mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2302933 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GARCIA & AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée au greffe du Tribunal sous le numéro 2302933 le 24 mars 2023, Mme E B, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représentée par Me Kessentini, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de circulation pour une durée de vingt-quatre mois ;
2°) d'enjoindre au préfet compétent de l'admettre au séjour dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B doit être considérée comme soutenant que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
* est entachée d'incompétence ;
* est insuffisamment motivée ;
* est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
* viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* est entachée d'une erreur de fait ;
* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
* est entachée d'une erreur de droit ;
* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés respectivement les 4 avril et 23 et 27 mars 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis, représenté par le cabinet Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 29 mars 2023.
Des pièces communiquées par Me Garcia qui s'est constitué le 31 mars 2023 ont été enregistrées les 31 mars et 4 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. G ;
- les observations de Me Garcia, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre que :
* la décision portant obligation de quitter le territoire français :
** est entachée d'une erreur de droit ;
** est entachée d'un vice tenant à la loyauté dans la procédure ;
** est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la menace à l'ordre public que constituerait son comportement ;
** viole le paragraphe 1 de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant ;
* la décision refusant un délai de départ volontaire méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- et Mme B qui indique ne pas savoir pourquoi elle est là et si éloignée de son fils.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 16h44.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante marocaine, née le 1er janvier 1988 à Casablanca (Royaume du Maroc), est entrée en France en 2014 selon ses déclarations. L'intéressée a été interpellée le 15 mars 2023 et placée le jour même en garde à vue pour des faits de violence sur un professionnel de santé suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Par arrêté du 16 mars 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé l'intéressée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de vingt-quatre mois. Par arrêté du même jour, la même autorité l'a placée en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 18 mars 2023 contre laquelle l'appel a été déclaré irrecevable par une ordonnance de la cour d'appel de Paris du 21 suivant. Par une ordonnance du 23 mars 2023, la demande de mainlevée de la mesure de rétention administrative a été refusée par le juge des libertés et de la détention. Par une ordonnance du surlendemain, le juge des libertés et de la détention a refusé une autre demande de mainlevée. Mme B demande au tribunal d'annuler le premier arrêté du 16 mars 2023.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. / Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; ()
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-0841 du 1er avril 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné à M. D F, adjoint au chef de bureau de l'éloignement, délégation de signature aux fins de signer de la décision en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, le premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".
5. D'une part, Mme B ne peut utilement se prévaloir des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration à l'appui du moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse dès lors que la motivation des obligations de quitter le territoire français est explicitement prévue au premier alinéa de l'article L. 613-1 précité.
6. D'autre part, la décision querellée du 16 mars 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment cite la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne des éléments de la situation personnelle de Mme B et indique que la décision prise ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressée, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision. En outre, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés comme manquant en fait.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. / L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. ". Aux termes de l'article L. 621-2 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un État membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet État, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. ".
8. Il résulte des dispositions des articles L. 611-1 et L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relative à l'obligation de quitter le territoire français, et des articles L. 621-1 et suivants du même code, relatives aux procédures de remise aux États membres de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen, que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application des articles L. 621-2 à L. 621-7, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'État membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagé l'autre.
9. Mme B soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait dû prendre à son encontre une décision de remise sur le fondement de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, en l'espèce, Mme B a demandé à être éloignée vers la République italienne dont elle dispose d'un titre de séjour de longue durée, ainsi qu'il ressort du procès-verbal d'audition, il ressort également de la procédure administrative suivie par le préfet de la Seine-Saint-Denis que ce dernier a sollicité les autorité italiennes qui ont accepté de recevoir l'intéressée et il est constant que le préfet s'est fondé, en sus du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur les dispositions relatives à une interdiction de circulation sur le territoire français qui ne peuvent être mises en œuvre que dans le cas d'un éloignement vers un pays de l'Union européenne. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
10. En quatrième lieu, Mme B soutient que l'obligation de loyauté qui appartient au préfet dans la procédure n'a pas été respectée dès lors que le préfet retient dans la motivation de sa décision que l'intéressé ne justifie pas les dires figurant au procès-verbal de son audition alors qu'elle était placée en garde à vue. Elle soutient que, placée en garde à vue, elle ne pouvait en aucun cas justifier ses dires puisqu'elle n'avait pas tous les documents avec elle lors de son interpellation. Toutefois, l'intéressée a la possibilité, postérieurement à son audition et à l'édiction de l'arrêté pris à son encontre, de contester cet arrêté en apportant au juge tout élément justificatif. Par suite, le moyen doit être écarté.
