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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2304031

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2304031

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2304031
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre, JU
Avocat requérantCHARTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 avril 2023 et 28 mai 2024, M. B A, représenté par Me Chartier, demande au tribunal :

A titre principal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler, d'une part, les décisions, contenues dans deux arrêtés en date du 15 avril 2023, par lesquelles le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, pour le premier arrêté, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois pour le second arrêté ;

3°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de procéder à l'effacement du signalement dont il a fait l'objet dans le système d'information Schengen " pour la durée de l'interdiction de retour " ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 400 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation à la part contributive de l'État ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire, de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

A titre subsidiaire :

- de constater l'abrogation de l'obligation de quitter le territoire français, de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, de la décision fixant le pays de renvoi et de l'interdiction de retour.

Il soutient que :

En ce qui concerne la mesure d'éloignement et la décision fixant le pays de renvoi :

- la mesure d'éloignement est insuffisamment motivée et a été prise sans qu'il ait été procédé à un examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- à la suite d'un jugement rendu par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 26 septembre 2023, il s'est vu délivrer un titre de séjour valable du 5 février 2024 au 4 février 2025 ;

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- il est illégal du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- il est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il a été pris sans qu'il ait été procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il ne présente aucun risque de fuite mais justifie de solides garanties de représentation de sorte que l'arrêté attaqué a été pris en violation des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou est, à tout le moins, entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il a été pris en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et a été prise sans qu'il ait été procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ou est, à tout le moins, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2023, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

15 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention du 20 novembre 1989 relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Declercq, président honoraire, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Declercq,

- les observations de Me Rodet substituant Me Chartier, représentant M. A, qui maintient ses conclusions et moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 11h56.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité guinéenne, serait entré en France 2017, selon ses déclarations. Par un premier arrêté du 15 avril 2023, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et par un second arrêté du même jour, cette même autorité a interdit au requérant de " retourner sur le territoire national " pendant douze mois. M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". M. A ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par la décision susvisée du bureau d'aide juridictionnelle du Tribunal, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête

3. Aux termes des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Enfin, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement rendu le 17 janvier 2022, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Pontoise a maintenu l'exercice de l'autorité parentale aux deux parents du fils de M. A en définissant, d'une part, le droit de visite du requérant, qui peut ainsi voir son fils tous les quinze jours, et en fixant, d'autre part, la contribution mensuelle de M. A à l'entretien et à l'éducation de son fils à la somme de 50 euros, la même décision, qui n'est pas contredite par les pièces du dossier, indiquant que le requérant a maintenu des liens réguliers avec son fils, lequel a vocation à se maintenir en France eu égard à la situation de sa mère, et que M. A participe à l'éducation et à l'entretien de son enfant.

5. Dès lors, le préfet de police a, en prenant l'obligation de quitter le territoire français litigieuse, méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant. Dans ces conditions, il y a lieu de prononcer l'annulation de cette décision, ainsi que des décisions subséquentes fixant le pays de destination et portant interdiction de retour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Il résulte de l'instruction que M. A s'est vu délivrer un titre de séjour valable du 5 février 2024 au 4 février 2025. Par suite, le présent jugement n'appelle aucune mesure d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

7. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Chartier, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les décisions contestées en date du 15 avril 2023 sont annulées.

Article 3 : L'État versera à Me Chartier une somme de 1 200 euros, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : La requête est rejetée pour le surplus des conclusions.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de police de Paris et à Me Chartier.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

M. DECLERCQLa greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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