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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2303802

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303802

vendredi 25 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303802
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP FOUSSARD-FROGER

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de la société Cottage du Park, qui demandait l'annulation de l'arrêté du maire de Pontcarré refusant un permis de construire précaire pour des cottages et un bâtiment d'accueil. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé au regard de l'article R. 424-5 du code de l'urbanisme. Il a également estimé que la mention de l'article R. 421-5 du même code était surabondante et a substitué le fondement légal de la décision, retenant que le refus était justifié par les dispositions de l'article L. 433-1 du code de l'urbanisme, le projet portant une atteinte disproportionnée au règlement du plan local d'urbanisme en zone N.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 17 avril 2023, le 26 mai 2023 et le 1er décembre 2023, la société Cottage du Park, représentée par la SCP Foussard-Froger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2022 par lequel le maire de Pontcarré a refusé de lui délivrer un permis de construire, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux introduit le 19 décembre 2022 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Pontcarré de lui délivrer le permis de construire précaire sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé en méconnaissance des dispositions de l'article R. 424-5 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il se fonde à tort sur l'article R. 421-5 du code de l'urbanisme qui concerne les permis temporaires et non précaires ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article L. 433-1 du code de l'urbanisme qui permettent d'autoriser à titre précaire une construction ne satisfaisant pas aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme ; le projet ne porte pas une atteinte disproportionnée aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme ;

- la substitution de base légale sollicitée en défense ne peut être admise dès lors que les articles L. 433-1 et R. 421-5 du code de l'urbanisme n'ont pas une portée équivalente et que le maire n'a pas le même pouvoir d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 29 septembre 2023 et le 9 janvier 2024, la commune de Pontcarré, représentée par AAPRI TEJAS avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est suffisamment motivé ;

- en se fondant sur l'article R. 421-5 du code de l'urbanisme, la commune a seulement entendu préciser de façon surabondante que la société n'était pas davantage fondée à solliciter un permis temporaire ;

- il y a lieu de procéder à une substitution du motif de la décision attaquée sur le fondement des dispositions de l'article L. 433-1 du code de l'urbanisme.

Par une ordonnance du 6 février 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,

- les conclusions de Mme Blanc, rapporteure publique,

- et les observations de Me Soussin, représentant la société Cottage du Park, et Me Sanonte, représentant la commune de Pontcarré.

Considérant ce qui suit :

1. Par une demande en date du 9 mai 2022, la société Cottage du Park a sollicité auprès de la commune de Pontcarré la délivrance d'un permis de construire précaire sur une parcelle cadastrée A414, sise 11 Grande Rue à Pontcarré, ayant pour objet la régularisation de l'installation de 23 cottages et d'un bâtiment d'accueil ayant un office traiteur et des sanitaires dans le domaine du Parc. Par un arrêté du 12 octobre 2022, le maire de la commune a refusé ce permis de construire. La société a introduit le 19 décembre 2022 un recours gracieux, qui a implicitement été rejeté. Par la présente requête, la société requérante demande d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2022, ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que le maire a visé les dispositions du code de l'urbanisme sur lesquelles il a fondé sa décision, le plan local d'urbanisme dans sa version applicable, ainsi que les différents avis des autorités saisies. D'autre part, il indique que le projet consiste en la réalisation de 23 cottages et l'extension d'un bâtiment en vue de créer un accueil et un office traiteur, que la parcelle est située en zone N et qu'au regard de l'article R. 421-5 du code de l'urbanisme, le projet sera implanté pour une durée de 15 ans. Ainsi, l'arrêté précise les motifs de refus de l'autorisation d'urbanisme sollicitée par la société pétitionnaire. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué mentionne les éléments de droit et fait qui le fondent et ont permis à cette dernière de comprendre et de contester le motif de refus opposé. Par suite, ce moyen sera écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-5 du code de l'urbanisme : " Sont dispensées de toute formalité au titre du présent code, en raison de la faible durée de leur maintien en place ou de leur caractère temporaire compte tenu de l'usage auquel elles sont destinées, les constructions implantées pour une durée n'excédant pas trois mois. Toutefois, cette durée est portée à : a) Un an en ce qui concerne les constructions nécessaires : - au relogement d'urgence des personnes victimes d'un sinistre ou d'une catastrophe naturelle ou technologique ; - à l'hébergement d'urgence des personnes migrantes en vue de leur demande d'asile ; b) Une année scolaire ou la durée du chantier de travaux en ce qui concerne les classes démontables installées dans les établissements scolaires ou universitaires pour pallier les insuffisances temporaires de capacités d'accueil ; c) La durée du chantier, en ce qui concerne les constructions temporaires directement nécessaires à la conduite des travaux ainsi que les installations liées à la commercialisation d'un bâtiment en cours de construction et pour une durée d'un an en ce qui concerne les constructions nécessaires au maintien des activités économiques ou des équipements existants, lorsqu'elles sont implantées à moins de trois cents mètres du chantier ; d) La durée d'une manifestation culturelle, commerciale, touristique ou sportive, dans la limite d'un an, en ce qui concerne les constructions ou installations temporaires directement liées à cette manifestation. A l'issue de cette durée, le constructeur est tenu de remettre les lieux dans leur état initial ".

