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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2303803

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303803

mercredi 29 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303803
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre, JU
Avocat requérantBERBAGUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance, datée du 14 avril 2023, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au greffe du tribunal administratif de Melun le dossier de la requête, enregistrée le 22 mars 2023, par laquelle M. C D, demeurant à Villejuif dans le département du Val-de-Marne, représenté par Me Berbagui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 21 mars 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne :

- l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;

- l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

- a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à défaut, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte.

M. D soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'incompétence de leur auteure, Mme B A ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il est entaché d'un défaut de motivation en fait en violation des articles 1er et 3 de la loi du 11 juillet 1979 ;

- il est entaché d'erreur de droit en ce que la préfète a méconnu les stipulations de du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- il viole les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle ne mentionne pas l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui en est le fondement ; elle est donc entachée d'un défaut de motivation en droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :

- elle est insuffisamment motivée en violation des dispositions de la loi du 12 avril 2000 ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la préfète n'a pas mentionné les éléments sur lesquels elle a fondé cette décision ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les articles 3, 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle n'est ni motivée en droit, ni motivée en fait.

Vu :

- l'arrêté litigieux de la préfète du Val-de-Marne en date du 21 mars 2023 ;

- les pièces, enregistrées le 27 novembre 2023, présentées pour la préfète du Val-de-Marne par Me Termeau ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Freydefont pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 28 novembre 2023 en présence de M. Ngassaki, greffier d'audience :

- M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport et informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de soulever d'office un moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour sont irrecevables en l'absence d'une telle décision ;

- les observations de Me Capuano, représentant la préfète du Val-de-Marne, défendeur, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. D, requérant, n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 11 heures.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. ".

2. Par un arrêté du 21 mars 2023 notifié le même jour à 15 heures 15, la préfète du Val-de-Marne a, sur le fondement des 1° et 5° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. C D, ressortissant algérien né le 27 mars 1989 à Mila, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la requête susvisée, enregistrée le 22 mars 2023, M. D demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté, ensemble la décision de refus de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

3. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni de son dispositif, ni 'aucune pièce du dossier que la préfète du Val-de-Marne aurait pris une décision de refus de titre à l'encontre de M. D, lequel n'a au demeurant pas sollicité de cette autorité administrative la délivrance d'un quelconque titre de séjour. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de titre de séjour doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne les moyens communs aux autres décisions attaquées :

4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B A, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, qui bénéficiait d'une délégation de signature de la préfète du Val-de-Marne en vertu d'un arrêté n° 2022-02173 du 20 juin 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs. Le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté contesté manque ainsi en fait et ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-12 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " ; aux termes de l'article L. 613-2 dudit code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

6. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de l'obligation faite à M. D de quitter le territoire français puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et les 1° et 5° de l'article L. 611-1 précité et mentionne que le requérant déclare être entré en France le 1er janvier 2022 sans être en mesure de justifier de la régularité de cette entrée et qu'il se maintient irrégulièrement en France. L'arrêté précise également que l'intéressé a été interpellé et placé en garde-à-vue le 21 mars 2023 pour des faits de vente à la sauvette, offre, vente exposition dans un lieu public sans autorisation à Villejuif. L'arrêté indique que la décision qui opposée à M. D ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'elle ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et à sa vie familiale dès lors que l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément à l'obligation prévue à l'article L. 613-1 précité.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " ; aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".

8. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de la décision de refus de délai de départ volontaire opposée à M. D puisqu'en plus de ce qui a été développé au point 5, l'arrêté vise les articles L. 612-2 et L. 612-3, et plus spécifiquement son 1° et précise que M. D ne peut justifier être régulièrement en France. Il résulte de ce qui précède que le refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivé en droit comme en fait.

9. De plus, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de la décision fixant le pays de destination puisqu'il vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise la nationalité de M. D, en l'espèce algérienne, et indique que celui-ci n'établit pas être exposé à des peines ou traitements inhumains et dégradants. Il résulte de ce qui précède que le refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivé en droit comme en fait.

10. Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " ; aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

11. Il résulte des dispositions précitées que, si une décision d'interdiction de retour doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger ; elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

12. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait fondement de l'interdiction faite à M. D de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 612-6, L. 612-10 à L. 612-12 du code, et reprend les éléments de faits mentionnés au point 6, à savoir sa date d'entrée alléguée en France le 1er janvier 2012, sa situation personnelle et familiale et son interpellation et son placement en garde à vue. Si le requérant fait plus particulièrement valoir que la préfète n'a pas motivé son interdiction de retour au regard des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 précité du code, en n'indiquant pas s'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, cette prise en compte n'est pas obligatoire ainsi qu'il a été dit au point précédent. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée conformément aux dispositions de l'article L. 613-2.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

14. M. D soulève la violation de ces stipulations. Toutefois, il n'assortit ce moyen d'aucun élément relatif à la réalité et à l'intensité de sa vie privée et familiale en France. D'une part, sa date d'entrée alléguée en France le 1er janvier 2022 et par suite sa durée de présence sur le territoire français ne ressort d'aucune pièce du dossier. Au demeurant, à supposer cette date d'entrée avérée, cela ne confèrerait au requérant que 14 mois de présence en France, ce qui est insuffisant pour établir qu'il y aurait établi le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Et ce d'autant plus qu'il n'est pas contesté que M. D est célibataire sans enfant en France. S'il soutient avoir en France de la famille, à savoir sa sœur et sa mère qui serait très malade, il ne l'établit nullement. D'autre part, le requérant ne se prévaut d'aucune insertion, notamment professionnelle, en France. Enfin, M. D ne démontre pas être isolé dans son pays d'origine qu'il a quitté selon ses déclarations à l'âge de 33 ans. Il résulte de ce qui précède que la préfète n'a porté aucune atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale et que, par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié doit être écarté comme infondé.

15. Pour les mêmes raisons M. D n'est pas davantage fondé à soutenir que les différentes décisions contenues dans l'arrêté préfectoral litigieux seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

16. En quatrième lieu, M. D ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission exceptionnelle au séjour dans la mesure où, ressortissant algérien, son droit au séjour en France est entièrement régi par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

En ce qui concerne les moyens spécifiques à l'obligation de quitter le territoire français :

17. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".

18. En premier lieu, si M. D soutient que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence du refus de titre de séjour qui en est le fondement, il résulte de ce qui a été développé au point 3 qu'aucun refus de titre n'a été opposé à M. D et de ce qui a été développé aux points 1 et 2 que l'obligation de quitter le territoire français a été prise sur le fondement des 1° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, c'est-à-dire sur la double circonstance qu'il ne peut justifier de son entrée régulière en France et que son comportement constitue un trouble à l'ordre public, et non sur le 3° de cet article, c'est-à-dire sur le fait qu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour.

19. En second lieu, si M. D soutient que l'obligation de quitter le territoire français ne mentionne pas l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui en est le fondement, il résulte de ce qui a été développé au point 2 que cette mesure d'éloignement a pour fondement légal les 1° et 5° de l'article L. 611-1 qui a remplacé à partir du 1er mai 2021 l'ancien article L. 511-1.

En ce qui concerne les moyens spécifiques à l'interdiction de retour sur le territoire français :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui précède sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que M. D n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le même territoire serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

21. En deuxième lieu, il ressort de ce qui a été développé au point 12 que la préfète a fondé son interdiction de retour sur des éléments de faits propres à la situation de M. D, à savoir son entrée alléguée en France en janvier 2022, sa situation personnelle et familiale en France, et son interpellation et son placement en garde à vue le 21 mars 2023. Si la préfète n'a pas précisé que M. D ne s'était soustrait à aucune mesure d'éloignement précédente, cette précision n'était pas nécessaire ainsi qu'il a été dit au point 11.

22. En troisième lieu, M. D ne saurait utilement invoquer la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre d'une interdiction de retour de sur le territoire français, décision qui ne fixe pas le pays de destination.

23. En quatrième lieu, M. D ne saurait utilement invoquer la violation de l'article 5 de cette même convention, article relatif au droit à la liberté et à la sûreté à l'encontre d'une interdiction de retour de sur le territoire français qui ne porte pas atteinte à la liberté et à la sûreté du requérant.

En ce qui concerne les moyens spécifiques à la décision fixant le pays de destination :

24. En premier lieu, il résulte de ce qui précède sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

25. En dernier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a repris les dispositions de l'article L. 513-2 du même code dans sa nomenclature antérieure au 1er mai 2021 : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " ; aux termes de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " M. D soulève la violation de ces dispositions et stipulations. Toutefois, il ne démontre pas de manière probante qu'il serait directement et personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour forcé dans son pays d'origine, soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. Au surplus, l'intéressé ne démontre ni même n'allègue avoir déposé une demande d'asile depuis son arrivée alléguée sur le territoire français en janvier 2022 ; au contraire, il ressort de son audition du 21 mars 2023 qu'il a déclaré ne pas être persécuté dans son pays d'origine et être venu en France pour aider sa sœur et sa mère qui est très malade.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 mars 2023 de la préfète du Val-de-Marne doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLe greffier,

Signé : G. Ngassaki

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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