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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2302273

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302273

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2302273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantROSIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 mars et 4 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Rosin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures:

1°) d'annuler la décision du 3 février 2023 par lequel la Préfète du Val-de-Marne a refusé de lui renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de la munir sans délai, dans l'attente de la fabrication de ce titre, d'un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de la munir dans cette attente et sans délai d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Mme A soutient que la décision de refus de titre de séjour:

- n'est pas devenue sans objet du fait de la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour le 30 mars 2023 en exécution de l'ordonnance du juge des référés de ce tribunal du 28 mars 2023 ayant ordonné la suspension de la décision litigieuse, pas plus que par la fabrication d'un titre de séjour " étudiant " qui n'a ni pour objet, ni pour effet de constituer une décision de retrait ou d'abrogation de la décision du 3 février 2023, dès lors que le titre sollicité était d'une nature différente ;

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par la préfète au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'ensemble des éléments relatifs à sa situation familiale;

- méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation ;

- méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits des enfants.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 20 mars et 31 mars 2023, la Préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requérante a remis les documents nécessaires à l'obtention d'un titre de séjour " étudiant " qui est en cours de fabrication de sorte qu'elle a exécuté l'ordonnance du 28 mars 2023 ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 5 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 5 octobre 2023 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bourdin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante ivoirienne née le 30 janvier 1999 à Bouake ( République de Côte d'Ivoire), est entrée en France, le 10 septembre 2020 sous couvert d'un visa de long séjour étudiant valable du 1er septembre 2019 au 1er septembre 2021. Elle a été mise en possession d'un titre de séjour étudiant valable jusqu'au 21 octobre 2022. Par courrier du 8 septembre 2022 reçu le 21 septembre suivant, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour avec changement de statut, sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant. Par décision du 3 février 2023, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision ayant rejeté une demande de titre de séjour lorsque, postérieurement à la saisine de la juridiction, l'autorité administrative a délivré le titre sollicité ou un titre de séjour emportant des effets équivalents à ceux du titre demandé.

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Or, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " valable un an, ne permet pas à son titulaire d'être autorisé à séjourner sur le territoire français dans les mêmes conditions que celles dont il bénéficierait en tant que titulaire d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " délivrée sur le fondement de l'article L. 423-23 ou de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il s'agisse de l'exercice d'une activité professionnelle, du droit au séjour des membres de sa propre famille ou du calcul de la durée de séjour exigée pour l'obtention de la carte de résident. Ainsi, à supposer que la préfète du Val-de-Marne ait entendu soulever une telle fin de non-recevoir, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " n'emporte pas des effets équivalents au titre initialement demandé par Mme A. En tout état de cause, il n'est pas établi qu'à la date de la présente décision, un tel titre de séjour portant la mention " étudiant " aurait été délivré à la requérante, la préfète se bornant à faire état que ce titre serait en cours de fabrication et la requérante contestant avoir produit les pièces nécessaires au renouvellement d'un titre de séjour étudiant. Enfin, la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour n'emporte pas retrait ou abrogation d'une décision portant refus de titre de séjour. Par suite, la requête de Mme A n'est pas devenue sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République " et aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui.

5. Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée en France le 10 septembre 2020 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " puis a été mise en possession d'un titre de séjour portant la même mention " étudiant " ne lui donnant pas vocation a résidé durablement en France. Toutefois, Mme A justifie d'une vie commune avec un compatriote depuis le mois de janvier 2021, lequel est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 20 juillet 2026. Le couple a fait enregistrer un pacte civil de solidarité le 10 mai 2021 à la Commune de Villiers-sur-Marne, commune de résidence du couple et de cette union est né un enfant le 31 mai 2021 à Bry-sur-Marne, qui a été reconnu par ses deux parents. Mme A établit prendre en charge et élever cet enfant avec son compagnon. En outre, à la suite de la conclusion d'un pacte civil de solidarité, Mme A est devenue co-titulaire du contrat de bail portant sur le logement occupé par la famille. Son compagnon justifie d'un emploi stable auprès de la société Altran technologie depuis le mois de février 2015 et atteste de l'intensité des liens personnels et familiaux entretenus avec la requérante. Ainsi, contrairement à ce que mentionne la préfète du Val-de-Marne, Mme A établit l'intensité et la stabilité de ses liens avec son compagnon, inséré professionnellement en France et titulaire d'une carte de résident lui donnant vocation à demeurer durablement en France. De même, l'intensité des liens avec l'enfant commun est établie. De plus, Mme A, qui a obtenu un titre professionnel d'employé administratif et d'accueil le 16 mai 2022 ainsi qu'une admission en centre de formation des apprentis pour la période du 3 octobre 2022 au 26 juillet 2023 dans le cadre d'un contrat d'apprentissage justifie de son insertion sociale et professionnelle en France. Par suite, compte tenu de la stabilité et de l'intensité des liens familiaux noués en France par la requérante, la préfète du Val-de-Marne a, en prenant la décision attaquée, porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante à mener une vie privée et familiale. Par suite, la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées au point 4 du présent jugement.

7. Il résulte de ce précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation la décision du 3 février 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour portant la mention vie privée et familiale.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, sous réserve de changement de circonstances de droit ou de fait, de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'ordonner la délivrance d'une attestation provisoire de séjour dès lors qu'il n'est pas contesté que la requérante s'est déjà fait délivrer une telle attestation en exécution de l'ordonnance du 28 mars 2023 rendue par le juge des référés de ce tribunal.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : la décision de la préfète du Val-de-Marne du 3 février 2023 est annulée.

Article 2: Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention "vie privée et familiale" dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3: L'État versera à Mme A la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ghaleh-Marzban, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La rapporteure,

S. BOURDIN

La présidente,

S. GHALEH-MARZBAN La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière,

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