jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2302832 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | LAYMOND |
Vu la procédure suivante :
Par un mémoire enregistré le 6 décembre 2024, La Cimade Service œcuménique d'entraide et l'Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers (ANAFÉ) demandent au tribunal administratif - en application de l'article 23-1 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 et à l'appui de leur requête, attribuée au tribunal en application de l'article R. 351-1 du code de justice administrative, tendant, dans le dernier état de leurs écritures, à l'annulation des décisions du 20 décembre 2022 et du 19 août 2024 par lesquelles le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a fixé la liste des locaux agréés destinés à recevoir des demandeurs d'asile, demandeurs du statut d'apatride, réfugiés ou bénéficiaires de la protection subsidiaire entendus dans le cadre d'un entretien personnel mené par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par un moyen de communication audiovisuelle - de transmettre au Conseil d'Etat la question prioritaire de constitutionnalité relative à la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution de l'article L. 531-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La Cimade et l'ANAFÉ soutiennent que ces dispositions, applicables au litige, méconnaissent " le droit constitutionnel d'asile [qui] suppose () que les éléments d'information d'une demande d'asile ne puissent pas être divulguées à des personnes qui ne concourent pas à l'exercice du droit d'asile ", et l'article 34 de la Constitution, dont il résulte qu'il appartient au législateur de " préciser les mesures pouvant être prises pour garantir cette confidentialité qui est consubstantielle avec le droit constitutionnel d'asile ".
Par un mémoire enregistré le 19 décembre 2024, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, représenté par Me Laymond, soutient que les conditions posées par l'article 23-2 de l'ordonnance du 7 novembre 1958 ne sont pas remplies, et, notamment :
- qu'il n'y a pas lieu à statuer sur la question, dès lors que, à supposer que la requête enregistrée le 21 févier 2023 puisse s'interpréter comme critiquant directement la légalité de la décision du 5 novembre 2015 ayant pour objet de définir le système de retransmission à utiliser lors des visio-entretiens, de telles conclusions présentées tardivement au-delà du délai de recours de deux mois fixés par l'article R. 421-1 du code de justice administrative sont manifestement irrecevables ;
- qu'à la lecture de la requête, il apparaît que les conclusions tendent exclusivement à l'annulation des décisions du 20 décembre 2022 et du 19 août 2024 portant agrément des locaux destinés à recevoir le demandeur d'asile, qui n'ont ni pour objet ni pour effet de fixer les modalités techniques du système de communication audiovisuelle utilisé et qui sont distinctes de celle du 5 novembre 2015 par laquelle le directeur général de l'OFPRA a fixé les modalités techniques du système de communication audiovisuelle ;
- qu'au demeurant, un moyen tiré d'une non-conformité des modalités techniques des systèmes de communication audiovisuelle ne saurait être utilement invoqué pour critiquer la légalité de la décision du 20 décembre 2022, si bien que la disposition par laquelle le pouvoir législateur a renvoyé à un décret en Conseil d'Etat ou à une décision du directeur général de l'OFPRA le soin de définir les caractéristiques techniques du système de retransmission ne peut être regardée comme applicable au litige tendant à l'annulation des décisions du directeur de l'OFPRA du 20 décembre 2022 et du 19 août 2024 ;
- qu'en outre, le législateur a épuisé sa compétence, en fixant des règles objectives et suffisantes pour garantir la confidentialité de l'entretien personnel d'un demandeur d'asile, spécialement au livre V, Titre III, chapitre I du code, où le législateur a consacré la sous-section 6 à " l'Entretien personnel ", en fixant le cadre législatif à observer pour tout entretien de demandeur d'asile, et en imposant notamment, pour assurer la confidentialité des éléments contenu dans une demande d'asile, l'obligation de convoquer le demandeur d'asile " à un entretien personnel par tout moyen garantissant la confidentialité et la réception personnelle de la convocation ", d'effectuer un entretien " personnel " et d'entendre en principe, chaque demandeur majeur " individuellement ".
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, et notamment son article 61-1 ;
- la décision du Conseil constitutionnel n° 2018-770 DC du 6 septembre 2018, points 18 à 22, la décision n° 2003-485 DC du 4 décembre 2003, point 43, la décision n° 97-389 DC du 22 avril 1997, point 26, et la décision du Conseil d'Etat du 27 novembre 2020, n°428178, point 18 ;
- la décision n° 2003-485 DC en tant qu'elle déclare conformes à la Constitution les dispositions du II de l'article 2 de la loi n° 52-893 du 25 juillet 1952 relative au droit d'asile dans sa rédaction résultant de l'article 1er de la loi n° 2003-1176 du 10 décembre 2003 ;
- l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 531-21 et L. 532-1 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte des dispositions combinées du premier alinéa de l'article 23-1 et de l'article 23-2 de l'ordonnance du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel que le tribunal administratif, saisi d'un moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution présenté dans un écrit distinct et motivé, statue sans délai par une décision motivée sur la transmission de la question prioritaire de constitutionnalité au Conseil d'Etat, et procède à cette transmission si est remplie la triple condition que la disposition contestée soit " applicable au litige ou à la procédure ", qu'elle n'ait " pas déjà été déclarée conforme à la Constitution dans les motifs et le dispositif d'une décision du Conseil constitutionnel, sauf changement des circonstances ", et que la question ne soit " pas dépourvue de caractère sérieux ".
2. En premier lieu, aucune fin de non-recevoir n'a été opposée aux conclusions initiales de la requête enregistrée le 21 février 2023 tendant à l'annulation de la décision du 20 décembre 2022 fixant la liste des locaux agréés pour recevoir les demandeurs d'asile entendus par un moyen de communication audiovisuelle, ni aux conclusions additionnelles, présentées par un mémoire enregistré le 25 septembre 2024, tendant à l'annulation de la décision du 19 août 2024 fixant à nouveau cette liste, conclusions dont l'irrecevabilité ne ressort pas des pièces du dossier.
