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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2302328

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302328

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2302328
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantWIEDEMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2023, Mme B C, représentée par Me Wiedemann, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la légalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de convocation devant la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que la date à laquelle le pacte civile de solidarité a été conclu avec son partenaire est erronée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle justifie de circonstances exceptionnelles ;

- compte tenu de sa situation familiale en France, elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- pour les mêmes motifs que précédemment, elle est entachée d'une violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duhamel,

- et les observations de Me Frydryszak substitut de Me Wiedemann, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, née le 10 décembre 1985 et de nationalité vénézuélienne, est entrée en France le 8 décembre 2021 munie d'un passeport revêtu d'un visa en qualité de visiteur. Elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auprès de la préfète du Val-de-Marne qui, par un arrêté du 26 janvier 2023, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

4. Il résulte de énonciations de la décision contestée que pour refuser à Mme C la délivrance du titre de séjour qu'elle sollicitait sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que celle-ci faisait valoir ses attaches familiales en France du fait de la conclusions d'un pacte civil de solidarité (PACS) avec un ressortissant français, la préfète du Val-de-Marne s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'intéressée ne justifiait pas d'une vie commune suffisamment ancienne et établie avec son partenaire dès lors que ce pacte a été conclu le 25 octobre 2022. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier que le pacte civil de solidarité a été conclu en mairie de Nogent-sur-Marne le 8 octobre 2021, soit une différence d'un an par rapport à la date retenue par l'autorité administrative. Cette mention erronée a nécessairement eu une incidence sur l'appréciation portée par la préfète du Val-de-Marne sur l'ancienneté de la vie commune de Mme C avec son partenaire. Par suite, cette dernière est fondée à soutenir que la décision attaquée lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur de fait. Cette erreur de fait révèle, par ailleurs, dans les circonstances particulières de l'espèce, que la préfète du Val-de-Marne s'est abstenue de procéder à un examen sérieux de la demande d'admission exceptionnelle au séjour de Mme C.

5. Si la préfète du Val-de-Marne a également retenu le motif tiré du défaut d'insertion de la requérante dans la société française faute, pour elle, de justifier d'une activité professionnelle et de ses conditions d'existence, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait pris la même décision à l'égard de Mme C si elle n'avait retenu que cet autre motif dès lors que l'intéressée est pacsée depuis octobre 2021 avec un ressortissant français.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être annulée. Doivent être annulées, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. L'exécution du présent jugement implique seulement d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer la demande de Mme C tendant à la délivrance d'un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de présente décision et qu'elle lui délivre, dans l'attente de ce réexamen, le récépissé de demande de titre de séjour prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: L'arrêté de la préfète du Val-de-Marne du 26 janvier 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, le récépissé de demande de titre de séjour prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

Article 3 : L'Etat (préfecture du Val-de-Marne) versera à Mme C la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. L'hirondel, président,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Cabal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le rapporteur,

B. DUHAMEL

Le président,

M. D

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,121

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