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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2302588

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302588

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2302588
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKOUASSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Kouassi, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui accorder un rendez-vous pour déposer sa demande de titre de séjour, dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle réside en France avecsa famille constituée de sa mère, de son concubin et de son enfant ; elle a sollicité un rendez-vous auprès de la préfecture pour régulariser sa situation ; le site de la préfecture de Seine-et-Marne donne des informations contradictoires et confuses sur les modalités selon lesquelles il peut être pris rendez-vous ; elle a en conséquence écrit à la préfecture dans la rubrique " contactez-nous " le 23 février 2023 et n'a reçu qu'une réponse automatique ; elle a effectué une relance selon le même procédé le 16 mars 2023 sans obtenir de réponse ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle risque une mesure d'éloignement alors qu'elle s'inscrit dans une démarche d'obtention d'un titre de séjour et qu'elle a une vie privée et familiale en France ; elle est par ailleurs entravée dans l'exercice de sa liberté d'aller et venir ; elle se trouve dans l'impossibilité de trouver un emploi et de s'occuper de sa famille ;

- la mesure sollicitée est utile en raison du dysfonctionnement du service public ; le site de la préfecture d'offre aucune possibilité de prendre rendez-vous et met en place une dématérialisation sans aucune alternative en contravention avec les dispositions en vigueur des articles L.112-3, L. 112-9 et L. 112-10 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la mesure sollicité ne fait obstacle à aucune décision administrative

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. " ; aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. " ; enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

2. D'une part, lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code justice administrative, aux fins d'enjoindre de prendre toute mesure utile dans un sens déterminé, il doit veiller à ce que cette demande présente un caractère d'urgence et d'utilité, qu'elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la mesure demandée ne fasse obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.

3. D'autre part, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Enfin, lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Il résulte de l'instruction que Mme A souhaite déposer une première demande d'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il lui appartient donc de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle d'obtenir rapidement ce rendez-vous.

6. Si la requérante fait valoir que le site de la préfecture de Seine-et-Marne donnerait des informations contradictoires sur les modalités à suivre pour demander un rendez-vous en ligne, elle ne justifie pas avoir tenté de se connecter au site de prise de rendez-vous en ligne et elle ne précise pas les difficultés de compréhension des informations données sur le site de la préfecture pour le dépôt d'une première demande de titre de séjour par les ressortissants étrangers résidant, comme elle, dans le ressort de la sous-préfecture de Meaux. Par ailleurs, Mme A se borne à faire état d'allégations très générales et non circonstanciées sur le risque d'être éloignée du territoire, la présence en France de sa mère et de son concubin, sans préciser leur situation administrative, et l'impossibilité dans laquelle elle se trouverait de trouver un emploi et n'a au surplus entendu engager de démarches pour régulariser sa situation qu'en février 2023. Dans ces conditions, Mme A ne peut être regardée comme justifiant d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que, par voie de conséquence, celles fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative, par application des dispositions de l'article L. 522-3 du même code rappelées au point 1 de la présente ordonnance.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Fait à Melun, le 30 mars 2023.

La juge des référés,

C. Ledamoisel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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