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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2303860

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303860

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303860
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantSAOUDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 avril 2023 et un mémoire non communiqué enregistré le 24 janvier 2024, M. C A, représenté par Me Saoudi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté non daté, notifié le 16 mars 2023, par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour et a prononcé son expulsion du territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. A soutient que :

- la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'a pas été condamné ou n'a pas commis de nouveaux faits depuis sa libération en septembre 2019, qu'il a étudié et obtenu des diplômes professionnels et a travaillé régulièrement en France, que sa mère et ses frères et sœurs vivent en France, que sa femme et lui souhaitent continuer à vivre ensemble et qu'il a toujours contribué à l'entretien de ses enfants et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision portant expulsion est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas un risque avéré de trouble à l'ordre public, qu'il justifie de réels efforts d'insertion professionnelle et qu'elle le prive de sa famille ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Blanc,

- les conclusions de Mme Morisset, rapporteure publique,

- et les observations de Me Saoudi, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais, est entré le 21 janvier 2013 dans le cadre du regroupement familial. Il a été titulaire d'un titre de séjour du 2 septembre 2013 au 22 octobre 2015, puis du 15 novembre 2017 au 14 novembre 2020. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par arrêté non daté notifié le 16 mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé et a décidé de son expulsion. Par la présente requête, il demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français en 2013, à l'âge de 17 ans, dans le cadre d'une procédure de regroupement familial. Il a fait l'objet d'une condamnation le 12 décembre 2017 par le tribunal correctionnel de Paris au paiement d'une amende de 500 euros pour outrage à un agent exploitant de réseau de transport de personnes et menace de crime ou de délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un chargé de mission public, d'une condamnation le 6 février 2019 par le tribunal correctionnel de Compiègne à deux ans de prison dont un an assorti d'un sursis pour rébellion, menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant concubin et violence sans incapacité par une personne étant concubin, et d'une condamnation le 2 juillet 2020, à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis, pour des faits commis antérieurement à la précédente condamnation (le 23 septembre 2018), par la chambre des appels correctionnels de Paris pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint ou concubin. Toutefois, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'intéressé se serait rendu coupable d'autre infraction, alors que le préfet de Seine-et-Marne ne fait état d'aucun autre fait criminel ou délictueux qu'aurait commis M. A depuis sa sortie de prison le 25 septembre 2019. De plus, M. A établit que sa mère et son frère séjournent régulièrement sur le territoire français. Il ressort également des pièces du dossier qu'il est le père de quatre enfants français, qu'il a eu avec une ressortissante française, nés le 12 février 2017, le 18 février 2018, le 10 janvier 2019 et le 21 février 2023. Si la mère de ces enfants a été la victime des faits qu'il a commis, il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du 5 mai 2021, le juge de l'application des peines a ordonné la mainlevée de l'interdiction d'entrée en relation avec cette dernière qui avait été fixée par le jugement rendu le 6 février 2019 et que M. A et Mme B ont exprimé leur volonté de reprendre une vie commune à l'issue de la mesure de justice. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A justifie contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants par la production de témoignages circonstanciés, de factures et de photographies. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances particulières de l'espèce, eu égard au caractère ancien des faits commis, malgré leur gravité, et à la circonstance qu'il ne s'est pas signalé défavorablement depuis sa sortie de prison le 25 septembre 2019 et compte tenu des liens privés et familiaux dont il peut se prévaloir en France, l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels il a été pris, en méconnaissance des stipulations précitées.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté notifié le 16 mars 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour et a décidé son expulsion.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'administration de délivrer au requérant un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Seine-et-Marne notifié le 16 mars 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Blanc, conseillère,

Mme Senichault de Izaguirre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

La rapporteure,

T. BLANCLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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