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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2304156

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2304156

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2304156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantPHILOUZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Philouze, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 5 janvier 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel cette mesure pourra être exécutée ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dès la notification du présent jugement et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros à Me Philouze, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la préfète du Val-de-Marne aurait dû saisir la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande de titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que la préfète du Val-de-Marne aurait dû lui adresser une demande de pièces complémentaires lorsqu'elle constatait que sa demande de titre de séjour était dénuée d'éléments probants de nature à justifier sa résidence en France depuis 2006 ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle est a conclu un pacte civil de solidarité le 18 décembre 2020 avec un ressortissant ivoirien en situation régulière, qu'elle fait état d'une communauté de vie depuis 2017, qu'elle a deux enfants nés respectivement en 2018 et en 2020 et qu'elle réside en France depuis 2006 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la préfète du Val-de-Marne s'est crue en situation de compétence liée pour la prendre ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable car tardive et qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une décision du 15 mars 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Issard, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne née en 1981, est entrée en France en 2006 selon ses déclarations et a présenté le 23 septembre 2021 une demande de titre de séjour auprès de la préfète du Val-de-Marne. Par un arrêté en date du 5 janvier 2023, dont la requérante demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel cette mesure pourra être exécutée.

Sur la légalité de la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les motifs de faits sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées, ni des pièces du dossier produites avant la clôture de l'instruction qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante.

3. En deuxième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile constituent des dispositions spéciales régissant le traitement par l'administration des demandes de titres de séjour, en particulier les demandes incomplètes, que le préfet peut refuser d'enregistrer. Par suite, la procédure prévue à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration n'est pas applicable à ces demandes et la requérante ne peut se prévaloir des dispositions de cet article.

4. En troisième lieu, si la requérante soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne démontre pas avoir présenté sa demande de titre de séjour sur ce fondement.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. La requérante soutient que la décision méconnaît les dispositions précitées dès lors qu'elle réside en France depuis 2007, qu'elle a depuis conclu un pacte civil de solidarité en 2018 avec un ressortissant ivoirien présent régulièrement sur le territoire et disposant de revenus stables et qu'elle est mère de deux enfants nés respectivement en 2018 et 2020. Toutefois, ces seules circonstances, alors qu'elle n'établit pas la durée de résidence qu'elle allègue, qu'elle ne fait état d'aucune insertion professionnelle, qu'elle ne dément pas maintenir des attaches dans son pays d'origine où résident ses parents, son frère et ses trois premiers enfants, et qu'elle ne justifie, par ailleurs, d'aucune circonstance faisant obstacle à la reconstitution de sa cellule familiale dans son pays d'origine où tous ses membres sont légalement admissibles, ne permettent pas de regarder la décision de refus de titre de séjour comme étant entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ;/ 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 432-13 que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser de délivrer l'un des titres mentionnés à cet article, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non du cas de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de l'article L. 432-13 renvoient.

8. Ainsi qu'il a été vu au point 6, Mme B n'établit pas remplir les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23. Par ailleurs, ainsi que mentionné au point 4, elle ne démontre pas avoir présenté sa demande de titre sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'au demeurant la durée de résidence en France qu'elle allègue n'est établie par aucune pièce du dossier. Par suite, la préfète du Val-de-Marne n'était pas tenue de saisir la commission du titre de séjour avant de prendre la décision attaquée.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

10. Au cas particulier, la requérante soutient que la décision attaquée méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants nés en 2018 et 2020. Toutefois, il résulte de ce qui précède sur l'absence d'obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France que cette circonstance ne suffit pas en l'espèce à établir que la décision prise à son encontre aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 précité.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

11. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité et l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision attaquée doit être écartée.

12. En second lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que la préfète du Val-de-Marne se serait crue en situation de compétence liée pour la prendre.

13. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 10 que la décision attaquée ne méconnaît ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et qu'elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire ne sont pas entachées d'illégalité et l'exception d'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision attaquée doit être écartée.

15. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 10 que la décision attaquée ne méconnaît ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et qu'elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire ne sont pas entachées d'illégalité et l'exception d'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision attaquée doit être écartée.

17. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 10 que la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

18. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation des décisions contenues dans l'arrêté de la préfète du Val-de-Marne en date du 5 janvier 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles au titre des frais de justice, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet du Val-de-Marne et à Me Philouze.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Issard, conseillère,

Mme Bourrel Jalon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

La rapporteure,

C. ISSARD

La présidente,

I. BILLANDON La greffière,

C. TRÉMOUREUX

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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