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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2303914

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303914

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303914
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantVI VAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 avril 2023, M. B A, représenté par Me Vi Van, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 30 mars 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne a mis fin à sa prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance à compter du 7 avril 2023, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Val-de-Marne de lui accorder le bénéfice d'une prise en charge provisoire dans le délai 24 heures à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et ce, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond, étant précisé que cette prise en charge inclura un hébergement, des ressources financières ainsi qu'un accompagnement social et administratif adapté, avec l'élaboration d'un projet d'accès à l'autonomie ;

4°) à titre subsidiaire d'enjoindre au président du conseil départemental du Val-de-Marne de réexaminer sa demande de prise en charge dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge du département du Val-de-Marne une somme de 1 500 euros à verser à Me Vi Van au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée, de verser cette somme à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée emporte des conséquences graves et immédiates sur sa situation dès lors qu'il se trouve confronté à une rupture brutale d'hébergement et d'accompagnement, qu'il ne dispose pas de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins et qu'il ne dispose d'aucun soutien familial en France ;

- il ne s'est pas placé dans la situation d'urgence qu'il invoque ; contrairement à ce qu'indique la décision attaquée, il ne fait pas l'objet d'une enquête pour trafic de stupéfiant ; s'il a fait l'objet d'un rappel à la loi pour des faits d'usage illicite de résine de cannabis, il est suivi pour traiter son addiction au cannabis ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le président du département du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le requérant ne démontre pas l'urgence à suspendre la décision litigieuse ; il s'est placé lui-même dans la situation invoquée ;

- il a examiné la situation du requérant et a considéré que sa prise en charge jeune majeur n'avait plus lieu de s'appliquer ;

- la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- si le juge des référés doit suspendre la décision litigieuse, il ne pourra prescrire qu'un nouvel examen de la situation de M. A.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 19 avril 2023 sous le numéro 2303925 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Do Novo, greffière d'audience, Mme D a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Vi Van, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

- le président du conseil départemental du Val-de-Marne n'était ni présent ni représenté.

Une note en délibéré, enregistrée le 7 mai 2023, a été produite pour M. A et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire droit à la demande de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

En ce qui concerne l'office du juge des référés-suspension :

2. D'une part aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 134-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le contentieux relevant du présent chapitre comprend les litiges relatifs aux décisions du président du conseil départemental () en matière de prestations légales d'aide sociale prévues par le présent code. ". L'article L. 134-2 du même code dispose que : " Les recours contentieux formés contre les décisions mentionnées à l'article L. 134-1 sont précédés d'un recours administratif préalable exercé devant l'auteur de la décision contestée. L'auteur du recours administratif préalable, accompagné de la personne ou de l'organisme de son choix, est entendu, lorsqu'il le souhaite, devant l'auteur de la décision contestée () ".

4. L'objet même du référé organisé par les dispositions du Titre II du Livre V du code de justice administrative est de permettre, dans tous les cas où l'urgence le justifie, la suspension dans les meilleurs délais d'une décision administrative contestée par le demandeur. Une telle possibilité est ouverte y compris dans le cas où un texte législatif ou réglementaire impose l'exercice d'un recours administratif préalable avant de saisir le juge de l'excès de pouvoir, sans donner un caractère suspensif à ce recours obligatoire. Dans une telle hypothèse, la suspension peut être demandée au juge des référés sans attendre que l'administration ait statué sur le recours préalable, dès lors que l'intéressé a justifié, en produisant une copie de ce recours, qu'il a engagé les démarches nécessaires auprès de l'administration pour obtenir l'annulation ou la réformation de la décision contestée. Saisi d'une telle demande de suspension, le juge des référés peut y faire droit si l'urgence justifie la suspension avant même que l'administration ait statué sur le recours préalable. Sauf s'il en décide autrement, la mesure qu'il ordonne en ce sens vaut, au plus tard, jusqu'à l'intervention de la décision administrative prise sur le recours présenté par l'intéressé.

