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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2302133

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302133

lundi 6 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2302133
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLEPEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mars 2023 sous le n° 2302133, Mme A B, demeurant 8 rue Paul Langevin à Ivry-sur-Seine (94200), représentée par Me Lepeu, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, subsidiairement, un récépissé avec autorisation de travail dans les 8 jours suivants la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le reversement à son conseil de la somme de 1 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ; si elle ne devait pas bénéficier de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;

- le code général de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 91-1266 du

19 décembre 1991 portant application de cette loi ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de Mme B d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire compte tenu du caractère non fondé de ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

Sur l'office du juge du référé-liberté :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " ; aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. "

3. D'une part, lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 précité de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.

4. D'autre part, il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1 et

L. 521-2 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, résultant de l'action ou de la carence de cette personne publique, de prescrire les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte, dès lors qu'existe une situation d'urgence caractérisée justifiant le prononcé de mesures de sauvegarde à très bref délai. Ces mesures doivent, en principe, présenter un caractère provisoire, sauf lorsque aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte. Sur le fondement de l'article

L. 521-2, le juge des référés peut ordonner à l'autorité compétente de prendre, à titre provisoire, des mesures d'organisation des services placés sous son autorité, dès lors qu'il s'agit de mesures d'urgence qui lui apparaissent nécessaires pour sauvegarder, à très bref délai, la liberté fondamentale à laquelle il est gravement, et de façon manifestement illégale, porté atteinte. Le caractère manifestement illégal de l'atteinte doit s'apprécier notamment en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises.

Sur la requête en référé-liberté de Mme B :

5. Il résulte de l'instruction que Mme A B, ressortissante congolaise née le 25 mai 2002 à Kinshasa, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de sa vie privée et familiale et s'est vu remettre le 7 octobre 2021 une attestation de dépôt de demande de titre ; le 5 juillet 2022, la préfecture lui remettait un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 28 décembre 2022, révélant par-là un rejet de sa demande de titre " vie privée et familiale ". Par la présente requête, Mme B demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 précité du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, subsidiairement, un récépissé avec autorisation de travail.

6. Il résulte de ce qui précède qu'en remettant à l'intéressée un titre de séjour " étudiant ", la préfète du Val-de-Marne a implicitement mais nécessairement rejeté sa demande de titre de séjour " vie privée et familiale " ; ce rejet fait obstacle à ce qu'il soit enjoint à la préfète, sur le fondement de l'article L. 521-2 précité du code de justice administrative et en application de ce qui a été développé au point 4, de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention

" vie privée et familiale ", la seule voie ouverte à la requérante étant de contester, si elle s'y croit fondée, ce rejet de titre de séjour " vie privée et familiale ". Ce qu'au demeurant Mme B a fait par une première requête à fin d'annulation de cette décision, requête enregistrée le

17 janvier 2023 sous le n° 2300430, puis par une seconde requête à fin de suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative (référé-suspension), requête enregistrée le 25 janvier 2023 sous le n° 2300700. Par suite, l'intéressée ayant déjà déposé afin de contester la décision litigieuse une requête en référé qui n'a pas donné lieu à la date de la présente ordonnance à un rejet par ordonnance de tri, la condition d'urgence de l'article L. 521-2 précité du code de justice administrative n'est plus remplie.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'atteinte grave et manifestement illégale portée à une ou plusieurs libertés fondamentales, il convient de rejeter les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, par application de l'article L. 522-3 du même code. Par voie de conséquence, il convient également de rejeter les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Copie dématérialisée en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 6 mars 2023.

Le juge des référés,

Signé : C. Freydefont

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2302133

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