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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2302204

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302204

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2302204
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre, JU
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 mars et 25 avril 2023, M. C A B, représenté par Me Assor-Doukhan, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions, contenues dans un arrêté en date du 3 mars 2023, par lesquelles le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il est de nationalité portugaise et donc ressortissant de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur de base légale, dès lors que le préfet a fait application de la convention franco-sénégalaise du 29 mars 1974 et des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et demandeurs d'asile applicables aux ressortissants de pays tiers, inapplicables à sa situation, en lieu et place des dispositions dudit code relatives aux ressortissants de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une violation des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et demandeurs d'asile, dès lors que le préfet de police ne pouvait obliger l'intéressé à quitter le territoire français, au regard de son entrée et de son maintien sur le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et demandeurs d'asile, dès lors que le préfet ne justifie pas d'une situation d'urgence.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée ;

- elle n'est pas entachée d'erreur de fait ;

- elle n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le requérant ne justifiant ni de la durée de son séjour en France, ni des liens familiaux et amicaux qu'il y entretiendrait ;

- dans ces conditions la décision fixant le pays de destination est elle-même légale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Declercq, président honoraire, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Declercq a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 11h56.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant portugais, est entré en France le 29 juillet 2011, selon ses déclarations. Par arrêté du 3 mars 2023, notifié à 17h00, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Par un second arrêté du 3 mars 2023 notifié à 17h06, le préfet de police a, par ailleurs, prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois. M. A B demande au tribunal d'annuler le premier arrêté du 3 mars 2023, notifié à 17h00.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Il ressort des pièces du dossier, d'une part que, si M. A B est effectivement né au Sénégal, il possède la nationalité portugaise et, d'autre part, qu'il justifie tant de son entrée en France au cours de l'année 2011, alors âgé de 9 ans, que de son maintien sur le territoire français depuis lors. Il s'ensuit que le requérant, qui est ressortissant d'un État membre de l'Union européenne, est présent sur le territoire français, où il a été scolarisé et où il travaillait, avec son père et son frère, depuis près de douze ans à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être accueillis.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français contenue dans l'arrêté litigieux doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays à destination duquel le requérant est susceptible d'être éloigné, également contenues dans cet arrêté.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions susmentionnées, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 mars 2023, par lequel le préfet de police a obligé M. A B à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, est annulé.

Article 2 : L'État versera à M. A B une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet de police de Paris.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

M. DECLERCQLa greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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