jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2303805 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ROCHICCIOLI |
Vu la procédure suivante :
I. Par une ordonnance n° 2302875 du 14 avril 2023, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Melun sous le n° 2303805, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête, enregistrée le 1er mars 2023, par laquelle M. B D, représenté par Me Rochiccioli, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite rejetant son recours gracieux dirigé contre l'arrêté du 19 mars 2019 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise d'abroger l'arrêté du 19 mars 2019 par lequel il l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
3°) de mettre à la charge du préfet du Val-d'Oise le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d'un défaut de communication de ses motifs ;
- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer en faisant valoir qu'une décision explicite est intervenue le 12 décembre 2022 qui a implicitement abrogé la décision implicite querellée.
II. Par une requête, enregistrée le 3 mai 2023 sous le n° 2304406, M. D, représenté par Me Rochiccioli, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision explicite de refus d'abrogation prise par le préfet du Val-d'Oise le 12 décembre 2022 ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise d'abroger son arrêté du 19 mars 2019 portant obligation de quitter le territoire français ainsi qu'interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
- la décision querellée est entachée d'incompétence de sa signataire, Mme F E, cheffe de section qui ne justifie pas d'une délégation de signature écrite, spéciale et régulièrement publiée ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation en ce qu'il a sollicité non pas l'examen de sa demande de titre de séjour mais bien l'abrogation de l'arrêté du 19 mars 2019 ;
- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Freydefont ;
- et les observations de Me Sainte Fare Garnot, substituant Me Rochiccioli, représentant M. D.
Le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer des conclusions à l'audience par le président de la formation de jugement, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () / 2° Lorsque la demande ne s'inscrit pas dans une procédure prévue par un texte législatif ou réglementaire ou présente le caractère d'une réclamation ou d'un recours administratif () ". Il ressort des pièces du dossier que M. D, ressortissant algérien né le 15 décembre 1977 à Alger, a fait l'objet le 19 mars 2019 d'un arrêté par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par courrier du 25 août 2022, reçu par les services préfectoraux du Val-d'Oise le 7 septembre suivant, M. D a sollicité l'abrogation des décisions contenues dans cet arrêté. Le silence gardé par le préfet sur cette demande pendant plus de deux mois a fait naître, en application des dispositions de l'article L. 231-4 précité du code des relations entre le public et l'administration, une décision implicite de rejet dont M. D demande, par la première requête enregistrée sous le n° 2303805, l'annulation. Ces conclusions doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 12 décembre 2022 par laquelle le préfet du Val d'Oise a explicitement rejeté sa demande d'abrogation du 25 août 2022, qui s'est substituée à la décision implicite de rejet précitée, et dont M. D demande par ailleurs l'annulation par la seconde requête enregistrée sous le n° 2304406.
2. Les requêtes nos 2303805 et 2304406 émanent du même requérant et présentent à juger des questions semblables ; il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
3. En premier lieu, par arrêté n° 22-181 du 30 novembre 2022 régulièrement publié le 30 novembre suivant au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le Val-d'Oise, le préfet de ce département a donné à Mme F E, chef de section du contentieux à la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture et signataire de l'arrêté contesté, délégation aux fins de signer notamment la décision querellée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision du 12 décembre 2022 doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " Il ressort des termes de la décision préfectorale du 12 décembre 2022 qu'elle comporte les considérations qui en constituent le fondement et qu'elle satisfait, par suite, à l'obligation de motivation édictée aux articles précités.
5. En troisième lieu, M. D soulève un défaut d'examen sérieux de sa demande en ce qu'il a sollicité l'abrogation de l'arrêté du 19 mars 2019 et non comme il est mentionné dans la décision litigieuse du 12 décembre 2022 l'examen de sa demande de titre. Mais il ressort des termes de cette décision que le préfet du Val-d'Oise n'a pas statué sur une nouvelle demande de titre de séjour du requérant mais bien sur un recours dirigé contre l'arrêté du 19 mars 2019.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". M. D invoque ces stipulations pour soutenir que le préfet a, par la décision querellée, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ; il se prévaut notamment de ce que sa famille, à savoir lui-même, son épouse, Mme A C, avec laquelle il est marié depuis le 18 août 2005, et leurs deux enfants nés en 2011 et 2013 en Algérie, vit en France depuis juin 2017, et de ce qu'il est inséré professionnellement en France puisqu'il est actuellement employé par la société ESF Elec en contrat à durée indéterminée en qualité d'électricien pour un salaire mensuel brut de 1 918,79 euros. Toutefois, les circonstances ainsi invoquées ne sont pas de nature à établir, eu égard notamment à la possibilité d'une reconstitution de la cellule familiale en Algérie à la date de la décision attaquée, et alors que le requérant s'est illégalement soustrait à l'exécution de l'arrêté du 19 mars 2019 lui faisant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, que le préfet du Val d'Oise, en refusant d'abroger ledit arrêté, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.
7. Pour les mêmes raisons que celles développées au point précédent, le moyen tiré de ce que la décision querellée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle, professionnelle et familiale de M. D sera écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " (). / L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. " Les circonstances nouvelles invoquées par M. D depuis l'arrêté du 19 mars 2019 ne sont pas de nature à démontrer que les mesures contenues dans cet arrêté seraient devenues illégales. Au demeurant, la demande d'abrogation de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. D est irrecevable dès lors que l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile exige qu'une telle demande soit présentée depuis l'étranger.
9. En dernier lieu, si M. D soulève une erreur de droit tirée de ce que le préfet ne peut fonder son refus d'abrogation de l'arrêté du 19 mars 2019 sur la seule non-exécution de l'obligation de quitter le territoire français qu'il contenait, un tel moyen sera écarté comme infondé dès lors qu'il ne ressort pas des termes de la décision litigieuse que le préfet se serait cru tenu par la non-exécution de la mesure d'éloignement du 19 mars 2019 pour rejeter la demande d'abrogation de son arrêté du 19 mars 2019.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé d'abroger son arrêté du 19 mars 2019 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, seront également rejetées les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Val-d'Oise.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Freydefont, premier conseiller,
Mme Jean, première conseillère.
Rendu public après mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
Le rapporteur,
Signé : C. Freydefont
Le président,
Signé : N. Le Broussois Le greffier
Signé : G. Ngassaki
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°s 2303805
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026