vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2303747 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CHAMPAIN |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2023 sous le numéro 2300612, et des mémoires, enregistrés les 27 mars, 20 avril, 4 septembre 2023 et 13 juin 2023, M. B A, représenté par Me Champain demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé par la préfète du Val-de-Marne sur la demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention
" vie privée et familiale " qu'il a présentée le 26 janvier 2022 ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les motifs de la décision en litige ne lui ont pas été communiqués, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision en litige fait une inexacte application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sa requête doit être regardée comme étant dirigée également contre la décision expresse qui a été prise postérieurement à son introduction.
La préfète du Val-de-Marne a présenté des observations, enregistrées le 21 février 2023.
II. Par une requête, enregistrée le 16 avril 2023 sous le numéro 2303747, et des mémoires, enregistrés le 29 mai 2023 et le 12 juin 2024, M. B A, représenté par Me Champain demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français et fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
L'arrêté en litige est, dans son ensemble, entaché d'incompétence ;
La décision de refus de séjour :
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- est entachée d'erreur de droit et méconnaît l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement n° 22001575 du 29 décembre 2020 du tribunal administratif de Pau ;
- fait une inexacte application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné :
- est entachée d'incompétence ;
- doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête ; elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
III. Par une requête, enregistrée le 18 avril 2024 sous le numéro 2404886, et un mémoire, enregistré le 14 juin 2024, M. B A, représenté par Me Champain demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français et fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
L'arrêté en litige est, dans son ensemble :
- entaché d'incompétence ;
- entaché d'une erreur de droit en ce que l'autorité compétente n'a pas procédé à une examen réel et sérieux de sa situation ;
La décision de refus de séjour :
- est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- méconnaît la force obligatoire de l'ordonnance n° 2303545 du juge des référés du 20 avril 2023 ;
- fait une inexacte application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur de droit et méconnaît l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement n° 22001575 du 29 décembre 2020 du tribunal administratif de Pau ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné :
- est entachée d'incompétence ;
- doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 et 25 avril 2024, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête ; elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Timothée Gallaud, président,
- et les observations de Me Carles, substituant Me Champain, avocate de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant de la République du Congo qui était titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " expirant le 13 juillet 2022, a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée familiale " par une demande qu'il a présentée le 26 janvier 2022 et qu'il a complétée à la demande de l'administration le 2 juin 2022. Du silence gardé par la préfète du Val-de-Marne sur cette demande est née une décision implicite de rejet dont M. A a, par la requête enregistrée sous le numéro 2300612, demandé l'annulation pour excès de pouvoir. Par un arrêté du 6 mars 2023, la préfète
du Val-de-Marne a pris une décision expresse sur la demande de l'intéressé, à laquelle elle a opposé une décision de rejet, a pris à l'encontre de M. A une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par la requête enregistrée sous le numéro 2303747, l'intéressé demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir ces décisions. Ainsi que M. A l'expose lui-même dans le dernier état de ses écritures, sa requête enregistrée sous le numéro 2300612 doit être regardée comme étant dirigée contre la décision expresse de refus de séjour ainsi prise le 6 mars 2023, qui se substitue à la décision implicite de rejet née antérieurement. Après que le juge des référés a, par une ordonnance
n° 2303545 du 20 avril 2023, ordonné la suspension de la décision de la décision expresse de refus de séjour qui vient d'être évoquée et enjoint à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa demande, cette dernière a, par un arrêté du 7 mars 2024, rejeté à nouveau la demande de M. A tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", pris à l'encontre de l'intéressé une obligation de quitter le territoire français et fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par la requête enregistrée sous le numéro 2404886, l'intéressé demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir ces décisions.
2. Les trois requêtes visées ci-dessus présente à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune de sorte qu'il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré régulièrement en France le 1er août 2016 pour y accomplir des études et y a séjourné régulièrement pour ce motif jusqu'à l'année 2022, au cours de laquelle il a régulièrement demandé le renouvellement de son titre de séjour en se prévalant de sa vie privée et familiale, demande qui a fait l'objet des décisions évoquées ci-dessus, qui font l'objet du présent litige. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé entretient une communauté de vie depuis au moins l'été 2020 avec une ressortissante française avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité le 3 septembre 2021. Dans ces conditions, tant à la date du premier arrêté attaqué qu'à celle du second, compte tenu de sa situation privée et familiale et de l'ancienneté de son séjour en France, le refus d'autoriser le séjour de M. A porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Par suite, M. A est fondé à demander l'annulation de ces décisions, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête. L'annulation de chacune de ces décisions emporte, par voie de conséquence, l'annulation des décisions prises le même jour, portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays à destination duquel l'intéressé est susceptible d'être éloigné.
5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation des décisions attaquées implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que la carte de séjour temporaire qu'il avait sollicitée soit délivrée à M. A sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de délivrer cette carte de séjour temporaire au requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En outre, l'annulation prononcée implique nécessairement que M. A soit muni d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de la délivrance d'une carte de séjour temporaire. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de délivrer sans délai une telle autorisation provisoire de séjour à l'intéressé. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par M. A
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : Les arrêtés du 6 mars 2023 et du 7 mars 2024 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer une carte de séjour temporaire au à M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir sans délai, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
M. Félicie Bouchet première conseillère
M. Dominique Binet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
T. GallaudL'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
F. Bouchet
La greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2300612, 2303747 et 2404886
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026