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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2303483

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303483

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303483
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCALVO PARDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 avril 2023, M. A B, représenté par Me Calvo Pardo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 mars 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui restituer sa carte de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet de Seine-et-Marne ne pouvait lui retirer sa carte de séjour en se fondant sur une prétendue fraude, qui n'existe pas en l'espèce et qui n'est pas établie par l'administration ;

- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Pradalié a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien se disant né le 5 janvier 2004 à Tioroniaradougou (Côte-d'Ivoire), déclare être entré en France en décembre 2019 de façon irrégulière. Il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire en qualité de mineur pris en charge par l'aide sociale avant l'âge de 16 ans, après avoir été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de Seine-et-Marne par un jugement en assistance éducative en date du 20 décembre 2019 du tribunal pour enfants de C. Par un arrêté en date du 22 mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

3. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été interpellé le 18 janvier 2023 par les forces de police dans le cadre d'une affaire pour escroquerie en bande organisée et blanchiment en bande organisée. Dans ce cadre, une carte communale italienne sur laquelle il est indiqué que M. A B est né le 27 mai 2000 a été trouvée au domicile de l'intéressé, ainsi qu'un passeport ivoirien à son nom avec comme date de naissance le 27 mai 2000. M. B ayant été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance de Seine-et-Marne en considération de documents mentionnant une date de naissance le 5 janvier 2004, le préfet de Seine-et-Marne a retiré le titre de séjour dont bénéficiait le requérant au motif d'une fraude commise par l'intéressé pour l'obtention de son titre de séjour.

5. Pour contester la décision litigieuse, M. B soutient que les documents d'identité trouvés par les services de police à son domicile lui avaient été fournis par des passeurs à l'occasion de son passage de la Syrie à Lampedusa en Italie, et produit à l'appui de ses allégations une pièce, qu'il présente comme un passeport ivoirien délivré le 12 juin 2020, alors qu'il était domicilié à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), indiquant qu'il est né le 5 janvier 2004 à Tioroniaradougou (Côte-d'Ivoire), une pièce présentée comme une copie intégrale d'acte de naissance délivrée le

25 février 2020 à Tioroniaradougou par l'officier d'état civil indiquant que M. A B est né le 5 janvier 2004, ainsi que plusieurs documents, se présentant comme des extraits des registres des actes de l'état civil, l'un délivré le 27 septembre 2021 à Tioroniaradougou par l'administrateur civil indiquant que M. A B est né le 5 janvier 2004, l'autre délivré le 1er février 2023 à Tioroniaradougou par le sous-préfet indiquant que M. A B est né le 5 janvier 2004. Enfin, le requérant produit un document se présentant comme un certificat de nationalité ivoirienne, délivré le 3 février 2023 par le président du tribunal de première instance de Korhogo, indiquant que M. A B est né le 5 janvier 2004. Toutefois, d'une part, si le jugement en assistance éducative en date du 20 décembre 2019 du tribunal pour enfants de C n'avait pas, à cette date, remis en cause la minorité de M. B compte tenu des documents d'état-civil produits, il avait retenu pour autant que le discours de M. B est plausible mais invérifiable, et que sa maturité et ses caractéristiques physiques font naturellement penser à un adulte. D'autre part, le requérant n'apporte pas d'élément précis et concret, permettant de douter de l'authenticité des documents d'identité trouvés par les forces de police à son domicile, à savoir une carte communale italienne sur laquelle il est indiqué que M. A B est né le 27 mai 2000, ainsi qu'un passeport ivoirien délivré à Palerme avec comme date de naissance le 27 mai 2000. En outre,

M. B n'apporte aucune explication sérieuse permettant d'expliquer pour quel motif il aurait conservé ces documents à son domicile, alors qu'il s'agirait selon ses affirmations de documents falsifiés fournis par des passeurs. Enfin, le requérant, qui a reconnu lors de son interpellation les faits qui lui étaient présentés, n'apporte pas davantage d'élément sur la mention " VOIR PJHOTO ", portée sur le document présenté comme son passeport ivoirien délivré le 12 juin 2020. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne doit être regardé, dans le cas présent, comme ayant réuni des éléments suffisants permettant d'établir la fraude alléguée par l'administration. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de Seine-et-Marne n'établirait pas la fraude alléguée doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, M. B justifiait d'une présence en France depuis moins de quatre ans, alors qu'il avait vécu auparavant dans son pays d'origine, où il n'établit pas être dépourvu d'attaches privées et familiales. En outre,

M. B n'établit pas disposer en France d'attaches stables et anciennes. Dans ces conditions, et alors en outre qu'il a reconnu les faits d'escroquerie en bande organisée et blanchiment en bande organisée pour lesquels il a été interpellé, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Pradalié, premier conseiller,

Mme Tiennot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

G. PRADALIELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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