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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2303219

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303219

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOURKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2023, M. G C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a prononcé son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 modifiant le règlement (CE) n° 1560/2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers ;

- le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction tendant, en cas d'annulation, à enjoindre à l'autorité préfectorale d'enregistrer la demande d'asile de M. C en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale ;

- les observations de Me Tourki, représentant M. C assisté de M. F, interprète assermenté en langue soussou, qui soutient le défaut d'interprète pour la notification de l'arrêté litigieux ainsi que la méconnaissance de l'article 5 du règlement dit " D A " et sollicite qu'il soit enjoint au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer son dossier ;

- M. C, assisté de M. F, interprète assermenté en langue soussou, qui indique avoir été encouragé par sa tante maternelle, âgée de 73 ans et résidant régulièrement en France, pour venir en France.

Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent, ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h20.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant guinéen (République de Guinée), né le 26 novembre 1989 à Matam (République de Guinée), a déposé une demande d'asile et a été mis en possession de l'attestation correspondante le 1er décembre 2022. À l'issue de la procédure de détermination de l'État membre responsable de cette demande d'asile, par l'arrêté susvisé du 21 mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne a prononcé le transfert de M. C aux autorités italiennes. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre État qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. (). ". Selon l'article L. 572-1 de ce code : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. () ".

3. En premier lieu, les conditions de notification de la décision attaquée sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Par conséquent, le moyen tiré de l'absence de notification de l'arrêté litigieux par l'intermédiaire d'un interprète est inopérant et doit en tout état de cause être écarté. Au demeurant, M. C a été en mesure d'ester en justice dans les délais.

4. En second lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4 L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. (). ".

5. M. C soutient n'avoir pas eu avec l'assistance d'un interprète en méconnaissance des dispositions précitées. Il ressort de la fiche recueil n° 985417, signée par lui sans réserve, que M. C a déclaré comprendre le français et le soussou mais souhaiter être auditionné à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) en langue soussou. Le préfet de Seine-et-Marne pouvait donc légitimement estimer qu'il était raisonnable de penser que l'intéressé comprenne le français au sens des dispositions précitées de l'article 5 du règlement dit " D A ". Par ailleurs, il ressort du compte-rendu de l'entretien individuel, également signé par lui sans réserve, qu'il comporte des éléments précis sur sa situation personnelle et son parcours, et notamment des éléments particulièrement précis concernant sa situation en République de Guinée et en République italienne. Dans ces conditions, même si ledit compte-rendu comporte une erreur particulièrement regrettable consistant à mentionner que les brochures ont été traduites, le préfet de Seine-et-Marne n'a entaché la procédure prévue par cet article 5 d'aucun vice. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 5 du règlement dit " D A " en ce que l'entretien individuel n'a pas été mené avec l'assistance d'un interprète.

6. Enfin et à supposer, en présentant à l'audience une attestation d'hébergement de Mme B qu'il présente comme sa tante maternelle, que M. C soulève le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 17 du règlement n° 604/013 du 26 juin 2013 qui prévoit, en son paragraphe 1, que " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement (). ", il ne ressort pas des pièces du dossier que l'attestation présentée à l'audience et mise au contradictoire par le magistrat désigné, a été fournie au préfet de Seine-et-Marne avant l'édiction de son arrêté alors même qu'elle est datée du 30 novembre 2022. En tout état de cause, la filiation n'est pas établie et la simple présentation de ce document ne suffit pas à établir des liens fort entre les deux personnes. Dans ces conditions, en prenant l'arrêté litigieux, le préfet de Seine-et-Marne n'a entaché son arrêté d'aucune erreur manifeste d'appréciation eu regard de l'article 17 précité.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé, en l'état du dossier, à demander l'annulation de l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a prononcé son transfert aux autorités italiennes. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. G C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G C et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : G. Girard-Ratrenaharimanga

La greffière,

Signé : M. E

La République mande et ordonne préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. E

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