mercredi 1 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2301963 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GARCIA & AVOCATS |
Vu les procédures suivantes :
I) Par une requête n° 2301470, enregistrée le 13 février 2023, Mme C A, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représentée par Me Garcia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdit de retour pour une durée de vingt-quatre mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous une astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
3°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- le préfet doit communiquer l'intégralité des pièces du dossier sur la base desquelles les décisions contestées ont été prises ;
En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :
- les décisions attaquées méconnaissent le principe du droit à être entendu et le caractère contradictoire de la procédure en méconnaissance du paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et des articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elles méconnaissent le droit d'être assisté par un avocat au sens de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2018 ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- le risque de fuite au sens de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 n'est pas caractérisé ; ainsi, l'autorité administrative a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard du caractère objectif du risque de fuite ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'autorité administrative a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés respectivement les 24 février 2023 et 18 février 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis, représenté par le cabinet Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 24 février 2023.
II) Par une requête n° 2301963, enregistrée le 25 février 2023, Mme C A, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représentée par Me Garcia, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdit de circulation sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale et, par suite, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrées respectivement les 28 et
27 février 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces des dossiers ;
- l'avis n° 371994 du Conseil d'Etat du 18 décembre 2013, Préfet de la Haute-Savoie, A.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Delon, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-15 et suivants ainsi que les chapitres 6, 7, 7 bis, 7 ter et 7 quater du titre VII et du livre VII du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les observations de Me Weinberg, substituant Me Garcia, pour la requérante, qui conclut aux mêmes fins que les deux requêtes et soulève, en outre, à l'encontre de l'arrêté du 24 février 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis portant, notamment, obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel Mme A pourra être éloignée d'office et l'interdisant de circulation sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois, objet de la requête n° 2301963, les moyens tirés du défaut de motivation, du défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de Mme A, de l'erreur de fait, de l'erreur d'appréciation et de l'erreur de droit.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 15 h 12.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante marocaine née le 21 décembre 1965, entrée en France en février 2023 selon ses déclarations, demande l'annulation, par la requête n° 2301470, de l'arrêté du 11 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdit de retour pour une durée de vingt-quatre mois. Par un arrêté du 24 février 2023, dont Mme A demande l'annulation par la requête n° 2301963, le préfet de la Seine-Saint-Denis a abrogé l'arrêté du 11 février 2023 et, à la suite de l'accord de réadmission obtenu auprès des autorités espagnoles le 21 février 2023, a obligé Mme A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
2. Les requêtes susvisées n° 2301470 et n° 2301963, présentées par Mme A, concernent la situation d'une même personne et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur le cadre du litige :
3. Si l'arrêté du 11 février 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis, objet de la requête n° 2301470 a été abrogé par l'article 1er de l'arrêté du 24 février 2023, objet de la requête n° 2301963, cette abrogation n'est pas définitive et, en tout état de cause, l'arrêté du 11 février 2023 a produit des effets, de sorte que la requête n° 2301470 n'est pas dépourvue d'objet et qu'il y a lieu de se prononcer sur la légalité des deux arrêtés contestés.
Sur la requête n° 2301470 :
En ce qui concerne la communication du dossier administratif de la requérante :
4. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de la requérante détenu par l'administration.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :
5. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte précise que : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ". Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
6. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a été entendue individuellement sur sa situation administrative, familiale et personnelle par les services de police le 11 février 2023 à l'occasion de sa garde à vue et qu'elle a eu ainsi la possibilité, au cours de cet entretien, de faire état des observations utiles et pertinentes de nature à influer sur les décisions prises à son encontre. Elle a notamment été expressément invitée à présenter des observations sur sa situation familiale et sur son droit au séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante disposait d'autres informations tenant à sa situation personnelle qu'elle a été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soient prises à son encontre les mesures qu'elle conteste, en particulier la mesure d'éloignement, et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de ces décisions. Enfin, il résulte de l'ensemble des dispositions combinées des livres II et VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français et les décisions qui l'assortissent. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne peuvent être utilement invoquées par la requérante à l'encontre des décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu et du défaut de contradictoire préalable doit être écarté.
