mercredi 21 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2302261 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 mars et 29 mai 2023, M. A B, détenu au centre pénitentiaire sud-francilien lors de sa requête, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°), d'annuler l'arrêté du 22 février 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation administrative dans le délai de deux mois suivant la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge une somme de 1 500 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient, dans le dernier état de ses écritures, que la décision fixant le pays de destination :
- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen complet et sérieux ;
- viole les articles 2 et 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- viole les articles 8 et 13 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le paragraphe 1 de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'un erreur manifeste d'appréciation eu égard à la menace pour l'ordre public que constituerait son comportement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;
- et les observations de Me Suvadet, substituant Me Berdugo représentant M. B, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 12h41.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant congolais (République démocratique du Congo), né le 10 mai 1959 à Kinshasa (République démocratique du Congo), a été condamné le
18 décembre 2015 par la cour d'appel de Paris à une peine d'emprisonnement d'un an pour des faits de soustraction à l'exécution d'une mesure de reconduite à la frontière ainsi qu'à la peine complémentaire d'interdiction du territoire français d'une durée de dix ans, puis le 2 février 2017 par le tribunal correctionnel de Créteil à une peine de dix-huit mois d'emprisonnement pour des faits d'escroquerie, récidive, et de recel de bien provenant d'un vol, récidive, et de détention frauduleuse de plusieurs documents administratifs, récidive. Il a été écroué le 26 août 2021 à la maison d'arrêt d'Osny puis transféré en dernier lieu au centre pénitentiaire sud-francilien le 24 mars 2022. Pour l'exécution de cette interdiction judiciaire du territoire français, par arrêté du 22 février 2023 notifié le 2 mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne a fixé le pays à destination duquel M. B pourra être éloigné d'office. L'intéressé a été assigné dans le département du Val-d'Oise par arrêté du 4 mars 2023 pour une période de quarante-cinq jours, période renouvelée par un arrêté de la même autorité du 13 avril 2023. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 22 février 2023.
2. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). ". L'article L. 721-4 du même code prévoit que " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
3. En vertu du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal, l'interdiction du territoire français prononcée, comme en l'espèce, contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit " entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou sa réclusion ". Aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de cette peine complémentaire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution. Et l'obligation pour l'intéressé de quitter le territoire français résulte nécessairement, dans ce cas, de la décision du juge pénal et non de la décision distincte du préfet qui fixe le pays de renvoi.
4. En premier lieu, l'arrêté du 22 février 2023 du préfet de Seine-et-Marne mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment vise la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la circonstance que la mesure envisagée ne contrevient pas à l'article 3 de cette convention, que l'intéressé fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire et que ce dernier pourra être reconduit dans le pays dont il a la nationalité. Si M. B fait valoir que l'autorité administrative n'a précisé dans son arrêté aucun élément de sa vie et notamment sa durée de présence de trente-cinq ans, ses trois enfants dont un est Français et les dix années de vie commune, ces éléments n'ont pas d'incidence sur la légalité de cet arrêté ainsi qu'il sera dit au point suivant. Dans ces conditions, la décision est suffisamment motivée.
5. En deuxième lieu, il résulte de la lecture combinée des dispositions citées aux points 2 et 3 que la mesure d'éloignement est la conséquence nécessaire de l'interdiction du territoire français prononcée par le juge pénal à l'encontre du requérant, qui emporte de plein droit cette mesure. Il est constant que la décision attaquée a été prise en vue de l'exécution de l'arrêt du le 18 décembre 2015 par lequel la cour d'appel de Paris a condamné M. B à une interdiction du territoire français pour une durée de dix ans. Dans ces conditions, la reconduite à la frontière du requérant est la conséquence nécessaire de l'interdiction du territoire français prononcée par le juge pénal à son encontre, qui emporte de plein droit cette mesure. Il s'ensuit que le préfet de Seine-et-Marne qui s'est borné à tirer les conséquences de l'interdiction prononcée par le juge judiciaire était dès lors en situation de compétence liée pour procéder à l'éloignement de M. B et pour fixer le pays de destination de cette mesure. Si l'intéressé justifie d'une demande de relèvement de l'interdiction judiciaire du territoire français prise à son encontre, enregistrée au greffe de la cour d'appel de Paris le 16 décembre 2022, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il a obtenu ledit relèvement. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation des articles 8 et 13 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du paragraphe 1 de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant, de l'erreur manifeste d'appréciation qu'emporte la décision sur la situation personnelle de l'intéressé et de l'erreur de droit qui en résulte ne peuvent être utilement invoqué à l'encontre de cette dernière décision.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". Le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code prévoit qu'" Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " aux termes duquel : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". L'article 2 de la même convention précise que " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. () ".
7. M. B fait valoir souffrir d'une hépatite C et d'une hépatite B, être astreint à un traitement. Il précise que le médecin du centre pénitentiaire ou il était incarcéré a certifié le 3 janvier 2023 qu'" après examen du patient, les résultats sérologiques révèlent une infection très avancée par le virus de l'hépatite C " et que " le cas du patient nécessite un traitement immédiat et un suivi pendant une longue durée vu la proportion qu'atteint l'infection. ". Il ajoute qu'il ne pourra toutefois être traité pour cette infection en République démocratique du Congo d'où il est originaire dès lors, d'une part, qu'il n'y dispose d'aucune attache et d'aucune situation matérielle et, d'autre part, que ce pays est en crise systémique confronté à des attaques de groupes rebelles et où l'accès aux soins reste très précaire. S'il ressort des pièces du dossier que M. B souffre effectivement principalement d'une hépatite C et qu'il est suivi depuis au moins août 2022 en milieu hospitalier nécessitant un traitement de long durée, les deux articles présentés des organisations non gouvernementales Amnesty International et Médecins sans frontières ne permettent pas d'individualiser un risque pour le requérant de ne pas pouvoir être suivi dans son pays d'origine ni d'avoir accès au traitement dont il ne ressort pas des pièces du dossier la teneur. Dans ces conditions, l'intéressé ne peut être considéré comme encourant un risque personnel et actuel en cas de retour en République démocratique du Congo. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 2 et 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 doit être écarté. L'autorité administrative n'a davantage pas entaché, à cet égard, sa décision d'une erreur d'appréciation.
8. Enfin, il ne ressort ni de ce qui précède, ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen complet et sérieux de sa situation personnelle doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 22 février 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.
Le magistrat désigné,
Signé : G. Girard-Ratrenaharimanga
La greffière,
Signé : S. Aït Moussa
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. Aït Moussa
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026