou " pluriannuelle ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle doit être regardée comme soutenant, dans le dernier état de ses écritures :

En ce qui concerne la décision portante refus de renouvellement de son titre de séjour, avec changement de statut :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors que le préfet aurait dû examiner si elle remplissait les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 et de l'accord franco-sénégalais relatif à la gestion concertée des flux migratoires du 23 septembre 2006 ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas examiné sa demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans son volet travail ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 433-4 à L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour ;

- elle est illégale dès lors qu'elle pouvait bénéficier d'un titre de séjour de plein droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est illégale dès lors qu'elle n'a pas été informée de la possible prolongation du délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 juin 2024 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-sénégalais relatif à la gestion concertée des flux migratoires ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Massengo a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante sénégalaise née en 1993, est entrée en France le 28 septembre 2013 sous couvert d'un visa portant la mention " étudiant ". Elle a obtenu un titre de séjour en qualité de conjointe de Français le 23 septembre 2019, renouvelé une fois du 2 novembre 2020 au 1er novembre 2022. Suite au prononcé de son divorce, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour avec changement de statut. Par un arrêté du 20 janvier 2023, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée en cas d'inexécution. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée énonce les dispositions légales applicables ainsi que les faits qui en constitue le fondement. Par suite, et dès lors que la motivation d'une décision administrative ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur un fondement particulier, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur un autre fondement, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a obtenu une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable jusqu'au 1er novembre 2022, compte tenu de son mariage avec un ressortissant français. En demandant le renouvellement de son titre de séjour, " suite à la prononciation [sic] de son divorce et la naissance de son enfant ", Mme B doit être regardée, malgré l'absence de référence au fondement légal de sa demande, comme ayant demandé un changement de statut et donc la délivrance d'un titre de séjour fondé sur la nature et l'intensité de ses attaches privées et familiales sur le territoire français. La circonstance qu'elle a adressé, postérieurement à sa demande initiale, un courriel aux services de la préfecture dans lequel elle fait référence à l'ancienneté de sa résidence en France et à son travail salarié n'était pas de nature à requalifier ou élargir le fondement de sa demande. Par suite, Mme B ne peut être regardée comme ayant demandé la délivrance d'un nouveau titre de séjour sur le fondement de l'une des stipulations de l'accord franco-sénégalais susvisé, et le préfet de Seine-et-Marne n'était pas tenu d'examiner d'office si elle pouvait prétendre à une autorisation de séjour au titre de ces stipulations.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. Mme B soutient qu'elle remplit les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, dès lors qu'elle vit en concubinage depuis 2019 avec un compatriote titulaire d'une carte de résident, avec lequel elle a eu un enfant né le 11 septembre 2022 et qu'elle est parfaitement insérée socialement et professionnellement dans la société française. Toutefois, pour établir la réalité de son concubinage depuis 2019, et de leur vie familiale depuis la naissance de l'enfant, elle se borne à produire une attestation du père de l'enfant en date du 7 février 2023, déclarant qu'il " héberge " Mme B depuis le 7 décembre 2021, à son domicile situé à Lagny-sur-Marne, et un seul courrier de l'assurance maladie en date du 23 février 2023, postérieur à la décision attaquée, lui ayant été envoyé à cette adresse commune. En revanche, elle produit, d'une part, un avis de situation déclarative sur les revenus 2019 et un avis d'impôt sur les revenus 2018 faisant mention de son domicile à Choisy-le-Roi, chez une tierce personne qu'elle n'évoque nullement dans sa requête et, d'autre part, un avis de situation déclarative sur les revenus 2020 faisant mention de son domicile à l'Haÿ-les-Roses. Ainsi, la réalité du concubinage et de la vie de la famille qu'elle allègue n'est nullement établie. En outre, Mme B, qui a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de vingt ans, ne soutient ni même n'allègue qu'elle est dénuée d'attaches familiales au Sénégal. Dans ces conditions, les seules circonstances qu'elle établit, tirées de ce qu'elle est la mère d'un enfant de quatre mois à la date de la décision, dont le père est titulaire d'un titre de séjour et de ce qu'elle travaille sous contrat à durée indéterminée depuis le 7 mars 2022 ne permettent pas à elles seules de considérer que le préfet de Seine-et-Marne aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

8. Mme B soutient que sa demande devait également être regardée comme fondée sur ces dispositions et qu'elle remplit les conditions de l'admission exceptionnelle au séjour, au titre du travail. Il ressort des pièces du dossier que Mme B n'a fait référence à sa situation de " salariée en cdi " que dans un courriel envoyé aux services de la préfecture le 7 novembre 2022, postérieurement à sa demande initiale, dans lequel elle indique pouvoir " prétendre à un titre de séjour pluriannuel avec la naissance de [sa] fille ". Toutefois, ce courriel ne peut être regardé comme une demande de titre fondé sur l'article L. 435-1 au titre du travail. Dès lors, Mme B ne peut utilement soutenir que le préfet de Seine-et-Marne, qui n'était pas tenu d'apprécier d'examiner d'office si elle pouvait bénéficier de l'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, a entaché sa décision d'une erreur de droit.

