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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2303246

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303246

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303246
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mars 2023, M. A B, représenté par Me Gall, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 2 mars 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été accordées en qualité de demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre au l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision contestée :

- est entachée d'un vice de procédure ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et de l'article 20 paragraphe 5 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre une décision ne faisant pas grief au requérant, dès lors que le requérant ne bénéficiait pas des conditions matérielles d'accueil à la date à laquelle cette décision a été prise.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2023/001169 du 21 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Marine Robin, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant soudanais, qui a sollicité l'asile le 21 avril 2021, a été transféré aux autorités italiennes le 19 janvier 2022. L'intéressé est de nouveau entré sur le territoire français le 21 janvier 2022. Par une décision du 2 mars 2023, dont M. B demande l'annulation, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a décidé de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Si M. B sollicite, dans le cadre de sa requête, son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il ressort des pièces du dossier que son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été prononcée par une décision du président du bureau d'aide juridictionnelle du 21 juin 2023. Dès lors, ses conclusions tendant à ce que le tribunal l'admette à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a, par suite, pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision en litige vise les textes applicables, mentionne que M. B a accepté les conditions matérielles d'accueil qui lui ont été proposées, qu'il n'a pas justifié des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acception des conditions matérielles d'accueil et que, enfin, l'évaluation de sa situation personnelle et familiale n'a fait apparaître aucun facteur de vulnérabilité particulier. La décision, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. B comporte, ainsi, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4 En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de la décision attaquée que le directeur général de l'OFII n'ait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. B.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. / () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que l'OFII a mis M. B en mesure de présenter des observations avant de prendre la décision attaquée et que l'intéressé a disposé d'un délai supérieur à 15 jours, conformément aux dispositions qui viennent d'être citées.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".

8. Il résulte de ces dispositions que l'entretien avec le demandeur d'asile, qui a pour objet de connaître l'intégralité de sa situation et d'évaluer ses besoins, doit intervenir à l'occasion du dépôt d'une première demande d'asile et avant que l'OFII ne statue sur l'octroi des conditions matérielles d'accueil. En revanche, ces dispositions ne sauraient être interprétées comme imposant qu'un nouvel entretien ait lieu dans le cadre de l'examen d'une demande de rétablissement de ces conditions matérielles d'accueil après que celles-ci ont été suspendues ou retirées. Il suit de là que M. B ne saurait utilement soutenir que la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière au motif qu'elle n'a pas été précédée d'un entretien préalable.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ".

10. Pour décider de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil qui avaient été accordées à M. B, le directeur général de l'OFII s'est fondé sur le motif que l'intéressé ne s'est pas conformé aux exigences des autorités chargées de l'asile en ne présentant pas à ces autorités. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé s'est opposé à son transfert vers l'Italie le 13 mai 2022 et a été informé des conséquences d'une telle opposition. Si la notification d'intention de cessation des conditions matérielles d'accueil du 27 janvier 2022 était fondée sur le motif erroné selon lequel M. B, après avoir été transféré aux autorités italiennes le 19 avril 2021, est revenu sur le territoire français le 21 avril 2022, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige procède d'une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En sixième et dernier lieu, aux termes du paragraphe 5 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE : " Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. D'une part, la circonstance qu'un demandeur d'asile puisse être privé du bénéfice des conditions matérielles d'accueil du fait d'une décision prise dans les hypothèses et conditions rappelées au point 3, n'est pas incompatible avec les dispositions précitées qui prévoient une telle limitation des conditions matérielles d'accueil, sous réserve d'un accès aux soins médicaux et de la garantie d'un niveau de vie digne.

13. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait été placé dans l'impossibilité de solliciter le bénéficie des dispositifs de soutien prévus en droit interne, notamment à l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatif à l'aide médicale de l'Etat et à l'article L. 345-2-2 du même code relatif à l'hébergement d'urgence.

14. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile seraient incompatibles avec l'article 20 de la directive 2013/33/UE et avec l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que la décision contestée la soumettrait à des traitements inhumains et dégradants.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le directeur général de l'OFII, la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Marine Robin, conseillère,

Mme Héloïse Mathon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

M. Robin

Le président,

T. GallaudLa greffière,

G. Aumond

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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