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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2303448

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303448

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303448
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE NEUILLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Achache, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 janvier 2023 par laquelle l'inspectrice du travail a autorisé la société Pomona à la licencier pour inaptitude médicale ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée, notamment en ce qu'elle ne fait pas mention du harcèlement discriminatoire dont elle estime avoir été victime ;

- elle a été prise en méconnaissance du caractère contradictoire de la procédure en ce que l'inspectrice du travail n'a pas entendu les personnes mis en cause pour les faits de harcèlement et n'a pas recherché les origines de son inaptitude ;

- c'est à tort que l'inspectrice du travail a autorisé son licenciement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2023, la société Pomona, représentée par CMS Francis Lefebvre Avocats, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de Mme B la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête de Mme B est tardive ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) d'Ile-de-France qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2022/4675 du 15 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 91-547 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère ;

- et les conclusions de M. Cyril Dayon, rapporteur public ;

- et les observations de Me Vandekinderen, avocate de la société Pomona.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 novembre 2022, la société Pomona a sollicité auprès de l'administration l'autorisation de licencier pour inaptitude médicale Mme B, salariée protégée. Par une décision du 27 janvier 2023 dont Mme B demande l'annulation, l'inspectrice du travail a autorisé le licenciement de cette dernière.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En vertu du code du travail, les salariés protégés bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par l'inaptitude du salarié, il appartient à l'administration de rechercher si cette inaptitude est telle qu'elle justifie le licenciement envisagé, compte tenu des caractéristiques de l'emploi exercé à la date à laquelle elle est constatée, de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé, des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi et de la possibilité d'assurer son reclassement dans l'entreprise. Si l'autorité administrative doit ainsi vérifier que l'inaptitude du salarié est réelle et justifie son licenciement, il ne lui appartient pas, dans l'exercice de ce contrôle, de rechercher la cause de cette inaptitude ; il en va ainsi, y compris s'il est soutenu que l'inaptitude résulte d'une dégradation de l'état de santé du salarié protégé ayant directement pour origine des agissements de l'employeur dont l'effet est la nullité de la rupture du contrat de travail, tels que, notamment, un harcèlement moral ou un comportement discriminatoire lié à l'exercice du mandat. Toutefois, il appartient en toutes circonstances à l'autorité administrative de faire obstacle à un licenciement en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par un salarié ou avec son appartenance syndicale ; qu'ainsi, alors même qu'il résulterait de l'examen conduit dans les conditions rappelées aux points précédents que le salarié est atteint d'une inaptitude susceptible de justifier son licenciement, la circonstance que le licenciement envisagé est également en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale fait légalement obstacle à ce que l'administration accorde l'autorisation sollicitée.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2421-3 du code du travail : " La demande d'autorisation de licenciement est adressée à l'inspecteur du travail dont dépend l'établissement dans lequel le salarié est employé. Si la demande d'autorisation de licenciement repose sur un motif personnel, l'établissement s'entend comme le lieu de travail principal du salarié () " Aux termes de l'article R. 8122-3 de ce code : " Sans préjudice des dispositions de l'article R. 8121-15, les inspecteurs () du travail exercent leur mission : / 1° Soit dans une unité de contrôle départementale ou infra-départementale ; () ", et aux termes de l'article R. 8122-4 : " Les unités de contrôle de niveau infra-départemental () rattachées à une unité départementale () sont composées de sections, dans lesquelles un inspecteur () du travail exerce ses compétences. / () ".

4. La demande d'autorisation de licenciement formée le 30 novembre 2022 par la société Pomona reposait sur l'impossibilité de reclassement de Mme B du fait d'une inaptitude médicale et par conséquent sur un motif inhérent à la personne du salarié. Il ressort des pièces du dossier que le lieu de travail de la requérante était l'établissement de Rungis

(Val-de-Marne). Par suite, en application de la décision du DRIEETS d'Ile-de-France n° 2021-29 du 1er avril 2021, la demande de licenciement relevait de la compétence de la section 11 de l'unité de contrôle n° 1 du Val-de-Marne. La décision contestée a été signée par Mme C D, inspectrice du travail affectée par intérim à la section 11 de l'unité de contrôle n°1 du Val-de-Marne en vertu de la décision du DRIEETS d'Ile-de-France n°2022-182 du 2 janvier 2023, régulièrement publiée le 4 janvier 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la région Ile-de-France. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'incompétence.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions du code du travail dont elle fait application et notamment les articles L. 2411-1 et L. 1226-2 du code du travail, se réfère à l'avis non contesté du médecin du travail du 22 septembre 2022 qui a déclaré Mme B inapte à tout poste dans l'entreprise et le groupe et que l'état de santé de la salariée faisait obstacle à tout reclassement. Enfin, la décision mentionne que la société Pomona était dispensée de son obligation de reclassement et que la demande d'autorisation de licenciement ne présente pas de lien avec le mandat détenu par la requérante. Ces considérations de droit et de fait, qui portent sur l'ensemble des éléments soumis à l'appréciation de l'inspectrice du travail, sont suffisamment développées pour permettre à Mme B de comprendre les motifs dont il a été tenu compte. En revanche, contrairement à ce que soutient la requérante, la décision de l'inspectrice du travail n'avait pas à préciser la cause de l'inaptitude de la salariée. Par suite, la décision est suffisamment motivée au sens des dispositions de l'article

R. 2421-5 du code du travail.

6. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, si le caractère contradictoire de l'enquête préalable à la délivrance d'une autorisation administrative de licenciement menée conformément aux dispositions de l'article R. 2421-11 du code du travail, implique pour le salarié protégé comme pour son employeur le droit d'être entendu personnellement et individuellement par l'inspecteur du travail et d'être mis à même de prendre connaissance des éléments déterminant recueillis par l'inspecteur du travail au cours de l'enquête contradictoire, elle n'implique pas que l'inspecteur du travail ait obligation d'entendre les personnes mises en cause pour harcèlement par le salarié protégé. Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de la méconnaissance du caractère contradictoire de l'enquête menée par l'inspectrice du travail.

7. En quatrième lieu, Mme B soutient que son inaptitude est liée au harcèlement et aux discriminations qu'elle a subis au sein de la société Pomona et que dès lors, l'inspectrice du travail aurait dû refuser d'autoriser son licenciement. Toutefois, d'une part, ainsi qu'il a été précédemment mentionné, il n'appartenait pas à l'inspectrice du travail de rechercher la cause de l'inaptitude de Mme B. D'autre part, la requérante n'allègue pas que le harcèlement moral et le comportement discriminatoire dont elle estime avoir été victime soit en lien avec l'exercice de son mandat représentatif, pour lequel, au demeurant, elle a été élue postérieurement à son placement en arrêt de travail. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en dépit de son inaptitude et de l'impossibilité de son reclassement, l'inspectrice du travail aurait dû refuser son licenciement.

8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposé en défense, les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative fait obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge

de Mme B la somme que demande la société Pomona au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Pomona au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à la société Pomona.

Copie en sera transmise au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La rapporteure,

F. BouchetLe président,

T. GallaudLa greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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