7. En second lieu, il ne ressort nullement des pièces du dossier que la requérante ait été empêchée, à quelque moment de la procédure, de solliciter l'assistance d'un avocat, alors que l'ensemble de ses droits, notamment celui d'être assisté par un avocat de son choix ou, à défaut, commis d'office, lui a été notifié le 10 février 2023 à 20 h 10 lors de son placement en garde à vue. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué aurait été adopté en méconnaissance du respect du droit d'être assisté par un avocat. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, le premier alinéa de de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".
9. D'une part, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions du code des relations entre le public et l'administration à l'appui du moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse et, en tout état de cause, pas davantage des dispositions de l'article L. 212-2 de ce code qui concernent les cas de dispenses de signature, dès lors que la motivation des obligations de quitter le territoire français est explicitement prévue au premier alinéa de l'article L. 613-1 précité.
10. D'autre part, la décision querellée du préfet de la Seine-Saint-Denis mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et cite notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, elle mentionne des éléments de la situation personnelle de la requérante. L'autorité préfectorale n'est, par ailleurs, pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressée, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision. Enfin, il ne ressort, ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision en litige et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés comme manquant en fait.
11. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. La requérante ne fait valoir dans sa requête aucun élément d'existence d'une vie privée et familiale en France. Si, dans le procès-verbal d'audition du 11 février 2023, elle indique s'être mariée le 6 septembre 2018 en Espagne et avoir deux enfants âgés de 10 et 13 ans dont aucun à charge, elle n'établit aucune de ses allégations. En outre, elle déclare n'avoir aucune famille, ni enfant à charge en France. Enfin, la requérante ne saurait être regardée comme dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 57 ans et où elle déclare avoir de la famille. Ainsi, la requérante ne justifie pas avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
14. Le moyen unique tiré de l'erreur manifeste d'appréciation est dépourvu de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, la requérante n'établit pas la réalité des risques ou des menaces personnelles qu'elle encourt dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
16. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". L'article L. 612-2 de ce code dispose que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ". Enfin, l'article L. 613-2 du même code dispose " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
17. D'une part, la requérante ne peut se prévaloir de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 dès lors qu'elle a fait l'objet d'une transposition en droit interne par la loi du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité, notamment s'agissant du risque de fuite à l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
18. D'autre part, pour refuser à la requérante l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur les motifs tirés de ce que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, de ce que l'intéressée ne justifie pas être entrée régulièrement en France et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et de ce qu'elle ne justifie pas de garanties de représentation. La requérante n'apporte pas le moindre élément de nature à remettre en cause l'appréciation qui a ainsi été portée par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de caractérisation du risque de fuite ne peut qu'être écarté.
19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire doivent être rejetées.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 12 que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
21. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
22. Pour fixer le principe et la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de la requérante, le préfet de la Seine-Saint-Denis a cité l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relevé que l'intéressée séjourne en France depuis février 2023, qu'elle ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France, qu'elle s'est soustraite à une précédente mesure d'éloignement et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
23. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 10, la requérante ne démontre pas qu'elle a établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France et son comportement doit être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public. Dès lors, en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a, ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, les moyens soulevés en ce sens doivent être écartés.
24. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.
25. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 11 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdit de retour pour une durée de vingt-quatre mois. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant au remboursement des frais liés à l'instance et des dépens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la requête n° 2301963 :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
26. En premier lieu, en vertu de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans plusieurs cas, notamment lorsqu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire, qu'il s'y est irrégulièrement maintenu ou que son comportement constitue une menace pour l'ordre public.
27. Une telle mesure peut également être décidée, selon l'article L. 611-2 du même code, à l'égard de l'étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne qui n'a pas respecté les conditions d'entrée prévues dans le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ou qui, en provenance directe d'un Etat partie à la convention d'application de l'accord de Schengen signée le 19 juin 1990, ne justifie pas être entré sur le territoire français ou s'y être maintenu conformément aux stipulations de cette convention.
28. L'article L. 621-1 du même code dispose que : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7 () ". Aux termes de l'article L. 621-2 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009 ".
29. En application des dispositions précitées, et selon l'avis n° 371994 du 18 décembre 2013 du Conseil d'Etat, le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement de ces dispositions, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une "carte bleue européenne" délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat.
