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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2302685

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302685

mercredi 29 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2302685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre, JU
Avocat requérantBENOIT-GRANDIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2023 sous le n° 2302685, M. A B, domicilié à Vitry-sur-Seine (94400), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté notifié le 13 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne :

- l'a obligé à quitter le territoire français,

- lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire,

- a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit,

- et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

3°) d'être assisté d'un avocat commis d'office et d'un interprète en langue arabe.

M. B soutient que :

- l'arrêté litigieux lui a été notifié sans avocat et sans traducteur ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de sa signataire qui ne justifie pas d'une délégation de signature du préfet régulière et publiée ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- il est entaché d'incompétence de sa signataire ;

- il est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'incompétence de sa signataire qui ne justifie pas d'une délégation de signature du préfet régulière et publiée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés le 17 octobre 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté litigieux du préfet de l'Essonne daté du 13 mars 2023 ;

- les pièces, enregistrées le 6 novembre 2023, présentées pour M. B ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil, du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de cette loi ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Freydefont pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 28 novembre 2023 en présence de M. Ngassaki, greffier d'audience :

- M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport ;

- Me Frésard, représentant M. B, requérant présent, qui reprend les conclusions de sa requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit en ce que, étant titulaire d'un permis de séjour permanent portugais valable jusqu'au 4 janvier 2025, il a le droit de séjourner en France pendant moins de trois mois, ce qui était le cas quand il a été interpellé puisqu'il est arrivé en France par avion depuis Lisbonne le 25 février 2023 et n'était donc en France que depuis 16 jours seulement.

Le préfet de l'Essonne, défendeur, n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 12 heures.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. ".

2. Par un arrêté en date du 13 mars 2023 notifié le même jour à 13 heures 30, le préfet de l'Essonne a, sur le fondement des 1° et 5° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. A B, ressortissant algérien né le 4 mai 1984 à Ksarel Bokharie, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la requête susvisée, enregistrée le 15 mars 2023 sans plus de précision, M. B demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. " M. B ayant bénéficié, comme il l'avait demandé, de l'assistance d'un avocat commis d'office lors de l'audience publique du 16 novembre 2023 en la personne de Me Frésard, il n'y a pas lieu, dans ces conditions, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

4. En application de l'article 6 du règlement susvisé (UE) du 9 mars 2016, tout séjour d'un ressortissant étranger pour une durée n'excédant pas 90 jours sur une période de 180 jours est, notamment, subordonné à la justification de l'objet et des conditions du séjour mais, également, de moyens de subsistance suffisants ou de la capacité d'acquérir de tels moyens tant pour la durée du séjour que pour le retour dans le pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel son admission est garantie. Or, aux termes de l'article 21 de la convention de Schengen : " 1. Les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par une des Parties Contractantes peuvent, sous le couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage, ces documents étant en cours de validité, circuler librement pendant une période de trois mois au maximum sur le territoire des autres Parties Contractantes, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a), c) et e), et qu'ils ne figurent pas sur la liste de signalement nationale de la Partie Contractante concernée. / 2. Le paragraphe 1 s'applique également aux étrangers titulaires d'une autorisation provisoire de séjour, délivrée par l'une des Parties Contractantes et d'un document de voyage délivré par cette Partie Contractante () ".

5. Si, en vertu des stipulations de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée à Schengen le 19 juin 1990, les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par une des parties contractantes peuvent, sous couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage, ces documents étant en cours de validité, circuler librement pendant une période de trois mois sur le territoire des autres parties contractantes, ils n'en restent pas moins assujettis aux autres conditions d'entrée prévues par cette convention et le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ainsi que par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est titulaire d'un titre de résidence (" titulo de residência ") portugais temporaire valable jusqu'au 4 janvier 2025 et l'autorisant à travailler. De ce fait, et en application des principes rappelés aux points précédents, M. B a le droit de circuler librement pendant une durée inférieure à trois mois sur le territoire d'un autre Etat membre de l'Union que celui qui lui a délivré son titre de séjour, en l'espèce sur le territoire français, à la condition de justifier de moyens de subsistance suffisants pour la durée de son séjour, ce qui est le cas puisque l'intéressé travaille de manière stable au Portugal. Or, il ressort des pièces du qu'à la date où a été édictée l'arrêté litigieux, le 13 mars 2023, M. B n'était en France que depuis 16 jours seulement puisqu'il justifie avoir pris l'avion de Lisbonne à Orly le 25 février 2023. Par suite, le préfet ne pouvait prendre à son encontre, avant l'expiration du délai de trois mois, une obligation de quitter le territoire français. Ce faisant, il a entaché cette mesure d'éloignement d'erreur de droit. Il s'ensuit que celle-ci encourt l'annulation ainsi que, par voie de conséquence, la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays et l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté en date du 13 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a obligé M. B à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLe greffier,

Signé : G. Ngassaki

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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