3. En deuxième lieu, eu égard à la motivation du mémoire distinct soulevant la question prioritaire de constitutionnalité, cette dernière doit être regardée comme portant, non sur l'ensemble de l'article L. 531-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui est issu de la recodification par l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 des deux derniers alinéas de l'article L. 723-6 et du paragraphe III de l'article L. 723-7 du précédent code, mais sur le 1er alinéa de l'article L. 531-21, ainsi que sur son second alinéa excepté les mots : " Les modalités de transcription de l'entretien personnel, les cas dans lesquels il fait l'objet d'un enregistrement sonore ou est suivi d'un recueil de commentaires ", qui figuraient auparavant au III de l'article L. 723-7 du précédent code et qui ne font l'objet d'aucune contestation particulière, et excepté les mots : " sont fixés par décret en Conseil d'Etat ", qui ne sont pas spécifiques aux seules dispositions réellement contestées.
4. En troisième lieu, le présent litige est né d'un recours en annulation de décisions prises en application des dispositions de l'article R. 531-16 (sixième puis, en définitive, huitième alinéa) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui énoncent que le " local destiné à recevoir les demandeurs d'asile entendus par un moyen de communication audiovisuelle doit avoir été préalablement agréé par le directeur général de l'office ". Or ces dispositions ont été édictées pour l'application des dispositions du second alinéa de l'article L. 531-21 telles qu'elles ont été délimitées au point précédent. Ces dernières dispositions sont donc applicables au litige. En outre, eu égard à l'objet et à la portée des dispositions du premier alinéa de l'article L. 531-21, qui confient au directeur général de l'office le soin de définir les " modalités d'organisation de l'entretien ", ces dernières dispositions doivent également être regardées comme étant applicables au litige au sens et pour l'application de l'article 23-2 de l'ordonnance du 7 novembre 1958. De plus, eu égard à la date des décisions attaquées, ces dispositions sont applicables au litige tant dans la rédaction de l'article L. 531-21 issue de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 et antérieure à la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024, que dans la rédaction du même article résultant de la loi du 26 janvier 2024.
5. En quatrième lieu, ces dispositions, qui ont pour origine le 8° de l'article 11 de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile et le 2° du II de l'article 62 de la loi du 26 janvier 2024, n'ont pas déjà été déclarées conformes à la Constitution par le Conseil constitutionnel.
6. Enfin, la méconnaissance par le législateur de sa propre compétence peut être invoquée à l'appui d'une question prioritaire de constitutionnalité lorsque cette méconnaissance affecte par elle-même un droit ou une liberté que la Constitution garantit. Selon l'article 34 de la Constitution, la loi fixe les règles concernant les garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l'exercice des libertés publiques. Le législateur est compétent pour prévoir le principe d'un entretien personnel entre le demandeur d'asile et les services de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et les garanties qui s'y attachent. Le Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel renvoie le Préambule de la Constitution de 1958, dispose en son quatrième alinéa : " Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d'asile sur les territoires de la République ". Il incombe au législateur d'assurer en toutes circonstances l'ensemble des garanties légales que comporte cette exigence constitutionnelle. La confidentialité des éléments d'information détenus par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relatifs à la personne sollicitant l'asile en France est une garantie essentielle du droit d'asile, principe de valeur constitutionnelle qui implique notamment que les demandeurs d'asile bénéficient d'une protection particulière.
7. Le moyen tiré de ce qu'en permettant que, dans certains cas et par exception au principe qu'elles fixent, l'entretien personnel avec le demandeur d'asile puisse se dérouler par visioconférence, sans prévoir elles-mêmes que, tant le local destiné à recevoir les demandeurs d'asile entendus selon une telle modalité, que le moyen de communication audiovisuelle auquel il est recouru, doivent garantir la confidentialité de l'audition et de sa transmission, les dispositions contestées de l'article L. 531-21 sont entachées d'une incompétence négative qui affecte le droit d'asile, pose une question qui n'est pas dépourvue de caractère sérieux. Par suite, il y a lieu de transmettre au Conseil d'Etat la question prioritaire de constitutionnalité invoquée.
O R D O N N E :
Article 1er : La question de la conformité à la Constitution du premier alinéa de l'article L. 531-21 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 et toujours en vigueur, des mots : " , ainsi que les cas et les conditions dans lesquels il peut se dérouler par un moyen de communication audiovisuelle pour des raisons tenant à l'éloignement géographique ou à la situation particulière du demandeur " figurant au second alinéa de ce même article L. 531-21 dans sa rédaction issue de l'ordonnance du 16 décembre 2020 et antérieure à la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024, et des mots : " , ainsi que les conditions dans lesquelles il peut se dérouler par un moyen de communication audiovisuelle pour des raisons tenant à l'éloignement géographique ou à la situation particulière du demandeur ou dans les cas prévus aux 1° et 2° de l'article L. 531-32 " figurant au second alinéa du même article L. 531-21 dans sa rédaction résultant de la loi du 26 janvier 2024, est transmise au Conseil d'Etat.
Article 2 : Il est sursis à statuer sur la requête de La Cimade et l'ANAFÉ, jusqu'à la réception de la décision du Conseil d'Etat ou, s'il a été saisi, jusqu'à ce que le Conseil constitutionnel ait tranché la question de constitutionnalité ainsi soulevée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à La Cimade, première dénommée, à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et au ministre de l'intérieur.
Fait à Melun, le 19 décembre 2024.
Le président de la 8ème chambre,
X. POTTIER
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026