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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2302094

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302094

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2302094
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPOITOUT

Texte intégral

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Vu la requête n° 2302092 enregistrée le 2 mars 2023 par laquelle la SCCV Sainte-Colombe demande l'annulation de l'arrêté susvisé du 5 janvier 2023.

La présidente du tribunal a désigné M. L'hirondel, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

- Au cours de l'audience publique du 5 avril 2023 tenue en présence de

Mme Nodin , greffière d'audience, M. L'hirondel a lu son rapport et a entendu les observations :

- de Me Giudicelli, représentant la SCCV Sainte-Colombe, qui persiste dans ses écritures en développant les moyens soulevés. Elle ajoute que l'urgence est justifiée compte tenu des répercussions financières de l'ordre de 200 000 euros qu'aura pour elle l'arrêté en litige. Elle est, à ce titre, directement concernée par la promesse de vente conclue par la société Desimo qui fait partie du même groupe et qui n'est pas une grosse structure. Cette promesse de vente n'est pas caduque et le contrat la liant avec la SA HLM Mon Logis a été prorogé. S'agissant du doute sérieux, l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé dès lors qu'il ne fait que reprendre les objectifs de la commune, décrire le projet du pétitionnaire ainsi que l'existence d'un projet urbain partenarial (PUP). Contrairement à ce que soutient la commune, son projet, qui porte sur neuf logements, ce qui est proche du souhait de la commune de réaliser six logements, ne crée pas de rupture urbanistique et ne remet pas en cause le traitement urbain maitrisé qu'elle souhaite mettre en œuvre; son projet n'aura pas ainsi pour effet de rendre plus onéreux ou n'est pas incompatible avec le projet de la commune. Aucun PUP ne peut lui être opposé puisqu'à la date de l'arrêté attaqué, cette convention n'existe pas, le maire ayant été seulement habilité, par une délibération du conseil municipal, à signer une telle convention; elle n'est, en tout état de cause, pas réfractaire à signer un PUP;

- de Me Poitout, représentant la commune de Sainte-Colombe, qui persiste dans ses écritures. Elle insiste sur le fait que la SCCV Sainte-Colombe ne peut se prévaloir, pour justifier de l'urgence, des contrats qu'elle présente qui ne la concernent pas. En tout état de cause, la promesse de vente peut être prorogée ainsi que le contrat de réservation ; s'agissant des difficultés économiques invoquées, les sommes investies par la société requérante dans l'opération immobilière dont il s'agit doivent être relativisées au regard de l'importance de la société ; s'agissant du doute sérieux, la commune a entendu faire évoluer son document d'urbanisme ; les travaux projetés par la SCCV Sainte-Colombe, qui portent non pas sur neuf logements, mais sur seize, sont de nature à rendre plus onéreux le projet urbain partenarial qui a été adopté, alors même qu'il n'est pas encore signé, dès lors qu'ils doivent être exécutés dans une impasse, ce qui posera notamment des problèmes de circulation. Si l'arrêté en litige aurait pu être plus lisible, il se fonde également sur la conformité du projet avec le schéma de cohérence territoriale (SCoT) notamment sur le développement urbain maitrisé c'est-à-dire la conservation du caractère rural de la commune.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 h 33.

Considérant ce qui suit :

1. La société SCCV Sainte-Colombe a déposé le 1er aout 2022, une demande de permis de construire valant permis de démolir auprès de la mairie de Sainte-Colombe pour la réalisation d'un ensemble de seize immeubles à usage d'habitation, ainsi que la démolition d'un hangar sur les parcelles cadastrées section YA n°s 282 et 283 situées impasse des îles. Par arrêté du 5 janvier 2023, le maire de Sainte-Colombe a opposé un sursis à statuer de deux ans à cette demande de permis de construire. La SCCV Sainte-Colombe demande au tribunal d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cet arrêté jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " ; Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. Pour justifier de l'urgence qui s'attache à suspendre la décision attaquée, la SCCV Sainte-Colombe soutient qu'elle est de nature à lui créer un préjudice manifeste en l'empêchant de mettre en œuvre son projet immobilier, préjudice qui est suffisamment grave et immédiat dès lors que la décision en litige entraine pour elle d'importantes conséquences financières de nature à remettre en cause sa pérennité. A ce titre, elle fait valoir avoir conclu, le 3 août 2021, une promesse de vente comprenant une indemnité de mobilisation fixée à 15 800 euros et qu'elle a signé, en complément, un contrat de réservation avec la SA HLM Logis, le 18 octobre 2022, l'obligeant à lui offrir, par préférence à tout autre candidat acquéreur et en contrepartie du versement d'un dépôt de garantie, le programme immobilier, objet de sa demande de permis de construire.

4. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la promesse de vente, qui vient d'être reconduite, et le contrat de réservation qui prévoit une clause de reconduction, ne pourraient être prorogés jusqu'à ce que la commune ait statué sur la demande de permis de construire à l'issue du délai de deux ans fixé dans l'arrêté en litige, rendant ainsi inutiles les investissements consentis par la SCCV Sainte-Colombe pour la réalisation de son projet. Au surplus, il ne ressort pas davantage de ces mêmes pièces que le versement d'une indemnité d'immobilisation de 15 800 euros serait de nature à établir la réalité du risque de pérennité allégué eu égard à l'importance, et par suite à son coût, du projet immobilier que la société requérante entend mettre en œuvre. En tout état de cause, il résulte de la promesse de vente (point 28) que le versement de l'indemnité d'immobilisation est dû au promettant par le bénéficiaire qui est, selon le contrat de vente, non pas la société requérante mais la SAS Desimo. Si la SCCV Sainte-Colombe allègue également que l'arrêté litigieux aura des conséquences négatives sur la viabilité économique de l'opération et sur les intérêts financiers qu'elle entend défendre, les seuls retards dans la vente ou manques à gagner ne suffisent pas à caractériser l'urgence à suspendre la décision attaquée portant sursis à statuer pendant deux ans sur la demande de permis de construire qu'elle a déposée. Ainsi, la société requérante ne démontre pas qu'elle est dans l'incapacité d'honorer ses engagements et que ses équilibres financiers et ses activités sont à très court terme sérieusement menacés par l'exécution de la décision querellée. Au demeurant, il n'est pas établi l'existence d'obstacle à ce que l'entreprise tourne son activité vers d'autres chantiers. Dans ces conditions, et eu égard de plus à l'intérêt public qui s'attache à l'exécution du futur plan local d'urbanisme, lequel prévoit notamment une réflexion sur un projet urbain qui soit compatible avec les caractéristiques paysagères et urbaines du site, la condition d'urgence ne peut être regardée en l'espèce comme remplie.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité l'arrêté attaqué, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension présentées par la SCCV Sainte-Colombe, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Sainte-Colombe, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SCCV Sainte-Colombe demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SCCV Sainte-Colombe une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la commune de Sainte-Colombe et non compris dans les dépens.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de la SCCV Sainte-Colombe est rejetée.

Article 2 : La SCCV Sainte-Colombe versera à la commune de Sainte-Colombe la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCCV Sainte-Colombe et à la commune de Sainte-Colombe.

Fait à Melun, le 14 avril 2023

Le juge des référés,

M. L'HIRONDEL

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour copie conforme,

La greffière,

N°2302094

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