11. En cinquième lieu, Mme B soutient que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public voire ne constitue pas, du point de vue de l'ordre public, une atteinte à un intérêt fondamental de la société française ainsi qu'il est précisé dans la motivation de la décision attaquée. D'une part, ainsi que l'indique le conseil de la requérante à l'audience, aucune autorité administrative ne peut affirmer, sans méconnaître la séparation des pouvoirs et notamment l'article 66 de la Constitution, qu'une personne s'est " rendue coupable " d'un fait pénalement répréhensible. Toutefois, cet abus de langage, pour aussi particulièrement regrettable qu'il puisse être, est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse dès lors que cette formule grossière renvoie nécessairement aux faits explicités ci-après. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les faits pour lesquels Mme B a été interpellée ont fait l'objet, après " avis magistrat ", d'un " classement 21 " ce qui correspond à la catégorie des " circonstances indéterminées, charges insuffisantes ou insuffisance de preuve " selon la nomenclature retenue par le ministère de la justice, nomenclature qu'il est impossible de trouver sur le site de cette administration mais citée dans l'article " Les pratiques des parquets face à l'injonction politique de réduire le taux de classement sans suite " (Audrey Lenoir, Virginie Gautron, Droit et société 2014/3, n° 88, pages 591 à 606) librement accessible sur le site Internet cairn.info et ne permettent pas, en l'absence de tout autre fait, d'estimer que, pour aussi répréhensibles que puissent être ces faits, le comportement de l'intéressée constitue une menace pour l'ordre public. En conséquence, le préfet ne peut soutenir que le comportement de l'intéressée constitue une menace pour l'ordre et, a fortiori, une atteinte à un intérêt fondamental de la société française dès lors qu'aucune matérialité des faits ne sérieusement peut être retenue. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que le comportement de Mme B constitue une menace pour l'ordre public ou contrevenait à un intérêt fondamental de la société française. Toutefois, l'autorité administrative s'est également fondée sur la circonstance qu'elle ne peut justifier son entrée régulière en 2014 en France or, la " carte de résident longue durée UE " présentée n'a été délivrée qu'en 2019 soit postérieurement à son entrée alléguée en France or elle n'apporte aucun élément tendant à apporter la preuve de son entrée régulière en France.
12. En sixième lieu, Mme B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors que le préfet soutient qu'elle est une charge déraisonnable pour le système d'assurance social français alors qu'elle travaille. Toutefois, si elle justifie d'un emploi, il ressort du procès-verbal d'audition du 16 mars 2023 à 11 heures 05 qu'elle a déclaré être sans ressources. Par ailleurs, l'emploi présenté dans les pièces du dossier et donc postérieurement à la décision en litige concerne un poste d'employé familial depuis peu de temps octroyant un salaire de 611 euros pour le mois de février 2023, 715 euros pour le mois de janvier 2023 et 418 euros pour celui de décembre 2022. Ces salaires sont insuffisants pour justifier la prise en charge, comme allégué, de l'ensemble du foyer composé de trois personnes alors qu'elle déclare un loyer de 650 euros mensuel. Par suite, le préfet n'a commis aucune erreur de fait.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
14. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention susvisée relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
15. Mme B fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu'elle s'y trouve depuis 2014 et qu'elle y vit avec son époux et son fils. Premièrement, l'intéressée ne justifie pas sa date d'entrée en France. Deuxièmement, pour justifier son ancienneté sur le territoire français, elle produit de nombreuses pièces. Toutefois, beaucoup de pièces concernent soit son fils soit son époux et les autres pièces ne portent pas sur les années 2014 et 2016, l'année 2015 n'étant concernée que pour les mois de mars et d'avril. Quant à l'année 2017, les deux seules factures d'un fournisseur d'énergie datées de septembre et novembre sont insuffisantes pour estimer une présence durant cette année. Enfin, l'année 2018 est marquée par l'attestation de scolarisation de l'enfant, dont la filiation n'est au demeurant pas établie au dossier sauf à considérer à cet égard positivement le justificatif de déplacement scolaire daté du 2 novembre 2020, et de courriers d'opérateurs d'énergie et d'un courrier de l'Assurance maladie sollicitant des pièces ce qui est insuffisant pour justifier une présence habituelle cette année. Troisièmement, s'il ressort de l'extrait du livret de famille que Mme B s'est mariée avec M. A C le 20 