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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2302827

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302827

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2302827
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantMBONGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 mars et 29 avril 2023,

M. C D, représenté par Me Mbongo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté la demande de regroupement familial qu'il a présentée au bénéfice de son épouse, ainsi que la décision implicite du 10 mars 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne d'autoriser le regroupement familial au bénéfice de son épouse, sous astreinte de mille euros par mois de retard dans l'exécution de la décision de regroupement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- il remplit toutes les conditions de ressources et d'hébergement lui permettant d'obtenir le regroupement familial en faveur de son épouse ; il est injuste que les faits qui lui sont reprochés, dont il s'est amendé, l'empêchent de mener une vie privée et familiale normale ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'ancienneté, du caractère isolé des faits, de son comportement général et de la peine à laquelle il a été condamné ; le préfet de Seine-et-Marne n'a jamais examiné sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie personnelle, familiale et professionnelle ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 23 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 22 juin 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Luneau,

- et les observations de Me Mbongo, représentant M. D, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant ivoirien, titulaire d'une carte de résident longue durée-UE valable du 26 décembre 2018 au 25 décembre 2028, a sollicité du préfet de Seine-et-Marne le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse. Par une décision du 16 novembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande. Le requérant a, par un courrier du 8 janvier 2023, formé un recours hiérarchique auprès du ministre de l'intérieur, dont le silence conservé pendant deux mois sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de la décision du 16 novembre 2022 ainsi que la décision de rejet de son recours hiérarchique.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse que celle-ci a été signée par M. B A, préfet de Seine-et-Marne, nommé par décret du 30 juin 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision contestée du 16 novembre 2022 mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables, notamment les articles L. 434-1 à L. 434-12, et précise que M. D a fait l'objet d'une condamnation qui démontre " un comportement inapproprié et le non-respect des valeurs républicaines ". Ainsi, elle comporte l'indication suffisante des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement sans qu'il puisse être fait grief au préfet de Seine-et-Marne de ne pas avoir indiqué l'intégralité des éléments de sa situation personnelle et familiale. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, L'article L. 434-7 du même code dispose : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ".

6. Pour refuser à M. D le bénéfice du regroupement familial au bénéfice de son épouse, le préfet de Seine-et-Marne a relevé que " les renseignements recueillis au cours de l'instruction de [son] dossier [avaient] fait apparaître qu'[il avait] fait l'objet d'une condamnation qui démontre un comportement inapproprié et le non-respect des valeurs républicaines ". Il suit de là qu'au vu du motif sur lequel le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé pour prendre la décision en litige, M. D ne peut utilement soutenir qu'il remplit les conditions de ressources et d'hébergement lui permettant d'être rejoint par son épouse au titre du regroupement familial. Il ne peut davantage utilement se prévaloir d'une injustice au regard des faits qui lui sont reprochés l'empêchant de mener une vie familiale normale en étant rejoint par son épouse.

7. En quatrième lieu, compte tenu du motif sur lequel le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé pour rejeter la demande de M. D, tel qu'il a été énoncé au point ci-dessus, l'intéressé ne peut utilement soutenir que la décision contestée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'ancienneté, du caractère isolé des faits, de son comportement général et de la peine à laquelle il a été condamné dès lors que sa présence en France ne constitue pas un danger pour l'ordre public. De surcroît, si M. D a entendu faire valoir à l'appui de ce moyen que le préfet de Seine-et-Marne n'a jamais examiné sa situation, il ne peut être regardé comme ayant soulevé un tel moyen à défaut de l'avoir indexé dans le plan de son argumentation.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande même dans le cas où l'étranger demandeur du regroupement ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions requises tenant aux ressources ou au logement, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale, tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. M. D, qui se prévaut de sa présence en France depuis plus vingt-trois ans, de son insertion professionnelle ainsi que de la présence en France de deux enfants de nationalité française, justifiant la présence de son épouse à ses côtés, soutient qu'il est marié depuis le

22 juillet 2021 avec une ressortissante sénégalaise, soit depuis seize mois à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, les pièces produites par l'intéressé ne permettent pas d'établir qu'ils partageaient avant leur union une communauté de vie. Dans ces conditions, la décision contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander, par les moyens qu'il soulève, l'annulation de la décision en litige du 16 novembre 2022 ainsi que celle de la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Luneau, première conseillère,

M. Demas, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2302827

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