En ce qui concerne les dispositions applicables :

5. L'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles prévoit que : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". L'article L. 222-5 du même code prévoit que : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du Conseil départemental : / 1° Les mineurs qui ne peuvent demeurer provisoirement dans leur milieu de vie habituel et dont la situation requiert un accueil à temps complet ou partiel (). Peuvent être également pris en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisant. / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée ".

6. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants dont elles sont issues, les jeunes majeurs de moins de vingt et un an ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge à titre temporaire par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisant. Il lui incombe ainsi d'assurer l'accompagnement vers l'autonomie des mineurs pris en charge par ce service lorsqu'ils parviennent à la majorité et notamment, à ce titre, de proposer à ceux d'entre eux qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants toute mesure, adaptée à leurs besoins en matière éducative, sociale, de santé, de logement, de formation, d'emploi et de ressources, propre à leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée.

En ce qui concerne la demande de M. A :

7. Il résulte de l'instruction que M. A, ressortissant sénégalais né le 25 février 2005 à Marsa, a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance (" ASE ") du département du Val-de-Marne du 15 février 2021 jusqu'au 15 février 2023. Il a bénéficié d'un contrat jeune majeur pour la période allant du 25 février 2023 au 25 mars 2023 inclus. Par une décision du 30 mars 2023, le président du conseil départemental du Val-de-Marne l'a informé que sa prise en charge a pris fin le 25 mars 2023. Par la présente requête, M. A demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et sans attendre la réponse à son recours administratif préalable obligatoire, d'ordonner la suspension de cette décision du 30 mars 2023.

S'agissant de l'urgence :

8. D'une part, il résulte des dispositions précitées des articles L. 521-1 et R. 522-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.

9. D'autre part, eu égard aux effets particuliers d'une décision refusant de poursuivre la prise en charge, au titre des deux derniers alinéas de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, d'un jeune jusque-là confié à l'aide sociale à l'enfance, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsqu'il demande la suspension d'une telle décision de refus. Il peut toutefois en aller autrement dans les cas où l'administration justifie de circonstances particulières, qu'il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.

10. Enfin, dans tous les cas, la condition d'urgence doit tenir compte de ce que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette pas d'invoquer utilement -ni sérieusement- la notion d'urgence. Il en est notamment ainsi lorsque la situation d'urgence découle directement de la négligence ou de la carence du requérant, ou de tout autre acte positif qui lui est directement imputable.

11. M. A soutient que l'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est avérée dès lors que, depuis la fin de sa prise en charge, il est confronté à une rupture brutale d'hébergement et d'accompagnement et qu'il ne dispose pas de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins. Toutefois, une note d'incident du 25 mars 2022 mentionne la participation du requérant à des faits de proxénétisme, pour lesquels une main courante a été déposée le 29 mars suivant par la cheffe de service de l'association Damier Association Espoir. Cet incident a provoqué son transfert vers le foyer Aurore. Par ailleurs, une note d'incident réalisée par l'association Aurore le 29 août 2022 indique que M. A a été placé en garde à vue la veille pour des faits de possession de résine de cannabis et qu'il a fait l'objet d'un rappel à la loi. Il en résulte également qu'il a été informé qu'un autre fait similaire pourrait compromettre l'obtention de son contrat jeune majeur. Un rapport du 27 avril 2023 mentionne que le requérant ne respecte pas le règlement intérieur de l'appartement en ce qui concerne l'entretien des lieux, l'accueil d'amis et le respect des horaires. Si le requérant soutient se trouver dans une situation financière précaire, il résulte de ce même rapport qu'il perçoit la somme de 800 euros par mois mais qu'il a des difficultés à mettre de l'argent de côté en raison de son addiction au cannabis. Il en résulte que la situation d'urgence découle du comportement du requérant.

12. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse du 30 mars 2023, il convient de rejeter les conclusions à fin de suspension de cette décision présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il convient également de rejeter les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du même code et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au président du conseil départemental du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 9 mai 2023.

La juge des référés, La greffière,

Signé : J. D Signé : M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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