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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2302365

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302365

mardi 20 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2302365
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre, JU
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun rejette la requête de M. A, ressortissant malien, qui contestait un arrêté préfectoral du 10 février 2023 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal écarte l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, le défaut de motivation, la méconnaissance du droit d'être entendu, et l'erreur manifeste d'appréciation. Il retient que la décision est fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande d'asile de M. A ayant été définitivement rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mars 2023, M. C A, représenté par Me Hug, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté, en date du 10 février 2023, par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 400 euros, à verser à Me Hug, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et a été prise sans qu'il ait été procédé à un examen personnel sérieux de sa situation de sorte qu'elle est inévitablement entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne, laquelle prévoit que toute personne a le droit d'être entendue avant qu'une mesure individuelle défavorable ne soit prise à son encontre ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 541-1, L. 541-2 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vertu desquels il bénéficie du droit de se maintenir en France jusqu'à la notification de la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, le préfet compétent devant justifier de cette notification ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux et particulier de sa situation prenant en compte ses problèmes de santé et la circonstance qu'il justifie d'un suivi médical en France, de sorte que la décision contestée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il justifie être exposé à un risque de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Declercq, président honoraire, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Declercq a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 10h38.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien, qui est entré en France à une date indéterminée, a présenté une demande d'admission au séjour au titre de l'asile, laquelle a été rejetée par une décision du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, en date du 27 octobre 2022, notifiée le 29 novembre de la même année. C'est dans ces conditions que, par un arrêté en date du 10 février 2023, la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". M. A ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par la décision susvisée du bureau d'aide juridictionnelle du Tribunal, il n'y a pas lieu de prononcer son admission provisoire à cette aide.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : ( ) 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ( ) ".

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme B, directrice du service des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-de-Marne, en vertu d'une délégation de signature n° 2022/2173 du 20 juin 2022, publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte sera ainsi également écarté.

5. En deuxième lieu, la décision contestée, qui vise notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui précise que la demande d'asile de M. A a été rejetée par une décision du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 27 octobre 2022, notifiée le 29 novembre de la même année, que le requérant, qui n'a pas fait appel de cette décision et qu'il ne peut prétendre ni à la délivrance d'une carte de résident ni à celle d'une carte de séjour temporaire, est ainsi suffisamment motivée.

6. En troisième lieu, si M. A soutient que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation, dès lors qu'il souffre de problèmes de santé justifiant d'un suivi médical en France, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait porté ces problèmes à la connaissance de l'administration, d'autre part, s'il produit un certificat médical attestant d'un problème de santé, ledit certificat se borne à préconiser un rythme de vie régulier et un sommeil suffisant, ainsi que le bénéfice d'un logement régulier, tous éléments qui ne font pas nécessairement obstacle à l'éloignement de l'intéressé.

7. En quatrième lieu aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; b) le droit d'accès de toute personne au dossier qui la concerne, dans le respect des intérêts légitimes de la confidentialité et du secret professionnel et des affaires ; c) l'obligation pour l'administration de motiver ses décisions. () ". Toutefois, si l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne concerne non les États membres, mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Cependant, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise, que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents, qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, n'établit pas qu'il aurait disposé d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration, avant que ne soit prise la décision attaquée, et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à ladite décision. Dès lors le moyen, tiré par M. A, de la violation de son droit d'être entendu, ne peut qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a des problèmes de santé, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait sollicité son admission au séjour à ce titre et, d'autre part, il ne produit aucune pièce établissant que son état de santé justifie qu'il soit admis au séjour. Par suite, le requérant, qui ne conteste pas être célibataire sans enfant, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Enfin si M. A, qui se prévaut des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, fait état d'un risque de persécution en cas de retour dans son pays d'origine, d'une part, ainsi qu'il a été dit, sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides, d'autre part l'intéressé n'a pas cru devoir contester cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile, ladite décision devenant ainsi définitive et, enfin, il n'apporte toujours aucun élément justifiant des risques qu'il déclare encourir. Il en résulte que le moyen ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la préfète du Val-de-Marne et à Me Elsa Hug.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2024.

Le magistrat désigné,

M. DECLERCQLa greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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