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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2303998

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303998

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303998
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantTONDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 avril 2023, M. B A, représenté par Me Pariente, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 janvier 2023 par laquelle la commission d'attribution des logements du groupe Valophis Habitat - Office public de l'habitat du Val-de-Marne a rejeté sa candidature pour l'obtention d'un logement social situé 16 rue Watteau à Vitry-sur-Seine ;

2°) d'enjoindre au groupe Valophis Habitat - Office public de l'habitat du Val-de-Marne de prendre les mesures nécessaires afin que sa demande de logement social soit prioritaire avec le taux d'effort qui aurait dû lui être attribué ;

3°) de mettre à la charge du groupe Valophis Habitat - Office public de l'habitat du Val-de-Marne la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en application des dispositions de l'article L. 441-2-2 du code de la construction et de l'habitation, dès lors qu'il n'est pas précisé quels sont les éléments retenus pour caractériser un taux d'effort à 41 % ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation en retenant un taux d'effort à 41 % alors qu'il était de 26 %.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mai 2024, le groupe Valophis Habitat - Office public de l'habitat du Val-de-Marne, représenté par Me Tondi, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision attaquée est suffisamment motivée ;

- il n'a commis aucune erreur dans le calcul du taux d'effort et a respecté la législation applicable dans sa politique d'attribution des logements en tenant compte des revenus fiscaux de M. A.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté du 10 mars 2011 de la ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement fixant la méthode de calcul du taux d'effort mentionné à l'article R. 441-3-1 du code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté du 22 décembre 2020 relatif au nouveau formulaire de demande de logement locatif et aux pièces justificatives fournies pour l'instruction de demande de logement locatif social ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,

- et les conclusions de Mme Blanc, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 11 mars 2021, la commission de médiation du département de Paris a reconnu la demande de logement de M. A comme étant prioritaire et urgente. Le 24 octobre 2022, une proposition de logement lui a été faite. Par une décision du 13 décembre 2023, la commission d'attribution des logements et d'examen de l'occupation des logements du groupe Valophis Habitat a refusé de lui attribuer ce logement. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 441-2-2 du code de la construction et de l'habitation : " Tout rejet d'une demande d'attribution doit être notifié par écrit au demandeur, dans un document exposant le ou les motifs du refus d'attribution () ".