9. En cinquième lieu, il résulte des constatations opérées au point 8 que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est inopérant.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au terme d'une première année de séjour régulier en France accompli au titre d'un visa de long séjour tel que défini au 2° de l'article L. 411-1 ou, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 433-5, d'une carte de séjour temporaire, l'étranger bénéficie, à sa demande, d'une carte de séjour pluriannuelle dès lors que : /1° Il justifie de son assiduité, sous réserve de circonstances exceptionnelles, et du sérieux de sa participation aux formations prescrites par l'Etat dans le cadre du contrat d'intégration républicaine conclu en application de l'article L. 413-2 ; / 2° Il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. / La carte de séjour pluriannuelle porte la même mention que la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. / L'étranger bénéficie, à sa demande, du renouvellement de cette carte de séjour pluriannuelle s'il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il été précédemment titulaire ". Aux termes de l'article L. 433-5 du même code : " L'article L. 433-4 ne s'applique pas lorsque l'étranger réside en France au titre des cartes de séjour suivantes : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " prévue à l'article L. 421-3 ; / 2° La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue aux articles L. 425-1, L. 425-6 ou L. 425-7 ; / 3° La carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " prévue à l'article L. 426-20 ; / 4° La carte de séjour temporaire portant la mention " jeune au pair " prévue à l'article L. 426-22 ; / 5° La carte de séjour temporaire portant la mention " stagiaire " prévue à l'article L. 426-23 ".

11. Il ressort des pièces dossiers que la demande de Mme B tendait à la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement que celui dont elle disposait depuis 23 septembre 2019 en qualité de conjointe de Français. Par suite, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées, applicables aux seuls cas de délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle sur le même fondement que celui de la carte de séjour temporaire dont le demandeur est titulaire.

12. En septième lieu, aux termes de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle sur un autre fondement que celui au titre duquel lui a été délivré la carte de séjour ou le visa de long séjour mentionné au 2° de l'article L. 411-1, se voit délivrer le titre demandé lorsque les conditions de délivrance, correspondant au motif de séjour invoqué, sont remplies, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'une première carte de séjour pluriannuelle dans les conditions prévues au présent article, il doit en outre justifier du respect des conditions prévues au 1° de l'article L. 433-4. / Le présent article ne s'applique pas aux titres de séjour prévus aux articles L. 421-2 et L. 421-6 ".

13. Ces dispositions ont pour seul objet de dispenser de l'obligation de visa les étrangers titulaires d'une carte de séjour lorsqu'ils formulent une demande de titre sur un autre fondement que celui dont ils sont titulaires. Par suite, Mme B ne peut utilement s'en prévaloir pour soutenir que le préfet de Seine-et-Marne était tenu de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle.

14. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications ".

15. Il résulte des constations opérées au point 6 que Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en lui refusant le renouvellement de son titre de séjour avec changement de statut, le préfet de Seine-et-Marne a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis par la décision et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

16. En neuvième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

17. Il résulte des constatations opérées au point 6 que les pièces du dossier ne permettent pas d'établir la réalité de la communauté de vie entre Mme B, le père de son enfant né en 2022 et cet enfant. En outre, la requérante n'établit pas davantage que le père de son enfant contribuerait à l'éducation et à l'entretien de celui-ci. Dans ces conditions, et dès lors qu'il n'existe aucun obstacle à ce que Mme B s'établisse dans son pays d'origine avec son enfant, âgé de quatre mois à la date de la décision attaquée, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que la décision susvisée serait intervenue en méconnaissance des stipulations précitées.

18. Il résulte des constations opérées aux points 6 et 17 que le préfet de Seine-et-Marne n'a entaché sa décision de refus de renouvellement du titre de séjour, avec changement de statut, d'aucune erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

19. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour, avec changement de statut.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

20. En premier lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision d'obligation de quitter le territoire français, doit être écartée.

21. En deuxième lieu, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire. Mme B n'établit pas qu'elle pouvait se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait prendre une mesure d'éloignement pour ce motif, doit être écarté.

22. En troisième lieu, il résulte des constatations opérées aux points 6 et 17, et dès lors qu'il n'existe aucun obstacle à ce que l'enfant de Mme B accompagne sa mère, que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, doit être écarté.

23. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 6 et 15, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne, doivent être écartés.

24. En cinquième et dernier lieu, il résulte des constatations opérées aux points 6 et 17 qu'en obligeant Mme B à quitter le territoire français, le préfet de Seine-et-Marne n'a commis aucune erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

25. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

26. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

27. En premier lieu, il ne résulte ni de ces dispositions ni d'aucune disposition légale que l'autorité administrative serait tenue d'informer la personne à l'égard de laquelle elle envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français de la possibilité dont elle dispose d'accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Par suite, le moyen soulevé par Mme B, tiré de ce qu'elle n'a pas été informée de cette possibilité, est inopérant.

28. En second lieu, Mme B soutient que le préfet de Seine-et-Marne devait lui accorder un délai de départ volontaire compte tenu de la présence de son enfant mineur. Toutefois, la seule présence d'un enfant mineur, au demeurant non scolarisé, ne constitue pas une circonstance particulière de nature à rendre nécessaire la prolongation du délai de départ volontaire prévu à l'alinéa premier de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision susvisée n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

29. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

30. Mme B ne soulève aucun moyen au soutien de sa demande d'annulation de la décision susvisée et n'est, dès lors, pas fondée à en demander l'annulation.

31. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

32. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

33. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Massengo, conseillère,

Mme Bourrel Jalon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

C. MASSENGOLa présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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