février 2021 à Montreuil (Seine-Saint-Denis), ce mariage est récent à la date de la décision en litige et si la communauté de vie est présumée dans le cadre d'un mariage, corroborée d'ailleurs par les pièces du dossier depuis 2021, elle ne l'est pas avant en cas de concubinage or, en l'espèce, les documents aux deux noms ne permettent pas, en eux-mêmes, de justifier une ancienneté de la communauté de vie. Quatrièmement, et alors que la filiation pourrait ressortir, ainsi qu'il a été dit, du justificatif de déplacement scolaire daté du 2 novembre 2020, les documents présentés concernant l'enfant Mohamed identifie principalement son père, M. A C, et non Mme B. Ainsi par exemple, pour l'année 2023, il n'y a aucun document relatif à l'enfant au nom de la requérante. Ces éléments ne permettent alors pas, en l'état du dossier, de considérer que l'intéressée contribue à l'entretien et à l'éducation de son fils. Cinquièmement, ainsi qu'il a été dit, l'emploi de l'intéressée est récent et ne porte pas un salaire suffisant. Enfin, Mme B ne saurait être regardée comme dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par ailleurs, rien ne s'oppose à la reconstitution hors de France de sa cellule familiale avec son époux, également marocain, dont la régularité du séjour n'est ni alléguée ni établie, et leur fils âgé seulement de 7 ans. Ainsi la requérante ne justifie pas, à supposer même établie la durée de séjour qu'elle invoque, avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté. Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a davantage pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
16. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". L'article L. 612-2 de ce code dispose que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / (). ". Enfin, l'article L. 613-2 du même code dispose " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
17. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition précité que Mme B ne peut justifier son entrée régulière en France et a déclaré ne pas avoir de ressources. Dès lors, et compte tenu de ce qui a été dit au point 12, le risque de fuite pouvant être regardé comme établi, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu légalement lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. En ne retenant pas de circonstances particulières de nature à renverser cette présomption, cette autorité n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressée. L'autorité préfectorale n'a davantage pas méconnu les stipulations citées au point 13 de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
18. D'une part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Enfin, selon l'article L. 613-2 de ce même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". D'autre part, l'article L. 622-1 du même code prévoit que " Sous réserve des dispositions de l'article L. 622-2, l'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision de remise prise en application de l'article L. 621-1 à l'encontre d'un étranger titulaire d'un titre de séjour dans l'État aux autorités duquel il doit être remis, d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".
19. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que l'époux et l'enfant de Mme B habitent ensemble en France à une adresse stable. En l'absence de toute information concernant la situation de son époux, il ne peut être, en l'état du dossier, soutenu que ce dernier et son enfant n'ont pas vocation immédiatement à quitter le territoire français. Dans ces conditions, en interdisant à Mme B de circuler sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois, le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être accueilli.
20. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la seule décision du 16 mars 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a interdite de circuler sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois mais pas les autres de la même date par lesquelles la même autorité l'a obligée à quitter le territoire français, a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
21. L'annulation prononcée n'implique aucune injonction.
Sur les frais liés au litige :
22. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée par Mme B, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 16 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a interdit Mme E B de circuler sur le territoire français est annulée, sans que Mme E B soit dispensée de son obligation de quitter le territoire français.
Article 2 : le surplus des conclusions de la requête de Mme E B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Lu en audience publique le 4 avril 2023 à 18h14.
Le magistrat désigné,
Signé : G. G
La greffière,
Signé : N. Riellant
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. Riellant
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026