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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2302479

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302479

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2302479
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantBERREBI-WIZMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mars 2023, M. C A, représenté par Me Jihanna Berrebi-Wizman, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour présentée le 14 mars 2022 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation, en l'absence de réponse à sa demande de communication de ses motifs ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance de la circulaire NOR-INTK 1229185C du 28 novembre 2012 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifié à l'article L. 435-1 du même code, dès lors qu'il justifie remplir les conditions de délivrance d'un titre de séjour.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 14 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 mai 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bousnane, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 8 octobre 2024 à 10 heures 30.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant albanais né le 3 janvier 1994 à Gjegje (Albanie), a sollicité, le 14 mars 2022, son admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il demande l'annulation de la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a implicitement rejeté sa demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

3. M. A soutient que la préfète du Val-de-Marne a entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il réside en France depuis le 15 octobre 2016 et qu'il y exerce une activité professionnelle stable depuis le mois de novembre 2016. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé justifie résider sur le territoire français depuis le mois de novembre 2016 et qu'il produit, au soutien de ses allégations, de très nombreux bulletins de salaire datant en particulier du mois de novembre 2016 au mois de juillet 2022, lesquels établissent qu'il exerce une activité professionnelle en qualité d'installateur de climatisation pour le compte de la même société " Galaxy Clim " depuis le mois de novembre 2016, soit depuis près de 6 ans à la date de la décision contestée. Dans ces conditions, eu égard à la stabilité et à l'ancienneté de son insertion professionnelle, M. A est fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne a entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. Au surplus, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". En vertu de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'attestation de dépôt de sa demande, que M. A a demandé son admission exceptionnelle au séjour le 14 mars 2022. En l'absence de réponse dans un délai de quatre mois, sa demande a fait l'objet des décisions implicites de rejet le 14 juillet 2022. Par une lettre du 23 janvier 2023, reçue le 25 janvier 2023 par les services de la préfecture, l'intéressé a demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande. Toutefois, M. A soutient, sans être contredit par la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense, qu'il n'a pas reçu de réponse à cette demande. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une décision expresse aurait confirmé ce refus implicite, M. A est fondé à soutenir que la décision implicite de rejet de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour est entachée d'illégalité pour défaut de motivation.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a implicitement rejeté la demande de titre de séjour présentée le 14 mars 2022 par M. A le 14 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 3, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à M. A, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, un titre de séjour d'une durée d'un an portant la mention " salarié ", dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir d'office cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 : La décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a implicitement rejeté la demande de titre de séjour présentée le 14 mars 2022 par M. A le 14 mars 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à M. A un titre de séjour d'une durée d'un an portant la mention " salarié ", dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme B D,

Mme Lina Bousnane, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure

L. Bousnane

Le président

X. Pottier

La greffière,

A. Starzynski

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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