30. Il ressort des pièces du dossier que Mme A n'a pas été en mesure de justifier de conditions d'entrée régulière sur le territoire français et qu'elle n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Elle entrait ainsi dans le cas où, en application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet peut prononcer une obligation de quitter le territoire français. Si le conseil de Mme A, a fait valoir lors de l'audience publique que le préfet de Seine-Saint-Denis ne justifiait pas de la date d'entrée en France de Mme A, ni du titre de séjour espagnol dont elle est titulaire et sur la base duquel les autorités espagnoles ont donné leur accord le 21 février 2023 pour la réadmettre, la charge de la preuve concernant ces éléments incombe à Mme A et celle-ci n'apporte aucun commencement de preuve de nature à infirmer les éléments sur lesquels s'est fondé le préfet de la Seine-Saint-Denis. En tout état de cause, s'il ressort du procès-verbal d'audition de Mme A auprès des services de police le 11 février 2023 que celle-ci a formulé son souhait d'être reconduite vers l'Espagne, et qu'elle était donc susceptible de faire l'objet d'une remise aux autorités de cet Etat, cette circonstance ne fait pas, par elle-même, obstacle à l'édiction d'une mesure portant obligation de quitter le territoire, et reste sans influence sur la légalité d'une telle décision. C'est seulement dans le cadre de la détermination du pays de destination vers lequel l'intéressée pourra être éloignée, que le préfet doit examiner en priorité s'il y a lieu de fixer comme pays de destination celui vers lequel l'intéressée demande à être éloignée. Dans ces conditions, même si Mme A a fait part lors de son audition par les services de police de son souhait d'être reconduite en Espagne, elle relevait du cas où, en application des dispositions citées précédemment de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français pouvait être prise à son encontre. Par conséquent, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et d'une erreur de droit doivent être écartés.
31. En deuxième lieu, le premier alinéa de de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".
32. Il ressort des termes de la décision querellée du préfet de la Seine-Saint-Denis mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et cite notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, elle mentionne des éléments de la situation personnelle de la requérante. L'autorité préfectorale n'est, par ailleurs, pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressée, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.
33. En troisième lieu, il ressort de la décision attaquée que, pour prononcer à l'encontre de Mme A la mesure d'éloignement contestée, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur le motif tiré de ce que le comportement de la requérante constitue une menace pour l'ordre public, caractérisé notamment par ses interpellations pour différents faits de vol et de port d'armes prohibées et par sa soustraction à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prononcée le 16 octobre 2017 par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Si le conseil de Mme A a fait valoir lors de l'audience publique l'absence de preuves de poursuites judiciaires diligentées à l'encontre de Mme A pour les faits en cause, aucune pièce versée au dossier ne permet de démentir l'exactitude matérielle des faits mentionnés, dont Mme A ne conteste pas être l'auteur, qui présentent un caractère de gravité et de réitération suffisant pour considérer que le comportement de Mme A présente une menace pour l'ordre public, alors même qu'elle n'aurait pas fait l'objet de poursuites judiciaires. En outre, la circonstance, alléguée par le conseil de Mme A lors de l'audience publique, que celle-ci aurait exécuté la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre, au demeurant non établie, est sans incidence sur la légalité de la décision contestée, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était uniquement fondé sur les différents faits pour lesquels Mme A a été interpelée. Enfin, la circonstance, invoquée par le conseil de Mme A lors de l'audience publique, qu'une procédure judiciaire soit actuellement en cours à l'encontre de Mme A est sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Par conséquent, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'erreur de fait, ni davantage qu'elle méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que le préfet aurait porté une appréciation erronée sur sa situation.
34. En dernier lieu, si Mme A fait valoir l'absence d'attaches en Espagne et la présence de sa famille au Maroc, elle ne produit aucun élément probant au soutien de ses allégations, alors qu'il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de son audition du 11 février 2023, qu'elle a indiqué s'être mariée le 6 septembre 2018 en Espagne et avoir deux enfants âgés de 10 et 13 ans et a même formulé le souhait, le cas échéant, d'être reconduite vers l'Espagne. Dans ces conditions, en prenant la décision attaquée, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte manifestement disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, citées au point 11.
35. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sont rejetées.
S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
36. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". L'article L. 612-2 de ce code dispose que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ". Enfin, l'article L. 613-2 du même code dispose " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
37. D'une part, la requérante ne peut se prévaloir de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 dès lors qu'elle a fait l'objet d'une transposition en droit interne par la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité, notamment s'agissant du risque de fuite à l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
38. D'autre part, pour refuser à la requérante l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur les motifs tirés de ce que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, de ce que l'intéressée ne justifie pas être entrée régulièrement en France et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et de ce qu'elle ne justifie pas de garanties de représentation. La requérante n'apporte pas le moindre élément de nature à remettre en cause l'appréciation qui a ainsi été portée par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de caractérisation du risque de fuite ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés du défaut d'examen sérieux de sa situation, de l'erreur de fait, de l'erreur d'appréciation et de l'erreur de droit dont serait entachée la décision attaquée doivent être écartés.
39. Enfin, en visant les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à sa situation et en indiquant que la requérante ne justifie pas être entrée régulièrement en France, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'elle ne justifie pas de garanties de représentation et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, le préfet de la Seine-Saint-Denis a suffisamment motivée la décision contestée.
40. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire doivent être rejetées.
S'agissant de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois :
41. Aux termes de l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 622-2, l'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision de remise prise en application de l'article L. 621-1 à l'encontre d'un étranger titulaire d'un titre de séjour dans l'Etat aux autorités duquel il doit être remis, d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". Aux termes de l'article L. 622-2 du même code : " L'interdiction de circulation sur le territoire français ne peut assortir la décision de remise prise dans les cas prévus aux articles L. 621-4, L. 621-5, L. 621-6 et L. 621- 7 que lorsque le séjour en France de l'étranger constitue un abus de droit ou si le comportement personnel de l'étranger représente, au regard de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ". Enfin, aux termes de l'article L. 622-3 de ce code : " L'édiction et la durée de l'interdiction de circulation prévue à l'article L. 622-1 sont décidées par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
42. En application des dispositions et principes énoncés aux points 26 à 29, et conformément aux dispositions précitées, il ressort des termes de la décision attaquée, résultant de l'article 5 de l'arrêté du 24 février 2023, que le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé à l'encontre de Mme A une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois au seul motif que l'intéressée avait été plusieurs fois interpelée pour des faits de vol, dont certains avec violence, de port ou détention d'armes prohibées et qu'elle s'était soustraite à une précédente mesure d'éloignement prononcée le 16 octobre 2017. Si, tel qu'énoncé au point 33, le comportement de Mme A, au regard des différents faits pour lesquels elle a été interpelée, caractérise une menace à l'ordre public, ces mêmes faits, malgré leur réitération, sont insuffisants pour caractériser une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, critère exigé par l'article L. 622-2 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, et en l'absence de tout élément complémentaire produit par le préfet de la Seine-Saint-Denis de nature à caractériser un tel degré de menace, Mme A est fondée à soutenir que la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois est entachée d'une erreur d'appréciation.
43. Par conséquent, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision, la décision par laquelle préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé à l'encontre de Mme A une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois est annulée.
44. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à obtenir l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 24 février 2023 uniquement en tant qu'il porte interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
En ce qui concerne les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
45. La seule annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé une interdiction de circulation à l'encontre de Mme A pour une durée de vingt-quatre mois n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Il n'y a donc pas lieu de faire droit aux conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme A.
En ce qui concerne les frais liés au litige :
46. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête n° 2301470 de Mme A est rejetée.
Article 2 : : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 24 février 2023 est annulé en tant qu'il porte interdiction de circulation sur le territoire français à l'encontre de Mme A pour une durée de vingt-quatre mois.
Article 3 : Le surplus des conclusions présentées dans la requête n° 2301963 est rejeté.
Article 4 : L'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à Me Garcia une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Garcia.
Lu en audience publique le 1er mars 2023.
La magistrate désignée,
Signé : E. B
La greffière,
Signé : S. AIT MOUSSA
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. AIT MOUSSA
Nos 2301470, 2301963
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026