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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2302427

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302427

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2302427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantPATUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2023, M. C A, représenté par Me Patureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 11 mai 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut la mention " salarié " dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à venir et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ou, à titre subsidiaires, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que les mentions et voies de recours ne figurant pas dans l'accusé de réception de sa demande, les délais de recours lui sont inopposables ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie, alors qu'il réside en France depuis plus de dix ans et qu'il justifie de motifs exceptionnels et de considérations humanitaires permettant son admission au séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Elle soutient que la demande de M. A a été rejetée après que les services de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi ont rendu un avis défavorable, l'entreprise dans laquelle souhaitait travailler le requérant étant radié du registre du commerce depuis le 16 septembre 2021, et l'intéressé n'ayant pas depuis présenté un autre " pack employeur ".

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Duhamel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né le 3 juin 1972, de nationalité malienne, est entré en France, selon ses déclarations, le 11 octobre 2010. Il ressort du récépissé produit que le 11 janvier 2022, il a déposé une première demande de titre de séjour portant la mention " salarié " auprès des services de la préfecture du Val-de-Marne. En l'absence de réponse à cette demande, une décision implicite de rejet est née le 11 mai 2022. Il demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin de non-lieu à statuer :

2. Pour conclure au non-lieu à statuer, la préfète du Val-de-Marne fait état à l'appui de ses écritures de ce que la demande de M. A, qui a fait l'objet d'une instruction, a été rejetée après que les services de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi eurent rendu un avis défavorable, l'entreprise dans laquelle souhaitait travailler le requérant étant radié du registre du commerce depuis le 16 septembre 2021 et l'intéressé n'ayant pas depuis présenté un autre " pack employeur ". Si ces considérations sont de nature à établir le motif du refus opposé à la demande de titre de séjour formée par M. A, elles ne sont pas, en revanche, de nature à rendre sans objet la requête de l'intéressé qui conteste la légalité de la décision de refus de titre de séjour. Par suite, les conclusions à fin de non-lieu à statuer présentées par la préfète du Val-de-Marne ne peuvent qu'être écartées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 de ce code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. Enfin, aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 112-5 de ce code, l'accusé de réception " indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision. () ". Selon l'article L. 112-6 de ce code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. () ".

6. En vertu des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées. Par suite, il est loisible à l'intéressé de demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de la décision implicite ayant le même objet. Il s'ensuit qu'en l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé le 11 janvier 2022 une demande de titre de séjour portant la mention " salarié " auprès des services de la préfecture du Val-de-Marne. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il a été informé des voies et délais de recours ouverts à l'encontre d'une décision implicite de rejet. Dans ces conditions, en l'absence de cette information, le délai de recours contentieux mentionné à l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ne lui était pas opposable à la date d'intervention de la décision implicite de rejet en litige, laquelle est née, en application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le 11 mai 2022. Par un courrier du 9 novembre 2022 dont il a été accusé réception le 14 novembre suivant, le requérant a demandé à la préfète du Val-de-Marne la communication des motifs de cette décision implicite. M. A soutient, sans être contesté en défense, qu'aucune réponse n'a été apportée à cette demande dans un délai d'un mois. Par suite, il est fondé à soutenir que la décision implicite rejetant sa demande de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre cette décision, que la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, et seul susceptible de l'être compte tenu des éléments produits dans le dossier, le présent jugement implique seulement d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer la demande de M. A tendant à la délivrance d'un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La décision implicite de la préfète du Val-de-Marne rejetant la demande de titre de séjour de M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : L'Etat (préfecture du Val-de-Marne) versera à M. A la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. D, président,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Cabal, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

Le rapporteur,

B. DUHAMEL

Le président,

M. D

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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