4. Il ressort des pièces du dossier et notamment du cerfa de demande et de la notice jointe qu'un permis précaire pour 15 ans a été sollicité sur le fondement de l'article L. 433-1 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, le maire de la commune a commis une erreur de droit en opposant dans son arrêté les dispositions précitées de l'article R. 421-5 du code de l'urbanisme qui ne sont applicables qu'aux constructions temporaires. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être accueilli.

5. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

6. Aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'urbanisme : " Une construction n'entrant pas dans le champ d'application de l'article L. 421-5 et ne satisfaisant pas aux exigences fixées par l'article L. 421-6 peut exceptionnellement être autorisée à titre précaire dans les conditions fixées au présent chapitre. / Dans ce cas, le permis de construire est soumis à l'ensemble des conditions prévues par les chapitres II à IV du titre II du présent livre ". L'objet des dispositions relatives aux permis de construire précaires est d'autoriser, à titre exceptionnel, des constructions temporaires qui, sans respecter l'ensemble de la règlementation d'urbanisme applicable, répondent à une nécessité caractérisée, tenant notamment à des motifs d'ordre économique, social, culturel ou d'aménagement, et ne dérogent pas de manière disproportionnée aux règles d'urbanisme applicables eu égard aux caractéristiques du terrain d'assiette, à la nature de la construction et aux motifs rendant nécessaire le projet.

7. Il ressort des pièces du dossier que le projet de la société pétitionnaire consiste en l'installation de 23 cottages démontables à des fins d'hébergement, d'un bâtiment d'accueil ayant un office traiteur et de sanitaires dans le domaine du Parc, vaste ensemble dédié aux organisations d'évènements, situé en zone N du règlement du plan local d'urbanisme. La société requérante soutient que le projet est fondé sur un motif d'ordre économique lié à l'attractivité du site dédié à l'évènementiel. Toutefois, les pièces produites ne permettent notamment pas d'établir que l'offre d'hébergement touristique dans ce secteur serait insuffisante et que la nécessité, notamment économique, d'une telle construction dans une zone protégée serait caractérisée. Par ailleurs, eu égard aux dimensions occupées par ces bungalows et à l'extension de l'office traiteur pour une surface de plancher créée de 877,43 m² et à l'absence de motif rendant nécessaire le projet, ce dernier porte une atteinte disproportionnée aux règles d'urbanisme applicables qui protègent un espace naturel et inconstructible. Par suite, il résulte de ce qu'il vient d'être dit que ce motif aurait été de nature à fonder légalement l'arrêté attaqué et que la commune de Pontcarré aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Par suite, il y a lieu d'accueillir cette demande de substitution de motifs.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Pontcarré, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Cottage du Park demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société Cottage du Park la somme demandée par la commune en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Cottage du Park est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Pontcarré au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Cottage du Park et à la commune de Pontcarré.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,

M. Collen-Renaux, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2025 .

La rapporteure,

J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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