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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2303202

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303202

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303202
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre, JU
Avocat requérantKADIMA KANDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2023, M. C A, représenté par Me Kadima Kande, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté, en date du 6 mars 2023, par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au titre du travail ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à Me Kadima Kande, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- l'obligation de quitter le territoire français litigieuse a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire qui résulte des dispositions des articles L. 211-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen sérieux et particulier de sa situation ;

- il est également entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle, et d'erreur de droit ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, dès lors qu'il vit en France depuis sept ans, qu'il a toujours déclaré ses revenus et qu'il travaille depuis le mois de juillet 2022 comme agent de propreté, sous un contrat de travail passé de durée déterminée à durée indéterminée ;

- lui-même peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. A n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Declercq, président honoraire, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Declercq a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 11h56.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien, qui est entré en France en 2017 selon ses déclarations, a vu sa demande d'asile rejetée par l'OFPRA le 21 juin 2022, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 12 octobre de la même année. Par arrêté du 6 mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne l'a ainsi obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. A demande, à titre principal, au tribunal, de prononcer l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". M. A ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par la décision susvisée du bureau d'aide juridictionnelle du Tribunal, il n'y a pas lieu de prononcer son admission provisoire au bénéfice de cette aide.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger () ".

4. A l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté litigieux, M. A soutient, en premier lieu, que le signataire dudit arrêté n'était pas compétent pour ce faire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne a, par arrêté du 28 février 2023, donné, dans son article 4, délégation à M. B, signataire de l'arrêté contesté, afin de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Ce moyen sera donc écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté contesté, lequel vise notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que la demande d'asile du requérant a été rejetée par l'Office français des réfugiés et apatrides (OFPRA) puis par la Cour nationale du droit d'asile mais qu'il s'est néanmoins maintenu sur le territoire depuis le 21 octobre 2022, date de notification de la décision de la Cour, est ainsi suffisamment motivé, de manière personnalisée, motivation qui ne révèle pas, par ailleurs, un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation personnelle du requérant.

6. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé, lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Le droit d'être entendu implique ainsi que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire ont été définitivement refusés à l'étranger, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande d'asile. Dans ces conditions, le moyen sus-analysé, qui est tiré par M. A de la méconnaissance de son droit d'être entendu, sera lui aussi écarté.

7. En quatrième lieu, si M. A, qui aurait vécu jusqu'à l'âge de 21 ans dans son pays d'origine selon ses déclarations, soutient qu'il réside depuis sept ans en France et que depuis 2022, il est employé comme agent de propreté par la même société, d'abord sur la base d'un contrat à durée déterminée puis, depuis le 13 janvier 2023, sur la base d'un contrat à durée indéterminée, d'une part, il résulte ainsi de ses propres déclarations que le requérant n'est employé de manière stable que depuis peu de temps et d'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a sollicité une première régularisation de sa situation, en présentant à cette fin une demande d'asile, qu'en mai 2022 soit après cinq années de présence en France. Dès lors, et nonobstant la circonstance qu'il a ensuite présenté une demande d'admission au séjour au titre du travail, M. A, qui est célibataire et sans charges de famille en France et qui ne saurait se prévaloir d'aucun droit à la régularisation de sa situation, ni de la circonstance qu'il serait dans l'attente d'un rendez-vous pour déposer son dossier à la suite de sa tardive demande de régularisation, ni encore des " liens affectifs " qu'il aurait tissés avec la France, n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant la décision attaquée, le préfet aurait apprécié sa situation et les conséquences de sa mesure de manière manifestement erronée.

8. Enfin, M. A invoque les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Toutefois, d'une part, le requérant n'apporte aucune précision sur les liens qu'il aurait tissés en France et, d'autre part, il est constant qu'il n'y entretient aucune vie familiale. Ce dernier moyen étant ainsi également écarté, la requête de M. A sera dès lors rejetée, y compris par voie de conséquence du rejet des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 mars 2023, ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de Seine-et-Marne et à Me Kadima Kande.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

M. DECLERCQLa greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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