3. Il ressort des mentions de la décision attaquée qu'après avoir rappelé les dispositions applicables en ce qui concerne les ressources du demandeur, la commission d'attribution a écarté la candidature de M. A au motif que le taux d'effort était trop élevé. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée et le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 441 du code de la construction et de l'habitation : " L'attribution des logements locatifs sociaux participe à la mise en œuvre du droit au logement, afin de satisfaire les besoins des personnes de ressources modestes et des personnes défavorisées. / L'attribution des logements locatifs sociaux doit notamment prendre en compte la diversité de la demande constatée localement ; elle doit favoriser l'égalité des chances des demandeurs et la mixité sociale des villes et des quartiers, en permettant l'accès à l'ensemble des secteurs d'un territoire de toutes les catégories de publics éligibles au parc social, en facilitant l'accès des personnes handicapées à des logements adaptés et en favorisant l'accès des ménages dont les revenus sont les plus faibles aux secteurs situés en dehors des quartiers prioritaires de la politique de la ville. / () / Les bailleurs sociaux attribuent les logements locatifs sociaux dans le cadre des dispositions de la présente section et peuvent pratiquer, le cas échéant, des loyers différents selon les secteurs ou au sein des immeubles, afin de remplir ces objectifs ". L'article L. 441-1 de ce même code dispose que : " Le décret en Conseil d'État prévu à l'article L. 441-2-9 détermine les conditions dans lesquelles les logements construits, améliorés ou acquis et améliorés avec le concours financier de l'État ou ouvrant droit à l'aide personnalisée au logement et appartenant aux organismes d'habitations à loyer modéré ou gérés par ceux-ci sont attribués par ces organismes. Pour l'attribution des logements, ce décret prévoit qu'il est tenu compte notamment du patrimoine, de la composition, du niveau de ressources et des conditions de logement actuelles du ménage (). / () / Les décisions favorables mentionnées à l'article L. 441-2-3 et les critères de priorité prévus au présent article sont pris en compte dans les procédures de désignation des candidats et d'attribution des logements sociaux. / Les réservataires de logements sociaux et les bailleurs rendent publics les conditions dans lesquelles ils procèdent à la désignation des candidats dont les demandes sont examinées par les commissions mentionnées à l'article L. 441-2, ainsi qu'un bilan annuel, réalisé à l'échelle départementale, des désignations qu'ils ont effectuées. / Pour l'appréciation des ressources du demandeur, les processus de désignation des candidats et d'attribution des logements sociaux prennent en compte le montant de l'aide personnalisée au logement ou des allocations de logement à caractère social ou familial auxquelles le ménage peut prétendre et appliquent la méthode de calcul du taux d'effort prévue par décret ". L'article R. 441-3 du même code indique : " Sauf en cas d'insuffisance du nombre des candidats, les commissions d'attribution prévues à l'article L. 441-2 examinent au moins trois demandes pour un même logement à attribuer. Il est fait exception à cette obligation quand elles examinent les candidatures de personnes désignées par le préfet en application du septième alinéa du II de l'article L. 441-2-3 ou les candidatures présentées pour l'attribution de logements ayant bénéficié de la subvention mentionnée à l'article R. 331-25-1. / Pour chaque candidat, la commission d'attribution prend l'une des décisions suivantes : / a) Attribution du logement proposé à un candidat ; / b) Attribution du logement proposé en classant les candidats par ordre de priorité, l'attribution du logement étant prononcée au profit du candidat suivant en cas de refus de l'offre faite dans les conditions de l'article R. 441-10 par le ou les candidats classés devant lui ; / () d) Non-attribution au candidat du logement proposé ; / () ". Son article R. 441-3-1 dispose que : " Lorsque la commission d'attribution utilise, parmi les informations dont elle dispose pour proposer un logement adapté au demandeur selon les critères fixés aux articles L. 441 et L. 441-1, le taux d'effort des personnes qui vivront au foyer, ce taux est calculé selon la méthode définie par arrêté du ministre chargé du logement ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 20 mars 2011 fixant la méthode de calcul du taux d'effort mentionné à l'article R. 441-3-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le taux d'effort mentionné à l'article R.* 441-3-1 du code de la construction et de l'habitation est égal au rapport suivant : / ' numérateur : somme du loyer principal, du loyer des annexes, des charges récupérables au sens de l'article L. 442-3 du code précité et du montant de la contribution du locataire telle que résultant de l'application des articles R.* 442-28 et R.* 442-29 du code précité, diminuée, le cas échéant, de l'aide personnalisée au logement ou des allocations de logement à caractère social ou familial ; / ' dénominateur : somme des ressources des personnes qui vivront au foyer au sens de l'article L. 442-12 du code précité, figurant dans le formulaire mentionné à l'article R.* 441-2-2 de ce même code ". L'arrêté du 22 décembre 2020 relatif au nouveau formulaire de demande de logement locatif et aux pièces justificatives fournies pour l'instruction de demande de logement locatif social, détermine dans son annexe la liste des pièces justificatives pour l'instruction de la demande de logement locatif social : " II. - Pièces obligatoires qui doivent être produites par le demandeur et toute autre personne majeure ou mineure appelée à vivre dans le logement pour l'instruction : - Revenu fiscal de référence des personnes appelées à vivre dans le logement (personnes considérées comme vivant au foyer au sens de l'article L. 442-12 du code de la construction et de l'habitation) / a) Avis d'imposition indiquant le revenu fiscal de référence de l'année N-2 pour toutes les personnes appelées à vivre dans le logement ou à défaut avis de situation déclarative à l'impôt sur le revenu ou à défaut document de taxation ; () e) Les revenus imposables perçus au titre de la dernière année civile ou au cours des douze derniers mois précédant la date de la signature du contrat de location sont pris en compte à la demande du ménage requérant, qui justifie que ses revenus sont inférieurs d'au moins 10 % aux revenus mentionnés sur les documents mentionnés au a ou b. Le demandeur est tenu d'apporter les justificatifs nécessaires à l'organisme bailleur qui doit s'assurer par tous moyens appropriés, à l'exception d'attestations sur l'honneur, du montant des revenus déclarés par le ménage. f) Les demandeurs qui ne sont pas tenus de faire une déclaration de revenus pourront voir leurs ressources évaluées sur la base des revenus perçus depuis les douze derniers mois démontrées par tous moyens de preuve, en particulier les documents prévus à la rubrique ci-dessous intitulée " montant des ressources mensuelles ", à l'exception d'attestations sur l'honneur () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que les ressources de M. A sont constituées, d'une part, de son revenu fiscal pour l'année N-2 soit 971 euros mensuels et, d'autre part, des prestations sociales perçues par ses parents, évaluées à 1 121,97 euros par mois. Si le requérant se prévaut de ses revenus professionnels au titre de l'année 2022, il ressort des textes précités que ces revenus sont uniquement pris en compte s'ils sont inférieurs d'au moins 10 % aux revenus mentionnés au titre du revenu fiscal de référence de l'année N-2. M. A, qui déclare un salaire mensuel de 1 300 euros, ne peut pas dans ces conditions se prévaloir de ces revenus. Ainsi, ses ressources sont évaluées à environ 2 100 euros par mois et le taux d'effort pour un logement dont le loyer s'élève à 865 euros est bien de 41 %. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission d'attribution des logements du groupe Valophis a considéré que le taux d'effort de M. A était de 41%.

7. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A la somme demandée par Valophis Habitat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a également lieu de rejeter les conclusions de Valophis Habitat - Office public de l'habitat du Val-de-Marne tendant à ce que soit mis à la charge du requérant les entiers dépens, l'instance n'ayant généré aucun dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative par Valophis Habitat - Office public de l'habitat du Val-de-Marne sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Pariente et à Valophis Habitat - Office public de l'habitat du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,

M. Collen-Renaux, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La rapporteure,

J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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