jeudi 29 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2304220 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | FALAH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 avril et 25 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Falah, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré son titre de séjour, a assorti ce retrait d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, au besoin, de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du préfet de Seine-et-Marne une somme de 1 200 euros, à lui verser directement, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
En ce qui concerne la décision de retrait de titre de séjour :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de droit, en ce qu'elle méconnaît les dispositions des articles L 432-1 et L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 12 de la déclaration universelle des droits de l'homme ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et des conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision de retrait ou de refus de titre qu'elle assortit ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 432-1 et L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 12 de la déclaration universelle des droits de l'homme ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est tardive est ainsi, irrecevable ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la déclaration universelle des droits de l'homme ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des postes et des communications électroniques ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Leconte a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante sénégalaise née en 1994 à Dakar, est entrée en France le 31 août 2015, munie d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ". Le 8 janvier 2019, l'intéressée a obtenu un changement de statut en faveur de celui de " salarié ". Le 4 janvier 2020, elle s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle de quatre ans mention " salarié ", valable du 8 janvier 2020 au 7 janvier 2024. Par un arrêté du 14 avril 2022 dont la requérante demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré ce titre de séjour, a assorti ce retrait d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Et selon les termes de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 1-1-6 du code des postes et des communications électroniques : " Lorsque la distribution d'un envoi postal recommandé relevant du service universel est impossible, le destinataire est avisé que l'objet est conservé en instance pendant quinze jours calendaires. A l'expiration de ce délai, l'envoi postal est renvoyé à l'expéditeur lorsque celui-ci est identifiable. ".
4. Il résulte de la réglementation postale qu'en cas d'absence du destinataire d'une lettre remise contre signature, le facteur doit, en premier lieu, porter la date de vaine présentation sur le volet " preuve de distribution " de la liasse postale, cette date se dupliquant sur les autres volets, en deuxième lieu, détacher de la liasse l'avis de passage et y mentionner le motif de non-distribution, la date et l'heure à partir desquelles le pli peut être retiré au bureau d'instance et le nom et l'adresse de ce bureau, cette dernière indication pouvant résulter de l'apposition d'une étiquette adhésive, en troisième lieu, déposer l'avis ainsi complété dans la boîte aux lettres du destinataire et, enfin, reporter sur le pli le motif de non-distribution et le nom du bureau d'instance. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. A cet égard, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier, et qui porte, sur l'enveloppe ou sur l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.
5. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.
6. Pour justifier de la notification, contestée, de l'arrêté en litige par voie postale, le préfet de Seine-et-Marne produit, en défense, un volet " preuve de distribution " d'un envoi par lettre recommandée avec avis de réception. Toutefois, si sur le volet en question est apposée l'étiquette autocollante de " restitution de l'information à l'expéditeur ", la case relative à la non-réclamation du pli étant cochée, cet avis de réception est dépourvu de toute mention de date, notamment de vaine présentation du pli. Dès lors, aucune date de notification de l'arrêté contesté par voie postale ne saurait être retenue, l'administration ne précisant d'ailleurs pas, au soutien de sa fin de non-recevoir, celle à laquelle elle considère la notification réputée acquise. Alors qu'il ressort seulement des pièces du dossier que le conseil de Mme A a obtenu communication de l'arrêté en litige le 18 avril 2023, la requête, enregistrée au greffe du Tribunal le 27 avril 2023, ne saurait être considérée comme tardive, et, par suite, comme irrecevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. Aux termes de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. () "
8. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci a été pris, sur le fondement des dispositions précitées, au motif que Mme A s'était abstenue de répondre à la demande de l'administration lors de contrôles visant à vérifier le maintien des conditions de délivrance de sa carte de séjour pluriannuelle mention " salarié ". A cet égard, le préfet de Seine-et-Marne produit un courrier daté du 22 décembre 2021, intitulé " contrôle administratif " et demandant à Mme A de produire divers justificatifs concernant sa situation professionnelle, ainsi qu'un courrier du 15 février 2022, mentionnant qu'en l'absence de suite apportée par l'intéressée au contrôle précité, son titre de séjour pouvait lui être retiré, l'invitant à présenter ses observations au préalable dans un délai de quinze jours. Or la requérante conteste s'être vu notifier ces deux courriers. Pour en justifier, le préfet de Seine-et-Marne produit seulement deux volets " preuve de distribution ", sans date de distribution ni signature de son destinataire, comportant une étiquette de restitution de l'information à l'expéditeur dont la case " Pli avisé et non réclamé " est cochée, sans aucune autre indication notamment de date. Ces seuls éléments ne suffisent pas à établir la prise en charge des courriers en question de telle sorte que le préposé postal aurait, conformément à la réglementation en vigueur, vainement présenté les plis concernés en déposant un avis d'instance informant Mme A qu'ils étaient à sa disposition au bureau de poste, puis que ceux-ci auraient été tenus en attente à la Poste pendant le délai réglementairement prévu. Il suit de là que la requérante ne peut être considérée comme n'ayant pas déféré au contrôle administratif en cause et, ainsi, qu'elle y aurait fait obstacle. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être retenu.
9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du préfet de Seine-et-Marne du 14 avril 2022 portant retrait de titre de séjour, ainsi que, par voie d'exception, celle du même jour l'obligeant à quitter le territoire français, et, par voie de conséquence, celles subséquentes contenues dans l'arrêté en litige, ainsi privées de base légale.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. L'annulation de l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 14 avril 2022 n'implique pas nécessairement de faire droit aux conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante tendant à la délivrance d'un titre de séjour. Par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction et, par voie de conséquence, d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
12. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en remboursement des frais exposés par Mme A non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 14 avril 2022 est annulé.
Article 2 : L'Etat (préfecture de Seine-et-Marne) versera à Mme A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Leconte, première conseillère,
Mme Massengo, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 février 2024.
La rapporteure,
S. LECONTELa présidente,
I. BILLANDON
La greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026