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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2303367

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303367

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303367
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLABRIKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 avril 2023, M. B A, représenté par

Me Labriki, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 mars 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa demande dans un délai de

15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- il justifie de motifs exceptionnels, et doit donc bénéficier d'un titre de séjour mention vie privée et familiale l'autorisant à travailler.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Pradalié a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 24 avril 1972 à El Jadida (Maroc), est entré sur le territoire français le 29 octobre 2016 selon ses déclarations. Le 22 janvier 2020, il a conclu un pacte civil de solidarité avec sa compagne, ressortissante française. Un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " lui a été délivré le 17 juillet 2020 pour une durée d'un an, par le préfet des Bouches-du-Rhône, alors qu'il était domicilié à Marseille. Ce pacte civil de solidarité a été dissout le 4 janvier 2022. M. A a présenté une demande de titre de séjour mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 8 mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée de refus de séjour vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, ainsi que les articles L.432-5, L.423-23, L.435-1, L. 611-1, L. 611-3, L. 612-1,

L. 612-5, L 612-12, L. 613-3, L.721-3, L.722-1 et R.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle fait notamment état des considérations de fait relatives au pacte civil de solidarité conclu par M. A le 22 janvier 2020 avec sa compagne, ressortissante française, au titre de séjour mention " vie privée et familiale " qui lui a été délivré le 17 juillet 2020 pour une durée d'un an, et à la dissolution de ce pacte civil de solidarité le 4 janvier 2022. Ainsi rédigée, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. L'autorité administrative n'est pas tenue de préciser tous les éléments de la situation d'un ressortissant étranger en l'absence d'obligation en ce sens et la motivation de l'arrêté attaqué s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus par le préfet. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté contesté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet aurait insuffisamment examiné sa situation avant de prendre la décision de refus d'admission au séjour.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de l'accord franco-marocain n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur un autre fondement que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée et après avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

4. Il ressort des pièces du dossier que, à l'appui de sa demande d'annulation de la décision implicite de refus de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié ", M. A se borne à produire des bulletins de salaires établissant une activité professionnelle continue d'octobre 2020 à février 2023. Au regard de cette activité professionnelle de seulement vingt-neuf mois, en l'absence d'aucun autre élément sur la vie privée et familiale en France de M. A depuis la dissolution de son pacte civil de solidarité le 4 janvier 2022, et alors que M. A est père de trois enfants mineurs scolarisés au Maroc, il en résulte que la décision attaquée n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation, ni d'aucune méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été développés au point précédent, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain

du 9 octobre 1987 modifié : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, () sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Indépendamment de l'énumération donnée par les articles

L. 611-3 et L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, qu'il s'agisse d'une obligation de quitter le territoire français ou d'une mesure d'expulsion, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement.

7. Si M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre méconnait les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du

9 octobre 1987 modifié, ces stipulations ne prévoient pas que les titres de séjour portant la mention " salarié " sont délivrés de plein droit. En outre, et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. A ne présente pas de contrat de travail visé par les autorités compétentes, mais seulement des récépissés de demande de titre de séjour portant autorisation de travail, ainsi qu'un document à en-tête du ministère de l'intérieur, l'informant qu'une décision favorable a été prise à la suite de sa demande d'autorisation de travail déposée le 13 février 2023, date correspondant à celle de son dernier récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation de travail. Par suite, le moyen doit en tout état de cause être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

9. En application de ces dispositions, lorsque l'autorité administrative prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, qui est le délai normalement applicable, ou d'un délai supérieur, elle n'est pas tenue de motiver sa décision sur ce point si l'étranger, comme en l'espèce, n'a présenté aucune demande en ce sens. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du délai de départ volontaire fixé par la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

10. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire imparti à M. A serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou d'un défaut d'examen. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Pradalié, premier conseiller,

Mme Tiennot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

G. PRADALIELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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