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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2302330

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302330

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2302330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSTEPHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrées le 9 mars 2023 et le 11 mai 2023,

Mme C A épouse E, représentée par Me Stephan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 16 août 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui renouveler le certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dont elle était titulaire, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Les décisions en litige sont entachées d'incompétence.

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'un vice de procédure en l'absence de production par la préfecture de l'avis médical du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- relève à tort qu'elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision fixant le pays de destination doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A épouse E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2023/000011 du 15 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse E, ressortissante algérienne, a sollicité le renouvellement du certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dont elle était titulaire. Par un arrêté du 16 août 2022 dont Mme A épouse E demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. L'arrêté en litige du 16 août 2022 a été signée par Mme B D, préfète déléguée pour l'égalité des chances, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature du préfet du Seine-et-Marne en vertu d'un arrêté n°22/BC/018 du 7 mars 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Seine-et-Marne. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions en litige doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe n'impose au préfet de communiquer l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) tout comme le rapport médical sur lequel s'est fondé ce collège. En tout état de cause, cet avis a été produit par le préfet de Seine-et-Marne dans le cadre de la présente instance.

4. En deuxième lieu, Mme A épouse E doit être regardée comme soutenant que la décision de refus de séjour qui lui est opposée méconnaît les stipulations du 7. de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui prévoit la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " au ressortissant algérien : " () résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

5. Le collège des médecins de l'OFII, dont le préfet de Seine-et-Marne avait recueilli préalablement à l'édiction de sa décision, a estimé par un avis du 5 janvier 2022, que si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont elle est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé. Si la requérante apporte de nombreuses pièces médicales confirmant qu'il est indispensable pour elle de bénéficier d'une prise en charge adaptée, ce qui est constant, elle n'apporte aucun élément de nature à établir que, contrairement à ce qu'a ainsi estimé le collège des médecins de l'OFII, elle ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine ou qu'elle ne serait pas en capacité financière de l'acquérir. Dans ces conditions, Mme A épouse E n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de séjour en litige fait une inexacte application des stipulations citées au point 4.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme A épouse E soutient qu'elle est arrivée en France le 12 janvier 2017 muni d'un visa de court séjour avec sa fille mineure et son époux, que le but de son séjour en France était de s'y faire soigner, qu'elle réside depuis cette date en France, que sa fille y est scolarisée et qu'elle était titulaire, depuis l'année 2019, d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée familiale " en raison de son état de santé, pour lequel elle bénéficie d'un suivi médical en France. Il ressort, toutefois des pièces du dossier que Mme A épouse E, qui, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, n'établit pas qu'elle ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, est née en 1975 en Algérie où elle a vécu jusqu'à l'âge de 42 ans, qu'à l'exception de la présence de son époux et de sa fille, elle ne justifie pas des liens familiaux et personnels en France, et que son époux, qui est également de nationalité algérienne, est dépourvu de titre de séjour. Par ailleurs, la requérante n'établit pas, ni même n'allègue, qu'elle serait dépourvue de toute attache dans son pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard notamment aux conditions de son séjour en France jusqu'en 2021, la décision contestée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations citées au point précédent.

8. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A épouse E serait dans l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale dans son pays d'origine, qui est le même que celui du père de sa fille, ni que sa fille ne pourrait pas y poursuivre sa scolarité. Dans ces conditions, Mme A épouse E n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. En cinquième et dernier lieu, compte tenu de l'ensemble des éléments mentionnés ci-dessus, relatifs à la situation personnelle et familiale de Mme A épouse E, il n'apparaît pas que le préfet de Seine-et-Marne ait commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation à l'endroit de la requérante.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A épouse E n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés aux points 7 et 9, Mme A épouse E n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

13. En troisième et dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste commise par le préfet dans l'appréciation des conséquences que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français comporte sur la situation personnelle de la requérante doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés précédemment.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Il résulte de ce qui précède que Mme A épouse E n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Mme A épouse E doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A épouse E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse E et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

Le rapporteur,

F. BouchetLe président,

T. Gallaud

La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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