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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2303856

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303856

mercredi 29 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303856
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre, JU
Avocat requérantROQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance, datée du 14 avril 2023, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au greffe du tribunal administratif de Melun le dossier de la requête, enregistrée le 13 avril 2023, par laquelle M. C D, demeurant 1 rue Eugène Pottier à Champigny-sur-Marne (94500), représenté par Me Roques, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 11 avril 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine :

- l'a obligé à quitter le territoire français ;

- lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- a fixé le pays de renvoi ;

- l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou " salarié " à la lueur de la présente décision et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, lequel prévoit que le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, en tenant compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée ; en l'espèce, il a été contraint, pour faire valoir ses droits, d'exposer des frais irrépétibles qu'il serait inéquitable de laisser à sa charge.

M. D soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de son auteur, M. B, qui ne justifie pas en l'état d'une délégation de signature régulière c'est-à-dire spéciale, publiée et écrite ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en violation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît le 6° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions du 8ème alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés le 22 novembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Vu :

- l'arrêté litigieux du préfet des Hauts-de-Seine en date du 11 avril 2023 ;

- la pièce, enregistrée le 27 novembre 2023, présentée pour M. D ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Freydefont pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 28 novembre 2023 en présence de M. Ngassaki, greffier d'audience :

- M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport ;

- Me Roques, représentant M. D, requérant présent, qui reprend les conclusions de sa requête par les mêmes moyens.

Le préfet des Hauts-de-Seine, défendeur, n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 12 heures.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. ".

2. Par un arrêté du 11 avril 2023 notifié le même jour à 17 heures 55, le préfet des Hauts-de-Seine a, sur le fondement du 2°, en fait du 3°, de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. C D, ressortissant algérien né le 17 mars 1985, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la requête susvisée, enregistrée le 13 avril 2023 à 17 heures 15, M. D demande l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, de la décision fixant le pays de destination et de l'interdiction de retour sur le territoire français contenues dans cet arrêté préfectoral.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

3. Il ressort des pièces du dossier que M. D est marié depuis le 13 mars 2022 à Mme A E, ressortissante française née le 21 octobre 1991 et titulaire d'une carte nationale d'identité valable jusqu'au 10 juin 2033. De leur union, antérieure à leur mariage, est née le 6 janvier 2021 une petite Meriem Malak. La communauté de vie entre les conjoints est établie au moins depuis la date de naissance de leur fille, soit depuis le 6 janvier 2021 puisque les conjoints ont déclaré sur l'acte de naissance de leur enfant une adresse commune au 1 rue Eugène Pottier à Champigny-sur-Marne (94500). C'est d'ailleurs aussi cette adresse qui figure sur l'ancien certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " de M. D valable du 21 juillet 2021 au 20 juillet 2022 dont il a sollicité le renouvellement. C'est sur le fondement du refus de renouvellement de ce titre de séjour au motif que l'intéressé n'a pas apporté d'éléments relatifs à la réalité de sa vie commune avec Mme E que le préfet a pris l'obligation de quitter le territoire français, en application du 3° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non du 2° de ce même articlé visé par erreur dans l'arrêté. Ce faisant, il a entaché sa décision d'une erreur de droit : en effet, l'adresse de l'intéressé étant la même que celle qui figure sur son ancien titre de séjour, à savoir le 1 rue Eugène Pottier à Champigny-sur-Marne, la vie commune est présumée avec Mme E qui demeure à la même adresse ainsi qu'en attestent l'acte de naissance de leur fille du 6 janvier 2021, leur certificat de mariage du 20 avril 2022, leurs quittances de loyer et un certain nombre de factures établies aux deux noms. Ainsi, le requérant n'a de toute évidence pas déménagé depuis que lui a été délivré son précédent titre de séjour en juillet 2021 ; par suite, c'est de manière non fondée que le préfet lui oppose l'absence de preuve de communauté de vie avec Mme E. Il s'ensuit que c'est à bon droit que le requérant soulève un défaut d'examen sérieux de sa situation constitutive d'une erreur de droit. Il en résulte que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, l'obligation de quitter le territoire français encourt l'annulation, ainsi que par voie de conséquence, le refus de délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de renvoi et l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions accessoires :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu du motif retenu par le préfet pour fonder son obligation de quitter le territoire français d'une part et du motif d'annulation de cette mesure d'éloignement exposé au point précédent d'autre part, cette annulation implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de procéder au réexamen de la situation de M. D dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en mettant à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté en date du 11 avril 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. D à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la situation de M. D dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. D la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLe greffier,

Signé : G. Ngassaki

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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